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Jeudi 29 mars 2007
Voici comment et pourquoi la démocratie "brise la chaîne" qui unissait les hommes dans les siècles aristocratiques:


"Comme, dans les société aristocratiques, tous les citoyens sont placés à poste fixe, les uns au-dessus des autres, il en résulte encore que chacun d'entre eux aperçoit toujours plus haut que lui un homme dont la protection lui est nécessaire, et plus bas il en découvre un autre dont il peut réclamer le concours.
Les hommes qui vivent dans les siècles aristocratiques sont donc presque toujours liés d'une manière étroite à quelque chose qui est placé en dehors d'eux, et ils sont souvent disposés à s'oublier eux-mêmes. Il est vrai que, dans ces mêmes siècles, la notion générale du semblable est obscure, et qu'on ne songe guère à s'y dévouer pour la cause de l'humanité ; mais on se sacrifie souvent à certains hommes.
Dans les siècles démocratiques, au contraire, où les devoirs de chaque individu envers l'espèce sont bien plus clairs, le dévouement envers un homme devient plus rare : le lien des affections humaines s'étend et se desserre.
Chez les peuples démocratiques, de nouvelles familles sortent sans cesse du néant, d'autres y retombent sans cesse, et toutes celles qui demeurent changent de face ; la trame des temps se rompt à tout moment, et le vestige des générations s'efface. On oublie aisément ceux qui vous ont précédé, et l'on n'a aucune idée de ceux qui vous suivront. Les plus proches seuls intéressent.
Chaque classe venant à se rapprocher des autres et à s'y mêler, ses membres deviennent indifférents et comme étrangers entre eux. L'aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part.
A mesure que les conditions s'égalisent, il se rencontre un plus grand nombre d'individus qui, n'étant plus assez riches ni assez puissants pour exercer une grande influence sur le sort de leurs semblables, ont acquis cependant ou ont conservé assez de lumières et (le biens pour pouvoir se suffire à eus-mêmes. Ceux-là ne doivent rien à personne, ils n'attendent pour ainsi dire rien de personne ;ils s'habituent à se considérer toujours isolément, ils se figurent volontiers que leur destinée toute entière est entre leurs mains.
Ainsi, non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains ; elle le ramène sans cesse vers lui seul et menace de le renfermer enfin tout entier dans la solitude de son propre coeur.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, deuxième partie, 11, chap. Il, Oeuvres, t /I, Paris, 1992, Gallimard, Coll. La Pléiade, pp. 612-614_
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Jeudi 29 mars 2007
Il n'est pas sûr que l'amour de la liberté soit communément partagé si l'on croit Tocqueville:


"Or, d'où vient-elle, cette liberté si nécessaire et si souvent absente ? « Je me suis souvent demandé où est la source de cette passion de la liberté politique qui, dans tous les temps, a fait faire aux hommes les plus grandes choses que l'humanité ait accomplies, dans quels sentiments elle s'enracine et se nourrit". » La réponse est décevante et décisive : « Ce qui, dans tous les temps, lui a attaché si fortement le eceur de certains hommes, ce sont ses attraits mêmes, son charme propre, indépendant de ses bienfaits ; c'est le plaisir de pouvoir parler, agir, respirer sans contrainte, sous le seul gouvernement de Dieu et des lois. Qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir... Ne me demandez pas d'analyser ce goût sublime, il faut l'éprouver. Il entre de lui-même dans les grands coeurs que Dieu a préparés pour le recevoir ; il les remplit, il les enflamme. On doit renoncer à le faire comprendre aux âmes médiocres qui ne l'ont jamais ressenti.
Cette liberté politique, dont la présence ou l'absence a une si grande importance pour le destin général des sociétés, a ainsi sa source dans une expérience inanalysable et incommunicable de certains hommes, dans un don fait directement par la nature, par Dieu à certains hommes. Ainsi seulement paraît surmontée l'alternative entre les deux formes de liberté, la liberté-privilège de l'aristocratie et la liberté-droit commun de la démocratie. D'une part la liberté politique est la chose la plus indispensable aux hommes s'ils veulent mener une vie pleinement humaine puisqu'elle « crée la lumière qui permet de voir et de juger les vices et les vertus des hommes  » ; d'autre part, la présence de cette composante essentielle de la vie humaine n'est ni assurée (on ne trouve pas l'amour de la liberté dans tous les hommes, loin s'en faut) ni susceptible d'être produite à volonté par les hommes (sa seule source est dans la nature)".

Ancien Régime et la Révolution  I, pp. 301.302.  et A.R.R., 1, p. 217
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Jeudi 29 mars 2007
Parce qu'il n'y est pas encore?

 Je vous recommande ce très bon papier ce matin dans Libé  de Alain Françon et Michel Vittoz, qui expliquent que l'art .. décompose, détruit , dissout... donc il n'a pas sa place à l'école, dont on attend qu'elle forme des citoyens, n'est-ce pas ? (en leur apprenant par exemple qu'il ne faut pas tout casser ni mettre le feu à la maison).
 Alors à quoi bon l'art?
 L'art détruit, mais  il tend à l'homme un miroir : "il le met au contact de sa propre puissance de destruction"

OK : mais il faut faire venir des artistes à l'école. Car le professeur ne peut que transmettre (des règles) et éveiller (au mieux)
 "Eveiller l'âme", telle est la mission essentielle de l'art  (Hegel)
(et de l'école?)
 Image: Extrait de Guy Debord , "In girum igni nocte et consumimur igni" (Nous tournons en rond dans la nuit et sommes dévorés par le feu)











Film : L'eau froide
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Jeudi 29 mars 2007
Les textes ont été rassemblés par Michael Foessel et Fabien Lamouche.
Michael Foessel est également l'auteur de Le mal (Hatier), et d'une présentation de La religion dans les limites de la simple raison (Hatier) et Projet de paix perpétuelle de Kant (Hatier)
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Jeudi 29 mars 2007
C'est le nouveau slogan de Ségolène Royal. Lire .

La France Présidente.Ségolène Royal.
Qu'en pensez-vous?

 (La France, c'est moi?)
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