La vocation de l'école devrait être, selon Edgar Qunet, de former des êtres libres.
"L'histoire, dans son commencement comme dans sa fin, est le spectacle de la liberté, la protestation du genre humain contre le monde qui l'enchaîne, le triomphe de l'infini sur le fini,
l'affranchissement de l'esprit, le règne de l'âme : le jour où la liberté manquerait au monde serait celui où l'histoire s'arrèterait.»
Edgar Quinet écrivait ces lignes juste avant la révolution de 1830. Peu avant celle de 1848, il fut suspendu de cours au Collège de France, en même temps que Michelet : les régimes moribonds s'en
prennent volontiers aux historiens - aux enseignants de façon générale. (J.P. Brighelli. La fabrique du crétin. La mort programmée de l'école)
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L'école forme des ignorants amnésiques relativistes selon Jean-Paul Brighelli:
"Quelque part au cours des années 70 a sans doute germé l'idée qu'un peuple amnésique ne se révolterait plus. Il faut pas mal de calories pour réussir une révolution. Il faut du savoir pour oser
une protestation.
Eh bien, on y est. L'école a formé un troupeau aveugle. La vraie violence, elle est là. Le moyen de cet aveuglement fut particulièrement pervers on a instillé dans les crânes encore mous des
gosses la certitude que ce qu'ils pensent vaut bien ce qu'on leur enseigne.
«C'est votre opinion, ce n'est pas la mienne» voilà ce que l'on entend dans les salles de classe,
dès que l'on tente d'ouvrir les yeux des élèves sur les réalités d'hier et d'aujourd'hui. La leur, ils se la sont constituée à grand renfort d'émissions de télévision, de rumeurs et de on-dit.
Une opinion molle, une pensée loukoum. Penser, peser, débattre, cela suppose un travail, une connaissance, une volonté. Toutes valeurs battues en brèche par le prêt-à-penser qui tient aujourd'hui
lieu de culture.[...]
Les modifications des programmes, depuis 1998, prétendent résoudre les problèmes de violence en éliminant toute hiérarchie entre les textes (en particulier en dévaluant ces monstres étranges et
insaisissables qu'on appelait jadis « textes littéraires ») au profit d'une dictature généralisée du « discours ». Et en tirant tout texte vers l'instruction civique : quand La Fontaine est
irréductible, on le remplace par Gudule , un auteur (ou dois-je dire « auteure >> ?) de littérature-jeunesse belge, qui nous donne à lire une « fable » avec loup végétarien forcément
épargné par un chasseur opposé à la peine de mort .
Que de jeunes ignorants prônent le réflexe identitaire, c'est de leur âge. Mais qu'on leur
fasse croire que leur avis est respectable, là commence l'infamie. Légitimer d'une manière ou d'une autre l'instinct tribal, au détriment d'une culture universelle, ne peut qu'aggraver les
délires des minorités les plus agissantes. On suggère aux jeunes de s'identifier à un groupe uniformisé, tout en leur faisant croire que leur uniforme les individualise. La foi est un
conformisme. L'être se noie dans le gang ou la secte. La culture, justement parce qu'elle n'a jamais prétendu fournir autre chose que des points de repère, des lieux communs au plus pur sens du
terme, est, au fond, une incitation permanente à l'anticonformisme.
La dernière génération d'élèves formatés par la culture classique produisit, après Mai 68, un ',dynamitage général des convenances. C'est dire assez les pouvoirs critiques d'un enseignement qui
paraissait assené, et qui fournissait pourtant les armes de sa propre contestation. Grande fut sans doute la terreur, pour que dans les dix ou quinze ans quisuivirent, le pouvoir ait concocté
tant de nouveaux« projets éducatifs , afin de ruiner toute chance d'insurrection"
Jean-Paul Brighelli,
La fabrique du crétin. La mort programmée de l'école Folio 2005 pp 124 et 159
Jean
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