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Vendredi 20 juillet 2007
Enigmatique formule de Engels? Explication dans l'article du Monde ce soir, sur le "Bad Godesberg de DSK"..
 
 késako?
Si vous voulez passer IEP, vous devez savoir que Bad Godesberg est la ville où le PS allemand a renoncé  en 1959 au marxisme. Et DSK, qui va peut-être diriger le FMI, semble rallier, lui aussi, le libéralisme
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Vendredi 20 juillet 2007

Histoire :(etym : latin historia, du grec istoria, enquête) Sens ordinaire : a) Ensemble des connaissances relatives à l’ évolution,  au passé de  l’humanité b) Ensemble des connaissances humaines relatives à des faits ou des événements situés dans le passé                        ( l‘ « histoire naturelle ») c) Récit d’actions et d’événements réels ou imaginaire ( « raconter une histoire »)  d) La suite des événements historiques (la « marche de l’histoire »)
2) Epistémologie : Discipline ayant pour objet la reconstitution et l’interprétation du passé des sociétés humaines. Cette discipline s’apparente à une science par sa rigueur et son approche universaliste. Pourtant elle comporte une part irréductible de subjectivité car l’histoire est un récit qui met nécessairement en jeu les partis pris narratifs et l’intelligence singulière de celui qui l’élabore
3) Philosophie générale : déroulement ou devenir global de l’humanité qui implique nécessairement, pour être intelligible, une orientation et même une destination finale (« fin de l’histoire »).  Pour les  philosophies idéalistes (Kant, Hegel), il existe une rationalité profonde qui gouverne le monde et qui en constitue la trame cachée.  L’apparence chaotique  de l’histoire doit donc être dépassée ; pour Hegel, en particulier, les passions des hommes ne sont que les « matériaux » que la raison utilise pour parvenir à son but.  Pour les matérialistes (Marx et Engels) l’histoire repose sur une base matérielle (l’infra-structure économique) qui la détermine « en dernière instance ».  Les approches hégelienne et marxiste sont l’une et l’autre « dialectique » cf ci-dessous), ce qui signifie qu’elles reposent sur l’idée que le « négatif » (les luttes, l’opposition de intérêts, les conflits et leur résolution, la violence en général) joue un rôle majeur dans le progrès historique.
Violence : (etym : latin vis, « force ») 1) Sens ordinaire : usage illégal ou illégitime de la force, abus de puissance. La violence n’est pas seulement physique, elle peut être morale, politique (exploitation, oppression), insidieuse (embrigadement), sournoise etc…2) Philosophie classique : Pour Aristote, est violent tout mouvement contre nature, à commencer par exemple par le fait de lancer une pierre en l’air. Philosophie contemporaine :  la violence est un forme de refus de l’humanité qui peut prendre des formes très diverses et qui ne se limite pas à la violation de l’intégrité physique ou morale des personnes.  Des insultes racistes, des propos humiliants, la profanation d’un  cimetière, ou un licenciement abusif sont des violences qui ne prennent pas la forme de l’affrontement ou de l’agression. Tout ce qui tend à refuser à un homme ou à une culture le droit à l’expression légitime  est destructeur du monde humain, donc violent.
Dialectique :  (etym : grec : dialegein de legein « parler », et dia « à travers ») a) Chez Platon : 1) Discussion ou réflexion qui progresse en surmontant les objections et les contradictions opposées par un adversaire,  voire par soi-même. 2) Mouvement ascendant par lequel l’esprit s’élève des apparences sensibles vers les Idées en passant par un certain nombre d’étapes. Pour Platon la dialectique tend à se confondre avec la science.
  b) Chez Hegel : Mouvement de l’esprit dont la contradiction est le moteur. La dialectique n’est pas une méthode chez Hegel, mais le processus d’engendrement  du réel qui se fonde sur ce Hegel nomme le « travail du négatif ». Ce progrès peut être violent (dans les révolutions sanglantes et les guerres) ou non violent,  (notamment  dans la pensée, la science ou la philosophie c) Chez Marx : progrès nécessaire de l’histoire surmontant les contradictions impliquées par les antagonismes économiques et leur traduction idéologique et politique (« la luttte des classes »)
Esprit  (chez Hegel) : principe impersonnel  opposé à la nature  qui introduit la rationalité dans le monde et s’achemine vers l’Idée universelle (l’ Absolu). L’Esprit est une sorte de Dieu immanent au réel  qui gouverne l’histoire et qui progresse un peu  comme une taupe cherchant son chemin vers la lumière. Les individus sont les supports de l’Esprit qui s’auto réalise, et les Grands hommes sont ceux qui  oeuvrent plus ou moins inconsciemment à  la réalisation de l’Universel : le grand homme est le chargé d’affaire de l’Esprit du monde/
Divin (chez Hegel) : Dieu au sens philosophique,  c’est-à-dire la substance spirituelle de toute chose qui l’anime et lui fournit sa signification et sa fin (l’avènement de l’Absolu)
 Paix : (etym : du latin pax « paix » « tranquillité » « calme » 1) Sens usuel : situation de bonne entente et absence de conflits aigus  entre personnes ou bien entre peuples 2) Sens philosophique : le sens est le même, mais les philosophes précisent que l’armistice n’est pas la paix car l’absence d’hostilités peut-être artificielle et fallacieuse.  La paix  doit donc être définie positivement, comme harmonie et concorde fondée sur un sentiment d’appartenance partagée et de solidarité effective. Il n’y a pas de paix sans justice. Pour Kant, la paix ne va jamais de soi, elle doit nécessairement être instituée (Vers la paix perpétuelle)
Fin de l’histoire : expression utilisée par Hegel et largement reprise  et commentée depuis la parution de l’ouvrage du philosophe américain Francis Fukuyama  (La fin d’histoire, 1989). La fin de l’histoire est pour Hegel l’avènement de l’Etat (et donc du droit) qui met un terme aux relations historiques foncièrement violentes entre nations qui prévalaient jusqu’au 19 ième siècle. Pour Marx, c’est le communisme qui met un terme définitif à la lutte des classes donc à l’histoire.

 

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Vendredi 20 juillet 2007

Lire l'excellent papier de Eric le Boucher dans le Monde du 8-9 juillet
 Pour ceux qui me suivent: soit vous achetez le Monde chaque jour, soit vous vous abonnnez à l'édition Internet.
Le thème de la fin de l'histoire est très tendance et le papier de Eric Le Boucher très convaincant..
 Il donne-évidemment -raison à Hegel.

 Sur la fin de l'histoire voir Philosophie de A à Z rubrique histoire, ou bien le chapitre 14 de mon cours particulier...

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Vendredi 20 juillet 2007


parlement-copie-1.jpg
Sommaire :
I  L' Individu, la société, le pouvoir
II Origine et fonction de l'Etat
III  L'Etat et la violence
IV   L'Etat de droit

INTRODUCTION
I L'individu, la société , le pouvoir
Un " animal politique
"
 Aristote, dans Les  politiques, définit l'homme comme un " animal politique " (de polis, la cité) . " Politique "  est ici une qualité, ou une caractéristique, qui distingue l'homme des autres animaux : on peut l'entendre au sens large, (" qui vit nécessairement en société ") ou au sens étroit : " qui ne peut s'épanouir que dans la  cité ".
 Pour les Grecs, ces deux interprétations se rejoignent : la cité est en effet le seul cadre dans lequel l'homme peut établir des liens durables avec ses semblables.  La division du travail, la coopération sociale, le langage et l'amitié (philia)sont les conditions de possibilité d'un monde humain en dehors duquel l'individu n'est qu'un animal ou une brute. Pour Aristote, comme pour Platon, pour les grecs en général,  la cité précède l'individu, elle est une donnée naturelle devant laquelle chaque homme doit s'incliner car il lui doit, au fond, l'essentiel de son humanité.
Communauté et société
Mais nous ne raisonnons plus ainsi aujourd'hui. Rappelons tout d'abord que la  cité  n'a pas toujours existé, et qu'elle ne coïncide plus avec 'idée que nous nous faisons de l'Etat. La cité était une  structure de dimensions  réduites : on peut imaginer que chacun pouvait effectivement se sentir lié à tous. Lorsqu' Aristote présente la cité comme un fait de nature , il la conçoit comme une entité dans laquelle la séparation de la vie privée (familiale et économique) et de la vie publique n'est pas encore accomplie. La cité grecque est l'organisation politique (de polis, la cité) d'une  communauté , c'est-à-dire d'un groupement dont les membres sont liés par des intérêts communs, mais aussi des traditions et des sentiments extrêmement puissants. La  communauté  est une famille élargie : ainsi s'explique son caractère   naturel , aux yeux des Grecs, et le respect qu'elle leur inspire. C'est ainsi que dans un dialogue de Platon,  Criton,   Socrate compare la patrie à une mère sévère mais tendrement aimée.
 Mais la cité a vécu, elle a laissé la place aux empires, aux grandes nations et aux  Etats  modernes. Notre conception de la société  a, de ce fait, complètement changé . La " société "( du latin socius, compagnon, associé, allié),  en premier lieu, n'est plus pour nous une communauté , mais une association artificielle dans laquelle les liens entre les concitoyens sont beaucoup plus lâches qu'autrefois,  plus économiques que sentimentaux. Quant à la  politique , elle ne désigne plus une organisation spontanée, naturelle de la société. L'Etat est devenu progressivement un appareil d'administration et de gestion de l'économie que les individus se représentent bien souvent -à tort ou à raison- comme un système d'oppression.
Le pouvoir et l'Etat
 D'une certaine façon, , l'Etat, conçu comme un appareil de coordination, voire de contrôle et de domination de la société a fait disparaître la  politique  considérée comme le prolongement naturel de la  philia (l'amitié, la sociabilité naturelle des hommes). Aux yeux des     Modernes, c'est-à-dire de ceux  qui ne croient plus au caractère naturel de la société,  l'Etat est le résultat d'un processus historique. Héritier des empires, puis des nations, il répond à une nécessité : imposer à des individus foncièrement égoïstes et souvent violents un cadre de vie qui est censé leur assurer la paix et la protection de leurs droits fondamentaux. Car les hommes ne sont pas naturellement " sociables " (qui aime vivre en société), ou plutôt, comme le souligne Kant, ils ne le sont pas seulement. La société (regroupement d'individus liés par des intérêts et une histoire commune) doit être contrôlée par un pouvoir consistant, c'est-à-dire une structure politique, une administration, et des organes appropriés disposant d'une capacité de contraindre (police, armée). " L'homme est un animal qui a besoin d'un maître ", écrivait Kant  [1]. Ce " maître " , c'est le " pouvoir ", qui a pris de nombreuses formes au cours de l'histoire. Sa " légitimité "-les hommes consentent plus ou moins aux contraintes qu'il impose- provient de ses origines historiques. Etablis souvent par un coup de force, les gouvernements acquièrent stabilité et autorité avec le temps.  C'est là une " légitimité " discutable, comme le souligne Hume, mais effective.  Aucun pouvoir en effet ne procède jamais de la seule force, comme le démontre  Rousseau dans un texte fameux du Contrat social ( 2. La force seule, en effet, ne peut créer aucun droit .
II Origine et fonction de l'Etat
L'origine de l'Etat
 Il est nécessaire de rendre compte de l'origine de l'Etat, car l'Etat n'a pas toujours existé. Il  ne faut pas confondre, en effet, l'autorité, le pouvoir et l'Etat. Dans les sociétés traditionnelles, certaines décisions sont prises par les chefs ou par les Anciens, ou par d'autres personnalités que la communauté écoute et respecte : il y a donc une forme d' autorité  politique dans ce type de société. Quant au  pouvoir- une capacité de contraindre qui n'est pas fondée sur la seule force-il a toujours existé , bien avant que les Grecs n'inventent la " politique " au sens moderne de ce terme. Pour les Grecs, la politique est  le pouvoir d'élaborer la loi, de prendre des décisions concernant la collectivité, et de rendre justice.  Ce pouvoir est  théoriquement détenu  par l'ensemble de citoyens. La cité bien gérée  est  donc une République (du latin respublica, qui signifie affaire communes.)
 Mais  l'Etat proprement dit n' apparaît que lorsque, d'une part, le pouvoir se matérialise, c'est-à-dire s'incarne dans des institutions ; lorsque, d'autre part,  un espace public se développe, si bien que le " pouvoir d'Etat " cesse d'appartenir à ceux qui le représentent pour devenir une chose publique. En ce sens , comme l'a montré Blandine Kriegel [3], la naissance de l'Etat ( au 16ième siècle sur notre continent) coïncide avec l'apparition des prémisses de l'Etat de droit en Europe. Les monarchies européennes sont déjà des " Républiques " dans la mesure où l'autorité y est institutionnalisée (apparition d'assemblées, de corps représentatifs assurant progressivement la substitution de l'intérêt général aux privilèges)  et déjà coupée de sa source religieuse originelle(émancipation des monarchies par rapport au Saint Empire Romain Germanique).. L'Etat moderne est d'emblée " désacralisé ". Le pouvoir n'est ni naturel, ni imposé par Dieu (ou l'Eglise). En ce sens, Machiavel est le premier penseur de l'Etat  moderne  : il montre que c'est la violence, et non l'ordre moral (c'est-à-dire religieux) qui est à la source de l'Etat. Cette violence fut nécessaire, si l'on en croit Machiavel. Comment le droit, cependant, pourrait-il procéder de la violence ?     C'est à cette question que vont tenter de répondre, à la suite de Machiavel, les théoriciens modernes de l'Etat
 Pourquoi l'Etat ?
Tandis que Machiavel  rompt avec la conception traditionnelle et  théologique de la politique                ("  Tout pouvoir vient de Dieu ") selon la fameuse formule de Saint Paul)[4,  philosophes et juristes s'efforcent de construire une théorie rationnelle de l'Etat. La question de l'origine historique du pouvoir, qui intéressait notamment  Hume et Machiavel,   est laissée de côté . Il s'agit au contraire de déterminer quel peut être le fondement légitime de l'Etat. Pour la théorie contractualiste, le corps social est un artifice et l'unité du   peuple, c'est-à-dire sa volonté, est le résultat d'une décision collective . A partir de ce présupposé commun, les approches peuvent diverger considérablement. Pour Hobbes, la condition de possibilité de l'Etat est la renonciation, de la part de chacun, au pouvoir d'agir en suivant son seul désir. C'est l'Etat qui, désormais, décide pour tous de ce qui sera dans l'intérêt de tous. La volonté du  souverain se substitue à celle du corps social , ou plus exactement, elle l'incarne. Cette théorie est dite " absolutiste " [5].
Vers l'Etat moderne
 Pour Spinoza, au contraire, puis pour Locke ( Traité du gouvernement civil, 1690 ) et Rousseau (Du contrat social, 1762) , les hommes ne peuvent abandonner raisonnablement leurs droits naturels au profit d'un souverain tout puissant, et ceci sans contrepartie. Ces théoriciens de l'Etat moderne estiment qu'un régime plus tempéré (dont les pouvoirs sont limités) est seul  à même de préserver l'égalité et la liberté naturelle des hommes. La démocratie est le régime le plus conforme à la " saine raison " (Spinoza) car la souveraineté n'est pas transférée à un pouvoir incontrôlable. Le peuple reste souverain, au moins en droit. Les pouvoirs de l'Etat sont limités et les droits fondamentaux des hommes sont   protégés par les institutions fondatrices de l'Etat.
III L'Etat et la violence
La violence de l'Etat
Tenter d'élaborer la théorie de l'Etat légitime ne signifie pas approuver l'Etat existant , bien au contraire. Tandis que Rousseau conçoit, dans Du contrat social, la  fiction juridique de l'Etat de droit (Etat réglé par la  loi), il dénonce avec virulence,  dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) l'Etat réel. Celui-ci n'aurait  cessé, selon lui,  d'être un instrument au service des puissants.  Les premières sociétés ont porté au pouvoir les hommes habiles qui ont instauré des lois afin de protéger leurs intérêts. La confiscation des terres par une minorité, puis la légalisation de leur puissance par le biais des premières institutions, serait à  l'origine d'un pouvoir qui, de ce point de vue , est conçu  comme   une structure de domination et d'oppression. La prétention de l'Etat de représenter les intérêts de tous n'est qu'un leurre. Le pouvoir n'est pas neutre, impartial. Il ne l'a jamais été.
Un siècle plus tard, Marx et Engels ajoutent : il ne le sera jamais . La révolution française, par exemple, n'y a rien changé. Pour Marx et pour la philosophie marxiste, L'Etat est un appareil dont la classe dominante s'est emparé pour faire valoir et protéger ses intérêts économiques. Car les classes sociales ont des exigences antinomiques, et l'Etat est partie prenante dans cette  " lutte des classes "  qui est le seul vrai " moteur " de l'histoire. Autant dire que l'avènement d'une société sans classes rendrait l'Etat superflu , comme l'explique  Engels, notamment dans Anti-Dürhing.
Un moindre mal ?
Dans l'état actuel des choses, pourtant, la disparition ou l'effacement de l'Etat sont-ils encore  envisageables ?  L'histoire du XXième siècle nous a appris que la modernité -sous la forme du progrès de Lumières, notamment - ne s'est pas indiscutablement soldée par un apaisement des relations entre les hommes, ni par l'exténuation des conflits et des guerres.  Ll'Etat, même s'il demeure fondamentalement un " rapport de domination de l'homme sur l'homme ", comme le rappelle Max Weber, reste nécessaire ? Ceci  revient à souligner qu'il  ne peut être considéré   essentiellement, ni exclusivement,  comme un instrument d'oppression: car ce qui domine (ce qui impose des contraintes) n'opprime pas toujours pour autant (opprimer signifie imposer des souffrances injustifiées). En outre l'Etat moderne constitue un pouvoir auquel la majorité des  hommes semblent   consentir : sans doute est-ce parce qu'ils  en reconnaissent sinon la légitimité, du moins la nécessité. Le " monopole de la violence " que l'Etat revendique  est donc justifié, si l'on en croit  Max Weber. Car ce système  permet de canaliser, et pour finir, de réduire,  la violence anarchique  des hommes. C'est en ce sens que Max Weber  parle de " succès " : l'autorité de l'Etat nous préserve du pire. L'Etat moderne [6], même s'il n'est pas " neutre ", ni " impartial " (il a  partie liée avec les puissances de l'argent) serait donc un moindre mal, auquel nous finissons par nous résigner.
            Démocratie et  totalitarisme
L'Etat n'est cependant pas toujours un moindre mal. De fait, le XXième siècle a constamment oscillé entredeux systèmes politiques qui en constituent les  deux pôles : la démocratie et le totalitarisme. Le  totalitarisme , il faut y insister, n'est pas le despotisme. Il n'est pas non plus l'envers ou le négatif de la démocratie :  il est, très précisément,  une déviation possible de la démocratie, comme le soupçonnait déjà Tocqueville [7]. C'est le peuple qui a porté au pouvoir, ou en tout cas qui a soutenu avec ferveur Mussolini [8] , Staline et Hitler. Le totalitarisme est un système de gouvernement caractérisé par la confusion entre le peuple et l'Etat (l'Etat prétend incarner le peuple) et l'abolition des distinctions propres à l'Etat de droit (Etat /société ; privé/public ; politique/économie etc..) . Et pourtant, aussi violent, aussi effroyable  soit-il, le totalitarisme n'est pas un Etat sans lois (dans le despotisme, la volonté du despote tient lieu de loi).Dans un système totalitaire , le chef prétend s'inspirer d'une " loi "  infaillible (loi de la Nature, ou  de l'Histoire) et c'est la raison pour laquelle l'illusion d'une  légitimité  du pouvoir totalitaire est si puissante. Cette  légitimité  est évidemment mensongère   et les régimes totalitaires  ne sont même plus des " Etats ", car leurs institutions n'ont pas la moindre consistance, et les  droits  des individus y sont abolis. L'Etat totalitaire est l'envers exact de l' " Etat de droit ". En ce sens, il est une caricature monstrueuse et inattendue de l'Etat moderne tel que les philosophes l'avaient imaginé.
IVL'Etat de droit
Un Etat " rationnel "
L'Etat  moderne   que Hegel, au XIXième décrit et appelle  de ses voeux est " rationnel ". Cela signifie qu'il est un instrument au service de l'intérêt commun : en ce sens , il rend possible et protège la coexistence des intérêts économiques ( la " société civile "[9]). Mais il ne se limite pas à cette fonction : il constitue également un  but " éthique " ( un   idéal moral) pour les individus. En effet, en imposant la  loi  , il incarne et réalise cette  universalité  qui ne peut advenir hors de lui. C'est précisément parce qu'ils appartiennent à l'Etat et se reconnaissent en lui que les individus peuvent s'accomplir et réaliser leur humanité (universelle) en son sein . L'Etat " rationnel " de Hegel est donc déjà, au moins partiellement, ce que nous nommons aujourd'hui un  Etat de droit  . Cependant, Hegel  concevait l'Etat comme une entité politique très centralisée et  autoritaire. En cela , il appartenait encore à son temps.
L'Etat et la loi
 Notre conception actuelle de l'Etat de droit est  également  l'héritière de plusieurs histoires et mouvements d'idées.  C'est, tout d'abord, la tradition libérale (Locke, Montesquieu) qui insiste sur le caractère limité de l'Etat. Le but de l'Etat, pour Locke, est la sauvegarde des libertés individuelles : la question des limites que l'Etat doit s'imposer à lui-même est posée immédiatement. Il faut prévenir les abus du pouvoir ; et les lois elles-mêmes doivent anticiper, notamment en accordant un " droit de résistance " à l'oppression. Il faut également prévoir, si l'on en croit Montesquieu, les dispositions en vertu desquelles le pouvoir arrêtera le pouvoir, au coeur même de l'Etat . C'est la fameuse théorie de " la  séparation des pouvoirs ".
L'une des sources principales de la seconde tradition, la tradition démocratique,  est Du contrat social, l'ouvrage de J.J. Rousseau. Pour celui-ci, la loi nous préserve des abus éventuels du pouvoir d'Etat. La souveraineté, dans une démocratie, appartient au peuple . La loi, qui est l'expression de la " volonté générale ", ne peut être modifiée par la  volonté particulière des hommes politiques. Seul le souverain (c'est-à-
-dire le peuple) peut changer la loi (c'est-à-dire la constitution).
Le débat démocratique
 En bref, un " Etat de droit " est un Etat auto-limité par les lois et par l'ensemble des institutions qui garantissent  et préservent les droits fondamentaux de tous les individus. Dans les sociétés démocratiques actuelles, l'existence de  contre-pouvoirs , la protection de la liberté d'expression et l'indépendance de la justice sont la preuve de la réalité de cette modération (auto-limitation) de l'Etat.  Dans une démocratie, rien (aucune loi, aucun choix politique) ne peut être soustrait à la discussion. Non seulement le débat, mais encore la contestation et le conflit, sont tenus pour des dimensions indépassables de nos Etats de droits, comme l'explique le philosophe français contemporain Claude Lefort. La démocratie est sans doute un règime imparfait ; c'est en même temps un régime  qui reconnaît et admet ses imperfections, et c'est peut-être là son plus grand mérite.
Les limites de l'Etat
Le fait que le pouvoir d'Etat doive être limité va de soi pour les  Modernes . C'est ce qu'avait montré  Benjamin Constant dans un article fameux , dans lequel il oppose les Anciens et les Modernes[10]. Les Anciens se représentaient le liberté comme le pouvoir d'agir dans la cité. Nous concevons la liberté " négativement " : c'est-à-dire que nous demandons à l'Etat de protéger nos intérêts (notre vie privée), y compris contre la société, voire  contre l'Etat . Pourtant , le citoyen  moderne demande également au pouvoir politique de lui assurer la sécurité , la santé, la tranquillité etc...Ces tendances ont appelé le renforcement de l'Etat et engendré ce que l'on nomme aujourd'hui l' " Etat-providence " . les dérives de l'Etat-providence avaient été annoncées et stigmatisées dès le 19ième siècle [11]. Demander beaucoup à l'Etat, en matière de protection sociale et de droits de l'homme, c'est aussi lui déléguer toujours davantage de pouvoirs .
Aujourd'hui la question des limites de l'Etat ne cesse de se poser. Comment éviter de tomber dans l'écueil d'un " Etat-providence " , dont on attend qu'il prenne  en charge nos héritages, notre sécurité, notre culture etc ? ...Un tel Etat " tutélaire " en viendrait finalement, à nous " dispenser de penser " , selon Tocqueville.  Comment, d'autre part, prévenir les abus des Etats non démocratiques qui, un peu partout dans le monde, continuent de violer les droits de l'homme définis dans la Déclaration universelle de 1948, ratifiée pourtant  par l'immense majorité des Etats aujourd'hui ? Une  Fédération d'Etats libres , c'est-à-dire républicains,  pourrait, selon Kant [12], mettre les nations sur la voie d'une internationalisation du droit, que la mondialisation économique et la globalisation des échanges -mais aussi des conflits- rend plus urgente que jamais.

Note 1 : Dans Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique, Proposition 6, 1784
Note 2 :  Du droit du plus fort, Du contrat social, Livre I, chapitre 3.
Note 3 (Philosophe française contemporaine)  Dans 'LEtat et les esclaves, Payot, 1979.
Note 4: Saint Paul, Epître aux romains.
Note 5:  " Absolu "du latin absolutus    signifie : sans lien , détaché, séparé , achevé. Le pouvoir du souverain est sans partage.
Note 6: " C'est ce que nous appelons aujourd'hui Etat ", selon les termes de Max Weber.
Note 7 : De la démocratie en Amérique.
Note 8: C'est à lui, que l'on doit l'idée d' " Etat total " , Article
" fascisme ", Enciclopedia italiana, 1934 .
Note 9 : Association non politique d'individus liés par des intérêts économiques concurrents et souvent conflictuels .
Note 10 : " De la liberté des anciens comparée à celle des Modernes ", (1819) Folio-Essais, Gallimard, 1997, p589 1819.
Note 11 Nietzsche , Aurore, §179, et Tocqueville, déjà cité.
Note 12 : Dans Vers la paix perpétuelle, Classiques Hatier de la philosophie, Avril 2000.

 

 

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Vendredi 20 juillet 2007

REVISIONS Sciences-Po
ETE 2007
Je vous propose de récapituler :

L'ETAT
L'AUTORITE
LA CITOYENNETE
L'EDUCATION
LA LIBERTE D'EXPRESSION ET SES LIMITES. LA  TOLERANCE
LA RELIGION ET LE DESENCHANTEMENT DU MONDE
LE DEFI EUROPEEN
LA GUERRE ET LA PAIX
HISTOIRE ET PROGRES
PENSER LE XX SIECLE

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Vendredi 20 juillet 2007

IEP-paris-vue-jardin.jpgJe suis de retour et je vous propose une préparation d'été à partir de maintenant.

 Tout d'abord les "fondamentaux".

 En parallèle, de petites incursions dans l'actualité accompagnées, à l'occasion , de mes commentaires "philosophiques" (enjeux, utilisation possible, rapport aux diverses questions de culture générale).
Pour gagner du temps: pouvez-vous acquérir mon "Cours particulier de philosophie". Vous y trouverez un lexique qui vous fournira des éléments décisifs pour la suite de notre préparation. 
Je vous demanderai de lire pour commencer les trois chapitres de "L'exigence politique" et les chapitres 9 et 15 sur la culture, et de m'envoyer vos remarques  (difficultés, éclaircissements complémentaires...).
A tout de suite!

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