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Samedi 21 juillet 2007

Sarkozy-portrait-officiel.jpg

"On est allé trop loin dans la désincarnation du politique" dit Henri Guaino ce soir dans le Monde.
 Pour lui, on ne peut, en politique , se contenter " d'appliquer des règles".
Aristote pensait que le mérite de la république est de substituer la loi à l'homme. Platon au contraire pensait que la rigidité des lois constituait leur limite; rien ne peut remplacer une intelligence humaine,  c'est pourquoi il appartient au roi éclairé d'orienter et de définir la ligne politique de la "république".

Ainsi donc, Guaino  conseiller de Sarkozy, donnerait plutôt raison à Platon... "on ne transforme pas un pays sans être capable d'écrire et de raconter une histoire" écrit-il...

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Samedi 21 juillet 2007

Machiavel

Un Prince pour l'Etat

(Le prince  devra prendre ses distances à l'égard des vertus que les hommes honorent en général, mais dont la pratique n'est pas toujours compatible avec le service de l'État.)

"À un prince, donc, il n'est pas nécessaire d'avoir en fait toutes les susdites qualités (1, mais il est bien nécessaire de paraître les avoir. Et même, j'oserai dire ceci : que si on les a et qu'on les observe toujours, elles sont dommageables ; et que si l'on paraît les avoir, elles sont utiles ; comme de paraître pitoyable, fidèle, humain, droit, religieux, et de l'être ; mais d'avoir l'esprit édifié de telle façon que, s'il faut ne point l'être, tu puisses et sache devenir le contraire. Et il faut comprendre ceci : c'est qu'un prince, et surtout un prince nouveau, ne peut observer toutes ces choses pour lesquelles les hommes sont tenus pour bons, étant souvent contraint, pour maintenir l'État, d'agir contre la foi, contre la charité, contre l'humanité, contre la religion. Aussi faut-il qu'il ait un esprit disposé à tourner selon que les vents de la fortune et les variations des choses le lui commandent, et comme j'ai dit plus haut, ne pas s'écarter du bien, s'il le peut, mais savoir entrer dans le mal, s'il le faut.
  Il faut donc qu'un prince ait grand soin qu'il ne lui sorte jamais de la bouche chose qui ne soit pleine des cinq qualités susdites, et qu'il paraisse, à le voir et l'entendre, toute miséricorde, toute bonne foi, toute droiture, toute humanité, toute religion. Et il n'y a chose plus nécessaire à paraître avoir que cette dernière qualité. Les hommes en général jugent plus par les yeux que par les mains ; car il échoit à chacun de voir, à peu de gens de percevoir. Chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es ; et ce petit nombre ne se hasarde pas à s'opposer à l'opinion d'une foule qui a la majesté de l'État qui la défend ; et dans les actions de tous les hommes, et surtout des princes où il n'y a pas de tribunal à qui recourir, on considère la fin. Qu'un prince, donc, fasse en sorte de vaincre et de maintenir l'État : les moyens seront toujours jugés honorables et loués d'un chacun".

1) Série de qualités énumérées ci-dessus,  telles que l'intégrité, loyauté, clémence,générosité etc...

Nicolas Machiavel, Le Prince (1513), chap. XVIII, trad. Y. Lévy, coll. " GF ", Éd. Flammarion, 1980, pp. 142-143.

 
Hobbes

Origine  de l'État

(L'État est fondé sur un pacte passé entre les individus, en faveur d'un tiers dont la volonté sera désormais la leur et qui accède ainsi à un pouvoir de contrainte auquel nul ne pourra résister).

"Le seul moyen d'établir pareille puissance commune, capable de défendre les humains contre les invasions des étrangers et les préjudices commis aux uns par les autres et, ainsi, les protéger de telle sorte que, par leur industrie propre et les fruits de la terre, ils puissent se suffire à eux-mêmes et vivre satisfaits, est de rassembler toute leur puissance et toute leur force sur un homme ou sur une assemblée d'hommes qui peut, à la majorité des voix, ramener toutes leurs volontés à une seule volonté ; ce qui revient à dire : désigner un homme, ou une assemblée d'hommes, pour porter leur personne ; et chacun fait sienne et reconnaît être lui-même l'auteur de toute action accomplie ou causée par celui qui porte leur personne, et relevant de ces choses qui concernent la paix commune et la sécurité ; par là même, tous et chacun d'eux soumettent leurs volontés à sa volonté, et leurs jugements à son jugement. C'est plus que le consentement ou la concorde ; il s'agit d'une unité réelle de tous en une seule et même personne, faite par convention de chacun avec chacun, de telle manière que c'est comme si chaque individu devait dire à tout individu : j'autorise cet homme ou cette assemblée d'hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions de la même manière. Cela fait, la multitude ainsi unie en une personne une, est appelée un ÉTAT, en latin CIVITAS. Telle est la génération de ce grand LÉVIATHAN, ou plutôt (pour parler avec plus de déférence) de ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le dieu immortel, notre paix et notre défense. En effet, en vertu du pouvoir conféré par chaque individu dans l'État, il dispose de tant de puissance et de force assemblées en lui que, par la terreur qu'elles inspirent, il peut conformer la volonté de tous en vue de la paix à l'intérieur et de l'entraide face aux ennemis de l'étranger. En lui réside l'essence de l'État qui est (pour le définir) une personne une dont les actions ont pour auteur, à la suite de conventions mutuelles passées entre eux-mêmes, chacun des membres d'une grande multitude, afin que celui qui est cette personne puisse utiliser la force et les moyens de tous comme il l'estimera convenir à leur paix et à leur défense commune.
  Celui qui est dépositaire de cette personne est appelé SOUVERAIN et l'on dit qu'il a la puissance souveraine ; en dehors de lui, tout un chacun est son SUJET".

Thomas Hobbes, Léviathan (1651), chap. 17,  trad. G. Mairet, Éd.Gallimard, coll. " Folio essais ", 2000, pp. 287-289.



Locke

Les limites du pouvoir de l'État

L'État doit strictement se tenir dans les limites de la poursuite du bien commun ( la défense de l'intégrité, des droits et de la propriété des individus):

"S'il est vrai qu'en entrant en société, les hommes abandonnent l'égalité, la liberté et le pouvoir exécutif qu'ils possédaient dans l'état de nature, et qu'ils les remettent entre les mains de la société pour que le législatif en dispose selon que le bien de cette même société l'exigera, il reste cependant que chacun ne le fait que dans l'intention de préserver d'autant mieux sa personne, sa liberté et sa propriété (car on ne peut supposer qu'une créature rationnelle change de situation dans l'intention de la rendre pire). Le pouvoir de la société, ou du législatif  qu'elle institue, ne peut jamais être censé s'étendre au-delà de ce que requiert le bien commun ; il est obligé de garantir la propriété de chacun, en remédiant aux trois défauts que nous avons mentionnés ci-dessus1, et qui rendaient l'état de nature si incertain et si inconfortable. Par conséquent, quiconque détient le législatif ou le pouvoir suprême de la république est tenu de gouverner selon des lois fixes et établies, promulguées et connues du peuple, et non par des décrets improvisés ; de gouverner par le moyen de juges impartiaux  et intègres, appelés à trancher tous les différends en fonction de ces lois ; enfin, de n'employer à l'intérieur la force de la communauté que pour l'exécution de ces lois, et à l'extérieur pour prévenir les atteintes de l'étranger ou en obtenir réparation, afin de garantir la communauté contre les incursions et les invasions. Tout ceci ne doit être dirigé vers aucune autre fin que la paix, la sûreté et le bien public du peuple".

1 Et évoquées dans les lignes qui suivent.

John Locke, Le Second Traité du gouvernement (1689), § 131, traduit J.-F. Spitz avec la collaboration de C. Lazzeri, Éd. des PUFrance, coll. " Épiméthée ", 1994, p. 93.

 

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Samedi 21 juillet 2007

"Pour former l'État, une seule chose est nécessaire : que tout pouvoir de décréter appartienne soit à tous collectivement, soit à quelques-uns, soit à un seul. Puisque, en effet, le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun pense être seul à tout savoir et qu'il est impossible que tous opinent pareillement et parlent d'une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l'individu n'avait renoncé à son droit d'agir suivant le seul décret de sa pensée. C'est donc seulement au droit d'agir par son propre décret qu'il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger; par suite nul à la vérité ne peut, sans danger pour le droit du souverain, agir contre son décret, mais il peut avec une entière liberté opiner et juger et en conséquence aussi parler, pourvu qu'il n'aille pas au-delà de la simple parole ou de l'enseignement, et qu'il défende son opinion par la Raison seule, non par la ruse, la colère ou la haine, ni dans l'intention de changer quoi que ce soit dans l'État de l'autorité de son propre décret. Par exemple, en cas qu'un homme montre qu'une loi contredit à la raison, et qu'il exprime l'avis qu'elle doit être abrogée, si, en même temps, il soumet son opinion au jugement du souverain (à qui seul il appartient de faire et d'abroger les lois) et qu'il s'abstienne, en attendant, de toute action contraire à ce qui est prescrit par cette loi, certes il mérite bien de l'État et agit comme le meilleur des citoyens; au contraire, s'il le fait pour accuser le magistrat d'iniquité et le rendre odieux, ou tente séditieusement d'abroger cette loi malgré le magistrat, il est du tout un perturbateur et un rebelle. Nous voyons donc suivant quelle règle chacun, sans danger pour le droit et l'autorité du souverain c'est-à-dire pour la paix de l'État, peut dire et enseigner ce qu'il pense; c'est à la condition qu'il laisse au souverain le soin de décréter sur toutes actions, et s'abstienne d'en accomplir aucune contre ce décret, même s'il lui faut souvent agir en opposition avec ce qu'il juge et professe qui est bon".
Baruch Spinoza, Traité théologico politique (1670), trad. Ch. Appuhn, Éd. Garnier-Flammarion, 1965, chap. xx, pp. 329-330.
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Samedi 21 juillet 2007

 

Texte de John Locke :


" Si l'homme, dans l'état de nature est aussi libre que j'ai dit, s'il est le seigneur absolu de sa personne et de ses possessions, égal au plus grand et sujet à personne ; pourquoi se dépouille-t-il de sa liberté et de cet empire, pourquoi se soumet-il à la domination et à l'inspection de quelque autre pouvoir ? Il est aisé de répondre, qu'encore que, dans l'état de nature, l'homme ait un droit, tel que nous avons posé, la jouissance de ce droit est pourtant fort incertaine et exposée sans cesse à l'invasion d'autrui. Car tous les hommes étant Rois, tous étant égaux et la plupart peu exacts observateurs de l'équité et de la justice, la jouissance d'un bien propre, dans cet état, est mal assurée, et ne peut guère être tranquille. C'est ce qui oblige les hommes de quitter cette condition, laquelle, quelque libre qu'elle soit, est pleine de crainte, et exposée à de continuels dangers, et cela fait voir que ce n'est pas sans raison qu'ils recherchent la société, et qu'ils souhaitent de se joindre avec d'autres qui sont déjà unis ou qui ont dessein de s'unir et de composer un corps, pour la conservation mutuelle de leurs vies, de leurs libertés et de leurs biens ; choses que j'appelle d'un nom général , propriétés ".


[ Attention :les italiques sont de Locke]

Traité du gouvernement civil, 1690, Chapitre IX , § 123
Traduction D. Mazel ; Editions Garnier -Flammarion, 1992, p236
Notions en jeu : la société, l'Etat , le droit


Remarques et difficultés :
- Locke paraît évoquer une situation réelle : celle des hommes qui, avant l'instauration de l'Etat, vivaient encore  à l' " état de nature ". Mais, en fait , cet " état de nature " n'a peut-être jamais existé. C'est une hypothèse,  une " fiction ", inventée par les philosophes (ici Locke, ultérieurement Rousseau) afin de tenter d'établir  le caractère artificiel de la société et de l'Etat. Il faut bien garder à l'esprit ce caractère hypothétique de l'état de nature.
- Ce " présupposé " philosophique permet de poser la question suivante : pourquoi les hommes, libres et heureux à l'état naturel , ont-ils renoncé à cette condition et décidé de créer un Etat ? Cette question est neuve, et même révolutionnaire. Elle ne se posait pas auparavant , car les philosophes, (tous comme les hommes politiques,  et l'Eglise) admettaient en général que la société  était  " naturelle " et que le pouvoir était un " droit divin ".

THEME QUESTION THESE

Thème : L'origine de l'Etat. Question : Pourquoi les hommes ont-ils renoncé à leur indépendance naturelle ? Thèse : Cette renonciation est fondamentalement  conforme à leur intérêt.

Procédés d'argumentation :

L'interrogation de Locke se fonde sur un étonnement feint : pourquoi l'homme, si tranquille  à l'état de nature, a-t-il donc été amené à changer de condition ? La description de cette situation imaginaire repose sur une analogie entre deux types de souveraineté , politique et naturelle :  l'homme    originel était (comme)  un " Roi " (un " seigneur ",   disposant d'un " empire " , il n'était assujetti à personne etc ..). Mais ceci n'est qu'une illusion : le renversement de l'argumentation de Locke (à partir de " car tous les hommes étant rois ") l'établit. La situation de l'homme à l'état de nature est complètement précaire et très angoissante ! Car , chacun étant " roi ", il n'y a aucune loi, aucune règle de justice, et, finalement, c'est le plus fort qui peut toujours imposer sa volonté.


Enjeux philosophiques du texte :
-Si les hommes ont abandonné volontairement l'état de nature, ce n'est pas sans raison, ni sans contreparties .  Si l'on suppose que dans cet état  ils étaient libres et égaux,  " propriétaires " (c'est-à-dire maîtres) d'eux-
mêmes et de leurs biens , on supposera que l'Etat doit leur procurer un équivalent de ces avantages considérables auxquels ils renoncent.
- L'Etat est une création artificielle des hommes qui est apparue nécessaire parce que l'état de nature menaçait de tourner à la  guerre de tous contre tous. Mais ceci ne justifie pas, aux yeux de Locke , l' " absolutisme "  (justification d'un Etat aux prérogatives illimitées). Le but de l'Etat est la protection des droits fondamentaux des hommes , droits dont ils disposaient, par principe , à l'état de nature.

 

 

 

 

 

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Samedi 21 juillet 2007

lyc--en-en-classe.jpg


Voulez-vous des indications pour la méthode? 
Souhaitez-vous que je vous propose des sujets, et leurs corrigés, en relation avec le thème abordé? (l'Etat par exemple)?

 J'attends vos réponses!

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Samedi 21 juillet 2007
Jaquette-La-r--publique.jpgCe fut l'une des nombreuses questions abordées ce matin par Alain Finkielkraut et ses invités (Répliques, sur France culture)  Pierre Manent et Philippe Raynaud.
A écouter absolument, à défaut de lire (ou relire!) la République dans son intégralité.
Sommes - nous devenus anti-platonniciens? Croyons-nous qu'il n'y a rien en dehors de la caverne, ou, plus radicalement encore, qu'il n'est pas souhaitable de chercher à en sortir?
 Allan Bloom, dans La cité et son ombre, dit que nous avons tendance à préférer l'éclairage  artificiel créé  désormais pour la caverne à la lumière du soleil...
Ecoutez l'émission , puis venez en débattre ici même..
La semaine prochaine; rediffusion de "Penser le présent" avec Baudrillard.  C'est à 9h le samedi matin
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