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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 16:06
L'écrivain donne son point de vue sur la tuerie de Floride et la personnalité du tueur.
Question à la clef: où commence, où finit la litérature (les textes du tueur ne  sont-ils un exutoire morbide de ses symptomes  ou bien l'expression d'une forme de créativité?)

A propos quelqu'un a-t-il lu Les bienveillantes?  (je suis en train de le lire). J'aimerais avoir votre avis.

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Published by laurence hansen-love
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commentaires

Florian 25/04/2007 10:38

Je viens d'apprendre par le blog d'Assouline que Littell était en conférence à Normal Sup le 25, avec intro de Kristeva et de Rony Brauman sur sa lecture d'Eichmann (je l'avais rencontré au moment de la sortie du Spécialiste).
Etiez-vous à cette rencontre avec Littell ?

laurence hansen-love 25/04/2007 20:59

Non je n'étais pas là!C'est quand le 25? Vous y allez?

Florian 23/04/2007 15:39

Maintenant que j'y pense... On ne peut pas faire non plus de la Métis ou du Kairos des vertus nazies quand même.
non ?
Le zèle d'Eichmann n'a rien de la ruse, il est dépourvu d'initiative, déteste la nouveau, manque totalement d'imagination.
Par contre c'est le cas de Speer. Speer, qui selon moi ne se bat pas pour une idée ou un ordre du monde, mais pour la réussite de cette idée et l'avènement ou le maintient de cet ordre. Speer est un homme des défis, un pur technicien, c'est lui le spécialiste, bien plus qu'Eichmann.
Aue, tout personnage de fiction qu'il est, m'intéresse au plus haut point, Littell essaie, me semble-t-il, de montrer comment ce type (ils devaient quand même être très nombreux en Allemagne), est incapable de se servir de sa culture et de son sens du discernement pour infléchir son action. C'est cette relation théorie / pratique qui fait question, non ?

Florian 23/04/2007 01:17

Vous avez raison Aue est un intellectuel, il pense ce qu'il fait... mais il ne sait pas toujours ce qu'il fait. Je ne sais pas où vous en êtes dans le livre, mais je vous assure qu'il prépare un certain nombre de surprises.
Vous dites que vous n'imaginez pas les nazis comme ça. C'est vrai que ce n'est pas Eichmann (qui en est l'archétype), ni Speer (bien que je le perçoive comme plus proche de Speer). Mais, justement, le véritable problème est là, me semble-t-il : il n'est pas nazi.
Il est tout simplement là, en situation, il s'y fond, s'y love et en profite, s'en accommode en ayant la certitude de faire, non pas son devoir (en a-t-il vraiment et au nom de quoi ?), mais ce qu'il faut, ce qu'il convient, ce que la situation implique de cohérent.
Le nazi nazi n'est pas inquiétant, c'est un paumé, un pauvre type. On le comprend (c'est le cas de Höss que Merle décrit dans la mort et mon métier, sous le nom de Lang), mais un nazi pas nazi... voilà l'inquiètant.

laurence hansen-love 23/04/2007 21:47

je ne suis pas très loin dans le livre, mais cela ne me plais pas du tout, j'ai du mal. Je ne comprends rien à ce type qui est un monstre , mais qui en cite  à tout bout  de champ  des poètes etc... Ce type c'est Littell, ce n'est pas un officier nazi. Voyez les sbires de Milosevitc, je ne les image pas vraiment comme ça. Même si Karadzic était un  soi-disant intellectuel. Leni Riefenstahl non plus elle n'est pas nazie. Mais ce n'est quelqu'un de spirituel. Le Aue de Littell, est hautement spirituel, fin, délicat. Là c'est un peu too much. en plus il y a toute la piste homosexuelle... enfin , j'aurais du mal à aller jusqu'au bout!

Laurence Hansen-Love 22/04/2007 17:58

Merci pour cette contribution... Je vous réponds demain.
Je trouve le livre assez étonnant, oui. Mais du tout plausible sur le plan psychologique. Le narrateur est beaucoup trop intelligent et spirituel, pur produit d'une prépa parisienne, cf les citations de potache. Il y a surtout cette distance vis-à-vis de lui-même, cet humour noir. Je ne vois aps du tout les nazis comme ça!
 Ceux qui me sont familiers (celui de Merle -Hess ou Hoess, je ne sais plus, Eichmann, Speer, Leni Riefenstahl) .. sont beaucoup des gens qui ne "pensent pas " au sens de Arendt.
 le presonnage de Littell est hyper intelelctuel, c'est l'envers d'Eichmann. Et en plus, il rencontre des tas de nazis également très '"cultivés".
Donbc il faudrait quand même distinguer l'intelligence (Hitler= intelligent = roué?) et la pensée (esprit, critique, sens moral) ce dont un nazi est dépourvu par définition...
 A suivre

Florian 21/04/2007 19:03

J'ai tourné la page 894 il y a deux jours.
L'Obersturmbanführer Doktor Aue est... comment dire... d'une humanité à la fois étrange et familière. On est peut-être au niveau de ce que Freud appelait ce qui est si mal traduit par inquiétante étrangeté.
J'y ai retrouvé ce que j'avais pu lire dans les Mémoires de Augutus von Kageneck  (Lieutenant de Panzer, la Guerre à l'Est), dans l'excellent lire de Joachim Fest (La Chute) sur Speer, Orage d'acier de Jünger et bien entendu La mort est mon métier de Merle.

Ce fut une épreuve, je vais le relire.
Ce qui est singulier c'est que Littel n'a pas connu la période, un gamin de 1967, qu'il n'est pas directement lié aux évènements, et que du coup, il peut se permettre de plonger au coeur de la machine à broyer l'humain, explorer les entrailles de la bête immonde, et nous dire que la machine n'est pas mécanique mais humaine trop humaine et que la bête immonde, si elle relève bien entendu du retour de refoulé, n'en est pas moins commune, banale.
Qu'un docteur en droit participe aux actions spéciales durant la campagne de Russie, n'est pas un paradoxe... c'est banal et au final, normal.
Qu'un kantien travaille pour Himmler... normal.
Qu' Eichmann joue du Bach avec ses amis après le bureau... terriblement anodin.
Qu'on se réclame de Dumézil, qu'on fasse de fines analyses ethnologiques, linguistiques, de l'histoire des religions, etc.. et tout cela pour décider de l'extermination et justifier la manifestation de la pulsion de mort, rien de plus normal.
Littel montre que le plus haut niveau culturel n'interdit pas le pire. Rien ne peut arrêter le déchainement de thanatos, il faut seulement attendre que cela se passe en esperant en sortir. Dans quel état ? Peut importe, si thanatos est puissant son frère jumeau l'est tout autant, le prix de la survie sera celui de la mémoire.

Eichmann, Himmler, Höss, Speer, Heydrich, etc. une galerie de portraits cauchemardesque, mais jamais éloignée du quotidien.
Je me permets de vous livrer ce passage que j'ai retenu du livre de Fest sur Speer :
« Au printemps 1944, Sebastian Haffner avait publié dans le journal londonnien Observer un bref portrait du ministre de l'armement, sous le titre « Albert Speer – Dictator of the nazi industry ». L'article témoignait d'une connaissance surprenante de la biographie, des capacités et du caractère de Speer, ainsi que d'une vision pessimiste de l'avenir : Speer est un jeune homme « assez sûr de soi », écrivait Hafffner, certainement pas un de ces nazis « voyants et excentriques », mais « un homme moyen qui a réussi, poli, bien habillé, pas corrompu ». Dans un sens, Speer était devenu « plus important pour l'Allemagne que Hitler, Himmler, Goebbels ou les généraux » : « tous sont en quelque sorte, devenus de simples collaborateurs de cet homme... En sa personne, nous voyons se concrétiser la révolution du manager. » Speer, ajoute Haffner, symbolise « un type humain qui joue un rôle de plus en plus important dans tous les Etats belligérants : le pur technicien, l'homme brillant sans origine de classe qui ne connait d'autre objectif que de se faire une place au soleil... » A cause précisément de l'absence de poids mort psychologique ou spirituel et de la désinvolture avec laquelle il domine l'effroyable machinerie de notre ère », lui-même et les autres jeunes hommes de son calibre peuvent aller extrêmement loin... L'époque leur appartient. Nous nous débarasserons sans doute des Hitler et des Himmler, dit encore Haffner. Mais les Speer, quelque soit leur destin individuel, vivront longtemps parmi nous.
De fait, Speer incarnait le type humain de l'avenir : pragmatique, ambitieux, dénué de convictions profondes.
Joachim Fest, Albert Speer, Perrin, p.323. »

S'il y a du Hannah Arendt chez Littell, il me semble y avoir  aussi vu du Golding.
Ce Littell est redoutable, rien ne lui échappe : l'histoire, la biographie, la stratégie, l'histoire militaire, la géographie, l'anthropologie, la musicologie, la linguistique, le droit, l'histoire des sciences, la sociologie, la psychologie, la psychanalyse, la philosophie (de Platon à Heidegger, en passant par Nietzsche et Kant), l'architecture, la cuisine... impressionnant. Il écrit sur tout, tout y est.