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29 avril 2007 7 29 /04 /avril /2007 16:41
Texte Pierre Hassner à propos de la mondialisation

La mondialisation  entraîne-t-elle le déclin  des  nations? Ou bien la nation est-elle seulement relativisée?

" La seule chose dont je sois persuadé, c'est que le couple " nous et les autres " - et non pas nécessairement le couple ami-ennemi - de C. Schmitt - est constitutif de l'expérience humaine. Mais ce qui fait le contenu de ce u nous », est-ce la nation, est-ce le territoire ou encore d'autres catégories, d'autres regroupements ? Je l'ignore. Nous avons tous des solidarités sélectives, car, comme disait Rousseau, l'ami du genre humain n'est l'ami de personne. Je suis, quant à moi, plus particulièrement sensible au problème des réfugiés, parce que je l'ai été moi-même, je suis aussi plus ému par les conflits de l'Est qui sont proches, que par ceux de la Somalie plus lointains, et je ne peux pas dire que pour moi, qui suis cosmopolite par biographie, ce soit la solidarité nationale qui soit la plus importante, mais il n'en est évidemment pas ainsi pour la plupart des gens. La question de savoir si c'est la nationalité civique ou ethnique qui est première se pose donc à nouveau. Il y a un enchevêtrement de loyautés et il y a en
même temps l'aspiration à une identité qui dépasse les autres. Mais à l'Ouest, et dans les pays issus des Empires, la nature des identités ne va plus de soi : il y a par exemple hésitation entre l'identité irakienne, arabe, et islamique.
Si réellement la forme millénaire de la nation est en train de s'épuiser, c'est un événement qui touche à l'histoire universelle. Dans quelle mesure cet événement nous amène-t-il alors à réinterpréter le passé ? Est-ce la fin de la nation ou la fin d'une certaine modalité de la nation ?
La dernière question est tout à fait pertinente. Est-ce que c'est l'État-nation, c'est-à-dire l'union d'un pouvoir et d'une bureaucratie sur un territoire avec une certaine coïncidence entre l'unité culturelle et l'unité politique, selon la définition de Gellner, qui disparaît ? De ce point de vue, il semble évident qu'il y a un certain éclatement. C'est la part de vérité du fédéralisme européen - même s'il n'y a pas véritablement de « fédération » européenne - que de montrer que ni le niveau optimum ni le niveau vécu ne sont les mémos suivant les domaines. Selon qu'il s'agit d'agriculture ou de défense, on est par exemple plutôt catalan ou plutôt espagnol, plutôt européen ou plutôt atlantique. Est-ce que ce nouvel état de fait signifie la fin de la nation ? Est-ce la crise de la nation civique ou de la nation ethnique ? Est-ce qu'une nation « relativisée "  formant un niveau parmi d'autres, est encore une nation ? Telle est la question".
Pierre Hassner, La violence et la paix, Paris, 1995, Éditions Esprit, pp. 377-380.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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