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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 20:12


 Hannah Arendt suggère que la ruine de  l'autorité dans la société moderne est  l'une des clefs de la crise de la culture que nous vivons actuellement:

"Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition) ; là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation. Là où on a recours à des arguments, l'autorité est laissée de côté. Face à l'ordre égalitaire de la persuasion, se tient l'ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S'il faut vraiment définir l'autorité', alors ce doit être en l'opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. (La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur le pouvoir de celui qui commande; ce qu'ils ont en commun, c'est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d'avance leur place fixée.) Ce point est historiquement important; un aspect de notre concept de l'autorité est d'origine platonicienne, et quand Platon commença d'envisager d'introduire l'autorité dans le maniement des affaires publiques de la polis, il savait qu'il cherchait une solution de rechange aussi bien à la méthode grecque ordinaire en matière de politique intérieure, qui était la persuasion, qu'à la manière courante de régler les affaires étrangères, qui était la force et la violence.
 Historiquement, nous pouvons dire que la disparition de l'autorité est simplement la phase finale, quoique décisive, d'une évolution qui, pendant des siècles, a sapé principalement la religion et la tradition. De la tradition, de la religion, et de l'autorité (dont nous discuterons plus tard les liens), c'est l'autorité qui s'est démontrée l'élément le plus stable. Cependant,  avec la disparition de l'autorité, le doute général de l'époque moderne a envahi également le domaine politique où les choses non seulement trouvent une expression plus radicale, mais acquièrent une réalité propre au seul domaine politique. Ce qui jusqu'à présent, peut-être, n'avait eu d'importance spirituelle que pour une minorité, est maintenant devenu l'affaire de tous. Ce n'est qu'aujourd'hui, pour ainsi dire après coup, que la disparition de la tradition et celle de la religion sont devenues des événements politiques de premier ordre".
Hannah Arendt, «Qu'est-ce que l'autorité?», La Crise de la culture (1968),trad. P. Lévy,Gallimard, colt. «Folio essais»,1989, p. 123-124.

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Léa 22/11/2008 21:26

Ah dit comme ça.. Je comprendsBon et comment peut-on soutenir que l'autorité décline ? dans l'éducation oui, dans les rapports familiaux aussi par exemple ? ou est-ce essentiellement l'autorité publique qui a perdu de son envergure selon Hannah Arendt ?
Le déclin de l'autorité est la source de l'ébranlement culturel actuel car on retourne aux méthodes substitutives de persuasion ou de violence.. est-ce cela ? 
Merci en tout cas de prendre le temps d'éclairer vos visiteurs pas très perspicaces comme moi ! 

laurence hansen-love 23/11/2008 16:14



L'autorité décline.voire disparaît..
 Pour Arendt c'est lié au fait que le bloc autorité-tradition-religion n'a plus cours.
 Ou peut ajouter à cela la mentalité démocratique : les hommes étant égaux en quelque chose se croient égaux en tout... (Aristote)


Et bien sûr le déclin de la figure du Père, avec la disparition des Pères (guerre de 14 et émanicaption des femmes..) et l'effacement de la figure du Père ujourd'hui.


Comme le dit Eric zemmour (voir mon autre blog) , à force de dire qu'une mauvaise chose (le pouvoir des femmes en politique) va arriver, elle arrive...



Léa 22/11/2008 09:52

"Face à l'ordre égalitaire de la persuasion"
C'est cette phrase qui m'a  'fait tilt'. Je doutais de ce qu'était la persuasion soudainement !Mais oui ce n'est pas dans le sujet du texte de Arendt.

laurence hansen-love 22/11/2008 18:34



Oui la phrase est dans le texte de Arendt.


 Elle considère que si l'on cherche à persuader quelqu'un c'est qu'on le tient pour son égal. 
 On cherche à persuader un ami de la qualité d'un  film par exemple.
En revanche , le prof n'a pas à persuader ses élèves. Car ceux-ci doivent lui accorder un crédit a priori du fait de son autorité..


 (voyez à ce sujet Entre les murs , et le problème du prof qui essaye de persuader ses élèves, faute d'autorité)



Léa 20/11/2008 22:07

Me vient une question qui n'est pas au coeur du sujet mais tout de même : la persuasion, processus d'argumentation faisant appel aux sentiments, ne nécessite t-elle pas un rapport de pouvoir ? (contrairement au rapport d'égalité qu'Arendt énonce) ..dans le mesure où l'adhésion de l'interlocuteur s'obtient suite à un fléchissement de celui-ci manifestant une faiblesse émotionelle, et donc une supériorité persuasive de celui qui argumente
Euh finalement je ne suis plus sûre de ce que je dis : cela voudrait dire que toute argumentation instaure, in fine, une hiérarchie entre les interlocuteurs... ?

laurence hansen-love 21/11/2008 19:21



oh la la..


 Bien sûr la persuasion est une forme de domination par la ruse et la séduction (voir le Gorgias).


 Il faut bien distinguer le discours rationnel ou  le dialogue et , à l'opposé , les procédés sophistiques.


Mais je ne vois pas du tout en quoi cela concerne Arendt. Pourriez-vous rpéciser votre idée?