QU'EST-CE QUI DEFINIT LE CITOYEN ?
Introduction
On lit ceci dans le dictionnaire Robert
" Citoyen :
1) Individu considéré du point de vue de ses droits politiques
2) National d'un pays qui vit en république (synonyme = ressortissant) "
Cette définition appelle plusieurs remarques : un individu " considéré du point de vue de "... Il faudra bien préciser quel est ce " point de vue " et en quoi le citoyen se distingue de
l'individu et de l'homme. Ensuite, la seconde définition suggère une restriction : ne serait citoyen que celui qui vit en République ? A l'origine, le citoyen est le membre d'une
cité. Aujourd'hui, on ne parlera plus de "cité", mais de nation ou de communauté. Celui qui vit sous des lois non républicaines n'est-il pas citoyen ? Mais où commence et où finit la république
?
Il faut tout d'abord distinguer le citoyen et l'homme ou l'individu. On oppose en effet les droits l'homme et les droits du citoyen. L'homme, c'est une abstraction, un terme vague
renvoyant à une réalité mal déterminée ; on voit aussitôt que la notion de " droits de l'homme " peut être contestée de ce point de vue (" j'ai rencontré des italiens, des français etc.. mais de
hommes jamais ".. dit à peu près De Maistre dans une formule fameuse). L'individu est un être singulier, avec ses particularités -le citoyen au contraire est semblable à un autre en tant
que citoyen. En quoi le citoyen se distingue-t-il de l'homme et de l'individu ?
La citoyenneté est un statut. Ce statut comporte une part décisive d'objectivité : la citoyenneté soit être garantie par des institutions. Et le " statut " en question implique des droits
et des devoirs.
En première approximation, disons que la citoyenneté manifeste l'appartenance à une communauté politique, autrefois une cité, aujourd'hui une nation ou un Etat. De cette appartenance
dépendent les caractéristiques de ce statut. Cette appartenance peut être conçue de diverses manières. En gros : une manière traditionnelle et une manière moderne. La conception " moderne "
renvoie, comme on le verra, à une conception " moderne " de l'Etat.
Mais la modernité soulève des problèmes spécifiques, notamment ceux des appartenances multiples. Peut-on conjuguer, en effet, plusieurs citoyennetés ?
I Des conceptions inconciliables de la citoyenneté
C'est la question de l'appartenance qui doit être posée en premier lieu. Etre citoyen, c'est appartenir à une communauté. On se demandera donc ce qu'est une " communauté " et ce que
signifie " appartenir ".
a) Qu'est-ce qu'une communauté ?
Une communauté, c'est d'abord une unité de culture (Aristote : une cité est une unité culturelle). Aujourd'hui, compte tenu des dimensions des nations, cette unité devient évidemment difficile à
percevoir et à identifier ( multitudes de religions, de langues, de groupes ethniques).
On admettra que toute communauté politique est le produit d'une histoire à l'issue de laquelle la communauté a été progressivement organisée en Etat. ( l'Etat est la " forme que la loi donne à la
communauté politique selon Eric Weil , Philosophie politique). Selon cette théorie, la communauté n'est pas à l'origine de l'Etat, elle en est le résultat. De ce point de vue, la citoyenneté est
le produit d'une histoire, il résulte du politique. (Nota bene : ne pas confondre la communauté, douée d'une vie organique, et la société, association virtuelle et mécanique d'individus plus ou
moins " abstraits ")
b) Qu'est-ce que l'appartenance ?
On distinguera la réponse traditionnelle , la réponse moderne et la réponse démocratique (je suis l'analyse de P. Canivez dans Eduquer le citoyen ?)
Réponse traditionnelle : Ce qui fait l'appartenance c'est la naissance (sur un sol) et l'adhésion aux valeurs et aux traditions de la communauté. Exemple : à Rome, on reconnaissait le
citoyen au fait qu'il prenait part au culte de la cité. Cette participation entraînait la possession de droits civils et politiques . Pb de cette conception : étant donné la multitude des
traditions, l'existence de traditions dominantes et de traditions dominées, il est possible d'admettre une citoyenneté à plusieurs degrés
Réponse moderne : " moderne " au sens " individualiste " et consumériste. Le citoyen est un travailleur et un consommateur. Mais dans ce cas, on va avoir plusieurs catégories de
citoyens selon la qualité des services rendus à la communauté. Et des simili citoyens ; chômeurs, exclus.
Réponse démocratique : la communauté politique se définit par la discussion publique comme moyen de résoudre les conflits. Le citoyen c'est celui qui participa à la discussion publique (cf
aujourd'hui la notion de " démocratie participative " complétant la démocratie représentative, ou s'y substituant)
Conclusion : La citoyenneté véritable (jouissance effective par tous des mêmes droits et des mêmes devoirs) ne peut reposer que sur le droit. Quant au droit lui-même, il ne peut être fondé que
sur un principe rationnel, c'est-à-dire universel, qui garantisse l'unité de la citoyenneté (Cf la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " afin que les réclamations des
citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et au bonheur de tous ").
II De la théorie aristotélicienne à la citoyenneté démocratique
Chez Aristote, le citoyen est le gouvernant en puissance (voir le texte)
1) Les théories de la citoyenneté, de Aristote à Rousseau
a) Du citoyen partiel au citoyen complet
Ambiguïté du texte d'Aristote : seuls sont des citoyens ceux qui le sont de façon complète, absolue ou parfaite. C'est-à-dire que les citoyens " imparfaits " (citoyens en un certain sens
seulement) ne le sont pas du tout !
Deux lectures possibles :
-il y a des degrés de citoyenneté
-il n'y en a pas. Seuls sont citoyens ceux qui le sont au sens plein.
Autre pb : quelle est la différence entre un citoyen et un étranger ? (vivant sur le territoire,travaillant, tenu de respecter les lois du pays, et jouissant de la protection des lois) . Réponse
: le citoyen à part entière es tcelui qui exerce une fonction publique à durée définie, soit trois activités possibles.1) Siéger au tribunal (droit de juger) 2) Participer aux assemblées (droit
de délibérer) 3) En démocratie seulement : droit de gouverner, c-a-d de décider pour la communauté.
En résumé, le citoyen est alternativement gouvernant et gouverné. Mais il faut distinguer le gouvernant en aristocratie, où les " magistrats " nommés ou élus sont spécialisés et en
démocratie où chacun participe effectivement aux affaires (système de rotation et tirage au sort).
Commentaire de la théorie aristotélicienne de la citoyenneté : Aristote semble hésiter entre une définition fonctionnelle (descriptive) de la citoyenneté (admettant des degrés ou niveaux
(passif/actif etc..) et des variantes (aristocratique/ démocratique) et une définition juridique : on est citoyen ou on ne l'est pas ! (" il y a plusieurs espèces de citoyens, mais les vrais
citoyens sont ceux-là seuls qui participent aux honneurs ")
b) La conception moderne c'est-à-dire contractualiste
Rousseau : Les associés prennent collectivement le nom de " peuple " et s'appellent en particulier " citoyens " comme participants à l'autorité souveraine, et sujets comme soumis aux lois de
l'Etat " (Contrat, I, VI).
Le citoyen est membre du peuple donc membre du souverain . Conséquence : " la personne du dernier citoyen est aussi sacrée et inviolable que celle du dernier magistrat " (ibid, III, 14)
2) La citoyenneté démocratique aujourd'hui
a) Citoyenneté et nationalité
Dans le cadre des Etats-nations, il y a quasi identification entre nationalité et citoyenneté, notamment en France.
Notez simplement qu'un enfant ne bénéficie pas encore d'une citoyenneté entière. Notez aussi que les femmes n'ont le droit de vote que depuis 1944 en France. Que longtemps, enfin, les colonisés
ne bénéficiaient pas de tous les droits des français.
b) Un statut juridique
Elle comporte trois aspects : un aspect civil (droit à la liberté individuelle) ; un aspect social
(accès au partage des biens droit à la propriété, aux soins, désormais droit opposable au logement) ; un aspect politique (droit de participer directement ou indirectement au pouvoir) . Les
critères décisifs sont le droit de vote et le droit de regard et de contrôle sur les décisions politiques et enfin l'éligibilité.
c) Une adhésion aux valeurs communes (cf Claude Nicolet, L'idée républicaine en France).
Sous l'ancien régime, il était impossible de donner une définition précise de la qualité de français (hormis la fidélité au roi). Au contraire, e,n République, le statut de citoyen français
résulté d'une démarche volontariste dont le paradigme est fourni par le serment du Jeu de Paume. L'Etat exige du citoyen une adhésion aux valeurs communes, le respect de la volonté générale qui
se manifeste par la souveraine té de la loi. C'est cette adhésion qui suppose et fonde en même temps le sentiment d'appartenance.
Conclusion
Le lien politique qui procède de la soumission à la norme commune (la loi) résulte, dans le cadre de la citoyenneté républicaine, d'une libre décision de l'individu responsable. Il s'gait
d'une démarche volontaire. La qualité d citoyen ne se réfère à aucune nature (ni naissance, ni ethnie, ni religion) . Elle s'acquiert, se cultive. D'où le rôle clef de l'éducation( cf Canivez)
.
Le vouloir-vivre ensemble es tle fondement du politique ( Arendt, Ricoeur, Gauchet).
III La citoyenneté en crise
Cf Olivier Mongin " Citoyenneté et communauté " . Esprit, Janvier 1991
Le fait nouveau, c'est la mondialisation démocratique ; désormais, la souveraineté nationale n'est plus un principe incontestable. On s'oriente vers l'idée de république universelle. Il en
résulte un " profond désarroi identitaire ". Le fossé s'élargit entre les valeurs universelles et les repères civiques et politiques vacillants.
1) Les crises
a)Crise de citoyenneté : en effet , trois sphères d'appartenance tendent à se dissocier
- l'individu émancipé tend à se soustraire au poids de la communauté (cf valeurs religieuses passant en priorité) - appartenance à la communauté mondiale (cf la crise écologique) -repli
individualiste sur les valeurs de la communauté étroite, famille, tribu etc...b) crise identitaire : la société se perçoit elle-même comme coupé en deux ; les non-citoyens en mal d'intégration,
et le citoyen sur la défensive qui agit en " légitime défense " cf extrême droite) c) Déficit de délibération politique ; Ce qui explique le " non à l'Europe " dirigée par des technocrates ; et
qui jsutifie l'effort actuel pour donner une réalité à la notion de " démocratie participative ". cependant une " gouvernance mondiale " implique des décisions prises au niveau
international qui laissent peu de place aux desiderata du citoyen ! (cf déjà les directives européennes prises au nom d'un intérêt général dont les tenants et aboutissants échappent au
citoyen)
2) Débats actuels et perspectives :
Dangers d'une citoyenneté passive ou diluée
Passive : soit consumériste (je ne m'acquitte de mes devoirs que dans la mesure où j'ai des droits) Remise en cause de la solidarité, perte du sentiment d'appartenance. Soit défensive : la sphère
politique est conçue comme un danger potentiel. Le citoyen n'es tplus que celui qui vérifié que l'Etat lui assure la jouissance de ses droits fondamentaux . La citoyenneté est perçue comme
un droit et non plus comme un devoir
Diluée : la revendication de droits particuliers conduit à une dilution de la notion de citoyenneté (citoyen dans l'entreprise, citoyen européen, citoyen et étranger ne bénéficiant que de
certains droits, citoyen assisté...)
Comment réactiver la citoyenneté ?
Pour une citoyenneté active ? Redéfinition de la participation active au débat. Promotion de la participation au niveau local.
Rôle décisif de l'école. L'école est le moyen de l'apprentissage du jugement politique qui déterminera la volonté ultérieure de participation aux décisions. Cette éducation du jugement est
capitale car, en République, le respect des lois est fondé sur la capacité d'en saisir la justification. Quand on ne comprend pas, on ne participe pas, et on rejette.
Conclusion.
Pour Olivier Mongin, le destin de la citoyenneté est inséparable de la consolidation de notre culture démocratique.
Consolidation qui peut s'établir suivant deux axes :
La laïcité : l'intégration à la culture de la communauté passe par l'adhésion aux valeurs et aux principes qui permettent aux multiples traditions de coexister
L'éducation du citoyen : correspondant à son statut de " gouvernant en puissance ". L'égalité des citoyens implique l'égalité des individus par rapport à cette formation , en vue de
l'appropriation d'une culture démocratique.
ANNEXE
Qui est citoyen européen ?
" Est citoyen de l'Union toute personne ayant la nationalité d'un État membre ". Instituée par le traité de Maastricht en 1992,
complétée par le traité d'Amsterdam en 1997, la citoyenneté complète mais ne remplace pas la citoyenneté nationale. Elle constitue un lien entre les citoyens destiné à favoriser
l'identification des citoyens à VUE et le développement d'une opinion publique et d'une identité européennes. Son attribution obéit à un double critère :
- Elle est réservée aux nationaux des États membres. Les individus n'accèdent à la citoyenneté européenne qu'au travers de leurs États : le fait d'être français ou allemand confère
automatiquement citoyenneté européenne.
Celle-ci n'est donc pas ouverte aux résidents d'origine extra-communautaire (pays tiers non membres de l'UE), même durablement installés. Ils bénéficient de droits économiques et sociaux
propres aux États membres de l'UE (conditions de travail, participation aux élections professionnelles, mais ils ne bénéficient pas des droits liés à la citoyenneté de l'Union (ex : droit
de vote aux élections européennes).
- La définition de la nationalité demeure la prérogative exclusive des États membres, l'UE n'ayant aucune compétence en la matière. Les États restent donc maîtres, à travers leur code de
nationalité de décider qui est européen et qui ne l'est pas. Les instances communautaires n'ont donc aucun droit d'octroyer la qualité de citoyen européen. La délivrance du passeport
européen, qui permet ressortissants de l'UE de se rendre à l'étranger, continue de relever des autorités nationales.
Quels sont les droits et les devoirs du citoyen européen ?
. Les citoyens européens disposent de droits liés à leur citoyenneté et garantis par le traité (articles 17 à 22 du traité instituant la Communauté européenne)
- le droit de circuler et de séjourner, de travailler et d'étudier sur le territoire des autres pays membres, reconnu aux actifs et aux " inactifs " (étudiants, retraités, etc.) ;
- des droits civiques et politiques : droit de vote et d'éligibilité (être élu) aux élections municipales, aux élections du Parlement européen dans l'État membre où ils résident, droit de
pétition devant le parlement européen.
- certaines garanties juridiques : la protection consulaire par un autre État membre sur le pays tiers, non membre de l'Union européenne (UE) si le leur n'y est pas représenté, le droit
d'adresser à un Médiateur européen une plainte contre un acte de mauvaise administration commis par une institution européenne.
L'exercice de ces droits est assorti de limitations et de conditions.
Ainsi - les citoyens de l'UE peuvent être élus conseillers municipaux mais pas maire ou adjoint ; - ils peuvent être fonctionnaires dans leur État de résidence mais uniquement pour des
emplois ne mettant pas en jeu sa souveraineté ; ils doivent justifier de ressources suffisantes pour s'installer dans un autre État.
Les européens, citoyens ou non de l'UE, ont aussi des droits fondamentaux (civil économiques et sociaux) que l'UE s'engage à respecter (art 6 du traité sur l'UE). Mais, leur protection
juridique est imparfaite car aucun traité n'énumère précisément ces droits et la Charte des fondamentaux de décembre 2000, qui les définit, n'a pas pour l'instant de valeur contraignante pour les
États.
. Enfin, aucun traité n'énumère les devoirs du citoyen européen. Seul le préambule droits fondamentaux pose le principe que " la jouissance de ces droits entraîne des responsabilités et des
devoirs ".
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