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2 août 2007 4 02 /08 /août /2007 18:38


 La philosophie nous ouvre la voie de l'universel. En ce sens , elle fait de nous , au moins virtuellement,des citoyens du monde; C'est ce que suggéraient déjà les stoïciens, puis Montesquieu (texte ci-dessous)

"L'esprit qui s'est accoutumé à la liberté et à l'impartialité de la contemplation  philosophique, conservera quelque chose de cette liberté et de cette impartialité dans le monde de l'action et de l'émotion; il verra dans ses désirs et dans  ses buts les parties d'un tout, et il les regardera avec détachement comme les  fragments infinitésimaux d'un monde qui ne peut être affecté par les préoccupations d'un seul être humain. L'impartialité qui, dans la contemplation, naît  d'un désir désintéressé de la vérité, procède de cette même qualité de l'esprit
qui, à l'action, joint la justice, et qui, dans la vie affective, apporte un amour  universel destiné à tous et non pas seulement à ceux qui sont jugés utiles ou  dignes d'admiration. Ainsi, la contemplation philosophique exalte les objets de  notre pensée, et elle ennoblit les objets de nos actes et de notre affection ; elle fait de nous des citoyens de l'univers et non pas seulement des citoyens d'une  ville forteresse en guerre avec le reste du monde. C'est dans cette citoyenneté  de l'univers que résident la véritable et constante liberté humaine et la libé-
ration d'une servitude faite d'espérances mesquines et de pauvres craintes.
 Résumons brièvement notre discussion sur la valeur de la philosophie : la  philosophie mérite d'être étudiée, non pour y trouver des réponses précises  aux questions qu'elle pose, puisque des réponses précises ne peuvent, en général, être connues comme conformes à la vérité, mais plutôt pour la valeur des  questions elles-mêmes ; en effet, ces questions élargissent notre conception du  possible, enrichissent notre imagination intellectuelle et diminuent l'assurance  dogmatique qui ferme l'esprit à toute spéculation; mais avant tout, grâce à la  grandeur du monde que contemple la philosophie, notre esprit est lui aussi  revêtu de grandeur et devient capable de réaliser cette union avec l'univers qui  constitue le bien suprême".
                 B, Russell, Problèmes de philosophie (1912),
                      Éd. Pavot, 1975, pp. 185-186.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

JBV 27/04/2008 15:33

C'est un très beau texte, un très grand texte. Il demeure au stade théorique, puisque les hommes ne sont globalement pas "prêts" - et ils ne sont d'ailleurs même pas orientés en ce sens - à adhérer à l'esprit philosophique.La seule religion communément répandue de la citoyenneté universelle c'est le communisme, mais ses raisons sont fallacieuses, ses arguments débiles. A cela répondent avec virulence des journalistes (Zemmour) ou des intellectuels de philosophie politique (Finkielkraut) qui anéantissent la légitimité de l'expression "citoyenneté universelle".Alors quoi ? Défaite de la pensée ? Echec de la culture ?

laurence hansen-love 27/04/2008 22:18


Je ne vous comprends pas très bien...
Je crois que A.F. pourrait très bien adhérer à la thèse de Russell. Il me semble.
 La nation, pour A.F. est indépassable. Mais en tant que sol symbolique, et aussi médiation entre moi et Nous, mais pas du tout en tant qu'antinomie de l'Universel.