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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 17:49

 Deux ou plusieurs réalités sont dites " égales " lorsqu'elles sont tenues pour semblables ou identiques sous un angle déterminé. On tient donc pour équivalentes, d'un certain point de vue, des choses qui ne le sont pas par ailleurs. Dans les faits, on ne trouve jamais deux réalités identiques au point d'être interchangeables. Leibniz a exprimé cette idée en formulant son  fameux " principe des indiscernables " : deux gouttes d'eau, par exemple, ne sont jamais pareilles en tout point. L'égalité ne serait  donc en aucun cas l'identité, mais plutôt une forme de similitude qui n'exclut pas les différences. Tout le problème est donc de déterminer à partir de quel degré de similitude deux êtres par ailleurs différents pourront être tenus pour égaux. Distinguons d'emblée les réalités mesurables  et celles qui ne le sont pas. Dans le premier cas, on tiendra pour égales des réalités équivalentes  sous l'angle d'une certaine mesure telle que le poids,  la surface,  la taille etc...Dans le second cas, on décidera de tenir pour égales des individualités  en raison d'une similitude essentielle. La première approche de l'égalité est d'ordre scientifique. La seconde renvoie  aux concepts moraux et juridiques de l'égalité. L'acception la plus rigoureuse de l'égalité est  mathématique, mais elle ne l'est que dans l'exacte mesure ou elle porte sur des réalités abstraites. Les mathématiques et la logique, ainsi que les sciences exactes établissent des équivalences entre des objets de pensée, matérialisées par le signe : = . Ces équivalences établissent des  identités entre des variables (a et b par exemple)  ou des combinaisons de variables  ( f (a) = b ). Deux variables égales  n'ont pas le même sens mais comportent le même référent (un même nombre réel  par exemple).
  Contrairement aux équations mathématiques, l'égalité juridique ne concerne pas des objets de pensée, mais des hommes, et les problèmes soulevés sont ici d'un tout autre ordre.  Par opposition aux choses auxquelles on peut  toujours attribuer un prix, les êtres humains sont incommensurables, et leur dignité n'est pas dissociable de leur unicité.  La valeur d'un homme est un  absolu, alors que  ce qui est relatif peut être évalué, puisque évaluer signifie toujours apprécier et comparer des réalités  tenues pour équivalentes  d'un certain point de vue. Si nous tenons les hommes pour égaux, c'est pour des raisons de principe, et si les hommes sont égaux, ils ne sont en aucun cas équivalents.
 
 L'égalité de droits
 La notion d'égalité des droits  résulte d'un long processus qui s'enracine dans les sources grecques,  judéo-chrétiennes et stoïciennes de notre  civilisation.  A partir de Solon (- 640 - 558) et de Clisthène ( 6ième siècle av J.C.), les citoyens athéniens bénéficient de  l'isonomie (égalité devant la loi) et de l'iségorie (égal droit à la parole) qui assurent à  chaque citoyen un statut de gouvernant potentiel. Cependant les femmes, les étrangers et les esclaves ne sont pas des citoyens. Le christianisme et le stoïcisme   affirmeront bien l'égalité de principe  tous les hommes- indépendamment de leur sexe ou de leur appartenance ethnique - mais sans se soucier d'étendre cette prérogative au domaine politique. Il faudra attendre la révolution théorique du " contrat social " et sa traduction politique au 18 ième siècle pour que les différentes composantes de l'égalité soient réunies et proclamées dans la Déclaration américaine de 1776 puis française de 1789.
 La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789
 Article 1 : " Les hommes naissent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ".  Article 6 : "  La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ".  L'article 1 postule une égalité de principe entre tous les hommes  tandis que   l'article 6 établit l'égalité des citoyens. Cette égalité comporte un aspect juridique (les prescriptions et les peines seront les mêmes pour tous), une composante politique ( possibilité pour tous d'assumer des responsabilités politiques) et une dimension sociale : il n'y aura plus de privilèges ni de distinctions héréditaires ou préservées.  Apparemment rigoureuse, cette approche est cependant assez ambiguë pour autoriser les lectures inconciliables. Suivant une interprétation libérale, l'égalité a trait essentiellement à la liberté, et celle-ci ne peut être que formellement garantie par l'Etat. Les hommes seront tous égaux en tant qu'ils sont libres, mais les pouvoirs publics ne peuvent promettre une égalité matérielle impliquant des dispositifs coercitifs peu compatibles avec la préservation des libertés fondamentales. Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique,   met en garde les peuples démocratiques contre une débordante  " passion de l'égalité "   qui peut conduire à subordonner la liberté - pour laquelle nous n'aurions  qu'un "  goût " - voire même à la sacrifier sur l'autel de l'égalitarisme. Seul un Etat despotique en effet  peut niveler les conditions sociales  au point de proscrire et de prévenir   toute dérive inégalitaire.

Egalité formelle, égalité fictive
  A l'opposé de cette perspective   libérale,  Karl Marx  estime que l'égalité juridique n'est qu'un leurre destiné à masquer une réalité économique dont la logique est celle de l'appropriation illimitée des richesses et du bien commun  au profit des plus habiles. L'Etat ne peut se contenter de déclarer l'égalité théorique des citoyens, il doit fournir à tous ses sujets  les moyens matériels de jouir de leurs droits fondamentaux. L'accès à l'éducation est l'une des clefs de voûte du système (" égalité des chances ").   Pour Marx et ses émules, il ne saurait y avoir de liberté sans égalité concrète (sociale et économique) et chacun peut  constater que, de fait, dans les sociétés dominées par l'économie capitaliste,  les droits " formels " ne bénéficient  surtout à une minorité de nantis.

  Justice, égalité et différences
 Il existe cependant aujourd'hui un libéralisme de gauche qui tente de dépasser cette antinomie entre une approche libertaire et une conception matérialiste et volontariste de l'égalité.  Pour John Rawls ( Théorie de la justice, 1971), il est possible d'articuler exigence de liberté et idéal égalitaire. Une société juste est une société telle que les hommes sont tous susceptibles d'en approuver la règle fondamentale.  Celle-ci combine un principe égalitaire (" tous les hommes ont droit aux mêmes libertés de base pourvu que celles-ci soient compatibles avec celles des autres ") et un principe inégalitaire : les différences sociales et économiques seront organisées de telle sorte que l'on puisse raisonnablement s'attendre à ce qu'elles soient à l'avantage de chacun tout en étant attachées à des positions et des positions ouvertes à tous. L'originalité de Rawls consiste à privilégier l'égalité (le premier principe est prioritaire et non négociable), tout en en déduisant un principe de " différence ". Aucune inégalité n'est ici légitimée en tant que telle, puisque le système ne peut être tenu pour " juste " que s'il est susceptible d'être approuvé par tous ceux qui pour des raisons x se retrouvent relégués tout en bas de l'échelle sociale.
Aussi ingénieuse soit-elle, cette théorie se heurte à des objections de bon sens. John Rawls semble vouloir nier  la réalité empirique qui est celle d'une lutte permanente contre des inégalités structurelles indéfiniment reconstituées. En outre, on voit mal  comment  l'idée d'un consensus sur des règles de maximisation du bien commun  pourrait, au moins  à moyen terme, trouver   une traduction internationale. Or  il y a urgence   et il semble bien que ce soient  des rapports de force qui fixent encore  aujourd'hui des limites à l'exploitation et à la spoliation des plus pauvres par les plus riches au niveau de l'humanité tout entière.

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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