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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 13:22

Croire au progrès est un devoir pour Kant:

"Cette espérance en des temps meilleurs, sans laquelle un désir sérieux de faire quelque chose d'utile au bien général n'aurait jamais échauffé le coeur humain, a même eu de tout temps une influence sur l'activité des esprits droits et l'excellent Mendelssohn (2 lui-même a bien dû compter là-dessus quand il a déployé tant de zèle en faveur du progrès des lumières et la prospérité de la nation à laquelle il appartient. Car y travailler pour sa part et pour son seul compte, sans que d'autres après lui continuent à s'engager plus avant dans la même voie, il ne pouvait raisonnablement l'espérer. Au triste spectacle, non pas tant du mal que les causes naturelles infligent au genre humain, que de celui plutôt que les
hommes se font eux-mêmes mutuellement, l'esprit se trouve pourtant rasséréné par la perspective d'un avenir qui pourrait être meilleur, et à vrai dire avec une bienveillance désintéressée, puisqu'il y a beau temps que nous serons au tombeau, et que nous ne récolterons pas les fruits que pour une part nous aurons nous-mêmes semés. Les raisons empiriques invoquées à l'encontre du succès de ces résolutions inspirées par l'espoir sont ici inopérantes. Car prétendre que ce qui n'a pas encore réussi jusqu'à présent ne réussira jamais, voilà qui n'autorise même pas à renoncer à un dessein d'ordre pragmatique' ou technique (par exemple le voyage aérien en aérostats), encore bien moins à un dessein d'ordre moral, qui devient un devoir dès lors que l'impossibilité de sa réalisation n'est pas démonstrativement établie. Au surplus il ne manque pas de preuves du fait que le genre humain dans son ensemble a, de notre temps par comparaison à celui qui précède, effectivement progressé de façon notable au point de vue moral (de brèves interruptions ne peuvent rien prouver là-contre), et que le bruit qu'on fait à propos de l'irrésistible abâtardissement croissant de notre temps provient précisément de ce que, monté à un degré plus élevé de moralité, il a devant lui un horizon plus étendu et que son jugement sur ce qu'on est, en comparaison de ce qu'on devrait être, partant, le blâme que nous nous adressons à nous-mêmes, ne cessent de devenir plus sévères, à mesure que nous avons déjà gravi davantage de degrés de la moralité dans l'ensemble du cours du monde venu à notre connaissance".

Emmanuel Kant, "Sur l'expression courante: il se peut que ce soitjuste en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien" (1793),trad. L. Guillermit, Éd. Vrin, 1980, pp. 54-55.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

joe 16/08/2007 23:08

Le nazisme n'a pas duré 4ans, l'Etats SS peut-être mais le nazisme prend sa source dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir... De plus la condamnation a été générale et non universelle... Des groupes néo nazis assassinent toujours des étrangers sous la svastika (article du Guardiand d'aujourd'hui sur cette affaire...)Le problème c'est qu'il ne faut pas identifier communisme à totalitarisme, ce serait le réduire au seul stalinisme... Le communisme ( non je ne suis pas coco je vote au centre !) c'est d'abord un message d'espoir qui a (tres) mal tourné et a été deformé, on peut affirmer sans mal que le communisme en tant que tel n'a jamais vraiment existé... Donc condamner le stalinisme, les régimes non démocratiques et autoritaires bien sur, mais réduire toute l'idéologie communiste à cela non !Vous même en faisant l'éloge de Velib (comme presque tout le monde et je m'inclu dans le lot) n'y voyez vous pas la forme d'une idée communiste?

laurence hansen-love 16/08/2007 23:56

Oui, Arendt parle toujours du bolchévisme, pour être tout-à-fait précise....Mais le nazisme aussi était (et est toujours , sans doute, pour les néo-nazis) un "message d'espoir".Ce n'est pas le communisme qui est en cause ici, mais le totalitarisme, dont le communisme bolchévique fut une variante.  Les nombreuses autres variantes du totalitarisme,  non nazi, mais inspirés par l'idéologie marxiste ont donné des résultats très semblables ( Cambodge, Chine etc..), mais qu'Arendt n' a pas connus. Tous ont pour clef de voûte le camp d'extermination ou de rééducation pour corriger et éliminer l'ennemi intérieur... Le "message d'espoir" communiste n'a pas été "déformé". Il a été appliqué à la lettre  (dictature du prolétariat,  parti unique, centralisme "démocratique", abolition de la propriété privée , élimination des opposants-bourgeois etc..)

laurence Hansen-love 16/08/2007 20:54

 Une différence flagrante entre nazisme et communisme, c'est que la nazisme a duré 4 ans et ne s'est produit qu'une fois, et a rencontré la réprobation ultérieure universelle. Tandis que le communisme a essaimé (cf Chine, Albanie, Cambodge, Corée du Nord, Cuba)   produisant  partout les mêmes ravages et surtout ayant reçu l'onction  d'intellectuels et continuant d'être  applaudi par  nombre de nostalgiques...

joe 16/08/2007 18:47

le truc c'est qu'on s'en fout que l'idéologie de Staline n'était pas raciste... Elle a fait encore plus de victimes que les folies d'Hitler, on ne peut y trouver aucune justification alors fascisme ou communisme n'importe de ce point de vue ce sont tout les deux des abominations...

laurence Hansen-love 16/08/2007 16:49

Sur le parallèlisme entre Stalinisme et Nazisme, on ne peut continuer d'ignorer la thèse de Arendt!Le stalisme et le nazisme sont deux variantes du totalitarisme. Dans les deux cas, il y a l'idée que l'histoire obéit à une loi qui justifie tous les crimes.A partir de là (le postulat totalitaire, l'idéologie) , tout est permis, tout est possible. Et le camp est le clef de voûte du totalitarisme:"Les hommes ont fait de l'Etat un enfer parce qu'ils ont voulu en faire un paradis" Hölderlin 

Thomas 15/08/2007 22:47

A propos du livre noir du communisme :

Parlez vous de celui sorti en 1997?

Si oui, on peut penser raisonnablement que même si le stalinisme, dont l'auteur expose, à l'aide d'arguments convainquants, qu'il est à la base d'un crime de masse comparable dans ses proportion au fascisme, il y'a quand même bien des différences. En effet si le communisme sauce URSS à été à la base de bien des dérives (Sakharov, un pur génie, considéré comme déviant mental c'etait quand même fort! Ou bien les quelques millions de personnes considérés comme "ennemi du peuple" (et c'est quoi d'abord un ennemi du peuple?)!) ça ne répondait pas à une logique rasciste (dans le vrai sens du terme) comme l'était celle de hitler qui définissait sa propre nation à partir de substrats biologiques. Faire donc l'amalgame entre les crimes de l'URSS et ceux de l'Allemagne nazi, même si c'est dans les deux cas peu glorieux, c'est quand même osé! Enfin bon c'est ce sur quoi porte la plupart des polémiques sur ce bouquin j'imagine!