Les animaux pensent-ils ? Sont-ils intelligents ? Ont-ils une âme ? Pendant des décennies, nous autres, professeurs de philosophie éclairés, cartésiens, avons enseigné scrupuleusement
à nos élèves que, contrairement aux apparences, les animaux n'étaient pas intelligents, ou, en d'autres termes, qu'ils ne possédaient ni " âme " ni " pensée " . Cette thèse semblait fondée
sur le constat qu'ils ne possèdent pas un véritable langage. En effet, le langage est le " propre de l'homme ", et, si les animaux ne parlent pas,c'est parce qu'ils ne pensent pas : s'ils avaient
des " pensées " ils nous les communiqueraient, comme l'a établi Descartes. Or, depuis quelques années, une révolution est en cours. D'innombrables ouvrages plaident aujourd'hui en faveur de la
cause animale. De nombreux scientifiques s'accordent aujourd'hui pour dire que les chats, les chiens mais aussi les castors et de nombreuses autres espèces, incluant même les insectes, "
réfléchissent, aiment et souffrent ". " Descartes s'est trompé " dit Pierre Louventin chercheur en écologie. C'est Darwin qui a vu juste : " la différence d'intelligence entre hommes
et animaux les plus évolués, aussi grande soit-elle, est une différence de degré, et non de nature ". Or ce propos de Darwin donne raison à Aristote, que Descartes a donc cru bon de
réfuter à tort ! La philosophie n'est-elle donc qu'un éternel recommencement ? Pour se persuader du contraire, on lira par exemple les ouvrages de Dominique Lestel qui montre que la différence
entre les hommes et les animaux passe tout de même par le rapport singulier que nous entretenons avec le langage -les animaux ne " se racontent pas d'histoires ",
écrit-il. On jettera aussi un œil sur les ouvrages de Elizabeth de Fontenay qui, à, la suite de Rousseau, insiste sur le fait que l'intelligence sensible, contrairement à la seule
pensée rationnelle ; nous rapproche des animaux supérieurs. Au même titre que la vie, plus généralement. Car " toute vie est une pensée mais une pensée plus ou moins obscure comme la
vie elle-même " (Plotin).
Ouvrages : Le silence des bêtes Elizabeth de Fontenay
Les origines animales de la culture Dominique Lestel Flammarion 2003
Les amis de mes amis Dominique Lestel Seuil 2007
L'émergence de la conscience de l'animal à l'homme Derek Denton Flammarion 1998
L'intelligence animale Jacques Vauclair Seuil 1995
Les confessions d'un primate Pierre Jouventin Pour la science 2001
Merci pour vos contributions. Je suis d'accord avec vous sauf sur deux points:
Je n'accorde plus aucun crédit à F. Wolff depuis qu'il a défendu la corrida. Je préfère lire E. de Fontenay, je mettrai un très beau texte d'elle en ligne mardi sur la corrida.
Par ailleurs je n'aime pas les huîtres.
A bientôt
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E. de Fontenay dit que le propre de l'homme, c'est la responsabilité, et notamment d'accepter d'être responsables de ceux qui ne le sont pas...