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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 12:39

 

 Les animaux pensent-ils ? Sont-ils intelligents ? Ont-ils une âme ? Pendant des décennies, nous autres, professeurs de philosophie éclairés,  cartésiens, avons enseigné scrupuleusement à nos élèves que, contrairement aux apparences, les animaux n'étaient pas intelligents, ou, en d'autres termes, qu'ils ne possédaient ni " âme " ni " pensée " .  Cette thèse semblait fondée sur le constat qu'ils ne possèdent pas un véritable langage. En effet, le langage est le " propre de l'homme ", et, si les animaux ne parlent pas,c'est parce qu'ils ne pensent pas : s'ils avaient des " pensées " ils nous les communiqueraient, comme l'a établi Descartes. Or, depuis quelques années, une révolution est en cours. D'innombrables ouvrages plaident aujourd'hui en faveur de la cause animale. De nombreux scientifiques s'accordent aujourd'hui pour dire que les chats, les chiens mais aussi les castors et de nombreuses autres espèces, incluant même les insectes, " réfléchissent, aiment et souffrent ".  " Descartes s'est trompé " dit Pierre Louventin chercheur en écologie. C'est Darwin qui a vu juste : "  la différence d'intelligence entre hommes et animaux les plus évolués, aussi grande soit-elle, est une  différence de degré, et non de nature ". Or ce  propos de Darwin donne raison à Aristote, que Descartes a donc cru bon de réfuter à tort ! La philosophie n'est-elle donc qu'un éternel recommencement ? Pour se persuader du contraire, on lira par exemple les ouvrages de Dominique Lestel qui montre que la différence entre les  hommes et les animaux passe tout de même  par le  rapport singulier que nous entretenons avec le  langage -les animaux ne " se racontent pas d'histoires ", écrit-il.  On jettera aussi un œil sur les ouvrages de Elizabeth de Fontenay qui, à, la suite de Rousseau,  insiste sur le fait que l'intelligence sensible, contrairement à la seule pensée rationnelle ;  nous rapproche des animaux supérieurs. Au même titre que la vie, plus généralement.  Car " toute vie est une pensée mais une pensée plus ou moins obscure comme la vie elle-même " (Plotin).
Ouvrages :  Le silence des bêtes Elizabeth de Fontenay
Les origines animales de la culture Dominique Lestel Flammarion 2003
Les amis de mes amis  Dominique Lestel Seuil 2007
L'émergence de la conscience de l'animal à l'homme Derek Denton Flammarion 1998
L'intelligence animale Jacques Vauclair Seuil 1995
Les confessions d'un  primate Pierre Jouventin Pour la science 2001

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Catherine D 10/05/2014 10:34


Bien sûr qu'ils ont une âme ! merci de cet article...

michel roig 20/09/2011 09:35



A propos des relations entre l'homme et l'animal. L'argument qui consiste à dire que les animaux sont "inférieurs" parce qu'ils ne sont pas dotés du langage articulé (double articulation, etc.)
ne tient pas. Ils ont un autre langage, et comme l'indique Montaigne (Apologie de Raymond Sebond), si nous ne les comprenons pas, c'est autant de leur faute que de la nôtre. Sur cette question,
la réponse des poètes est beaucoup plus éclairante que celle des philosophes. Je pense à Supervielle en particulier. Lisez le très beau poème "Les amis inconnus" ou encore "L'oiseau" dans le même
recueil.


Merci en tout cas des contributions que j'ai pu lire ici ou là.


MR



laurence hansen-love 20/09/2011 12:01



merci à vous....



A. Simon 01/10/2008 22:21

Je suis tout à fait d'accord avec vous. J'ajouterais même qu'il en va de notre humanité d'entretenir en nous la "caritas" ou empathie qui, d'après les religions comme la philosophie, est censée nous distinguer des autres êtres vivants. Se soucier de la souffrance animale doit ainsi participer à notre humanité.

laurence hansen-love 09/10/2008 18:30


Oui!
E. de Fontenay dit que le propre de l'homme, c'est la responsabilité, et notamment d'accepter d'être responsables de ceux qui ne le sont pas...


A. Simon 01/10/2008 17:27

Bonjour,je voudrais ouvrir un débat autour des notions de souffrance et de joie, voire de bonheur et de malheur. Certes, les animaux dotés d'un cortex ou d'un centre de la douleur, sont capables de plaisir et de douleur et peuvent l'exprimer. Mais, sont-ils capables de savoir qu'ils ont mal par exemple? Peuvent-ils s'interroger sur les raisons de leur douleur et en arriver au sentiment du désespoir? Il me semble que cela suppose la conscience réflexive ou la conscience de soi, c'est-à-dire la capacité de se penser et non pas seulement de ressentir. Autrement dit, quel que soit l'amour que l'on peut porter aux animaux, rien n'empêche de constater que nous sommes différents du point de vue de notre rapport au monde, au soi et aux autres. Cette différence n'est pas seulement quantitative, en termes de degrés, mais elle implique une qualité d'existence toute différente: il y a le monde de l'homme, investi, façonné, sensé par lui, et le monde du non humain, par lequel, nourrissons, nous sommes tous passés et qui n'est plus pour nous depuis que nous nous savons exister et que nous le signifions à la 1ère personne.Qu'en pensez-vous?

laurence hansen-love 01/10/2008 20:54


vous avez éviemment raison, Toutefois je vous invite à lire ls textes de E. de Fontenay (Le silence des bêtes, entre autres..) L'important est cette idée que le fait de ne pas posséder la
conscience réfléchie ne doit pas renvoyer les animaux du côté d'êtres inférieurs, dévalués.
 Sans doute ne connaissent-ils pas le désespoir comme nous. Mais ils ne connaissent pas non plus l'espérance, la foi etc... qui nous aident beaucoup lorsque nous souffrons physiquement.
 L'urgence, me semble-t-il , c'est de cesser de minimiser la souffrance animale.


Clitandre 11/11/2007 22:00

Permettez-moi de donner quelques références :Francis Wolff Philosophie de la corrida (Fayard, 2007). F. Wolff est l'auteur d'ouvrages philosophiques sur d'autres sujets, ouvrages qui, je l'espère, peuvent conserver quelque crédit malgré cette "vilaine pensée" consistant à prendre la défense de la corrida !!Elisabeth de Fontenay Le silence des bêtes (Fayard, 1998), Quand un animal te regarde (Gallimard jeunesse, 2006). C'est une très bonne idée de publier un texte d'E. de Fontenay, je le lirai avec intérêt.Je dois avouer que l'argument "je n'aime pas les huîtres" est à couper le souffle... !

laurence hansen-love 12/11/2007 22:06

Merci , j'aime beaucoup le Socrate de F.Wolff...Pour ce qui concerne les huîtres, ce n'est pas un "argument". Juste un feeling....Vous trouverez le texte de E. de Fontenay (le lien) demain sur mon blogspot.http://hansen-love.blogspot.com/