Dimanche 11 novembre 2007
La volonté générale
"Ce concept (1 a pu quelquefois paraître énigmatique : cette volonté est générale mais elle se produit dans les individus, elle est indestructible mais peut être rendue muette, elle est
toujours droite mais peut être trompée. Pour y voir plus clair, il faut d'abord écarter les fausses notions de cette volonté, induites par des associations verbales confuses. La volonté générale
n'est pas un mouvement d'opinion populaire, ni un consensus diffus ou un amas de préjugés dominants.
Elle peut se définir par son objet qui est l'intérêt commun et par sa source qui est le peuple, mais surtout par sa formulation qui est la loi. En effet, la matière dont s'occupe la volonté
générale est d'ordre commun : il en résulte immédiatement que sa formulation est abstraite (le chapitre 6 du Livre II est capital à cet égard).
Tout être veut son propre bien ; c'est en quoi la volonté générale est toujours droite ! « De lui-même le peuple veut toujours le bien, mais de lui-même il ne le voit pas toujours' ».
Ce qui peut altérer gravement la volonté générale, ce n'est pas le fait qu'elle se produise en des particuliers (elle ne peut se produire ailleurs), c'est qu'elle porte sur des objets particuliers.
Elle est la volonté qui se produit en l'individu lorsqu'il porte son esprit vers un objet général. Alors chacun statue sur tous (lui compris). Chacun n'impose aux autres que les charges qu'il est
prêt à supporter pour lui-même, ce qu'il ne peut vouloir que si ces charges conditionnent quelque bien évident. Mais tout cela doit rester abstrait pour que chacun ignore au moment de se prononcer
si en l'occurrence - concrètement - il ressentira plus les inconvénients ou les avantages de la loi. Alors les principes sont énoncés selon la simple raison commune. Cependant Rousseau distingue
deux moments dans l'oeuvre législative. Ce qui a pour conséquence que le terme de "législateur" a deux acceptions, distinctes chez lui ".
Florence Khodoss ( in Classiques et Cie, présentation du
Contrat social)
1 . Livre II, ch. 6.
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