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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 16:04
La tolérance
"À l'origine, en Europe, la tolérance est religieuse. Au sein même du christianisme, plusieurs groupes de fidèles s'affrontent : orthodoxes, catholiques, protestants ; des guerres de religion éclatent qui conduisent à des massacres, bien éloignés de l'esprit chrétien dont tous se réclament. Le mouvement des populations et des idées s'accélérant, les chrétiens se trouvent mis en contact avec des juifs, des musulmans, des païens ou, dans leurs propres pays, des athées. Peut-on, simultanément, persister dans sa propre foi, croire donc qu'on est du côté de la vérité et
du bien, et, néanmoins, respecter la foi des autres ? Oui, si l'on accepte de pratiquer la tolérance. Tolérer des croyances autres que la nôtre signifie qu'on admette une sorte d'égalité entre les différents groupes humains et qu'on accorde à chacun le droit de chercher et de formuler soi-même son idéal ; cela signifie que tout, dans une société, n'est pas soumis au contrôle des lois ou du pouvoir, mais qu'une partie des activités humaines sont laissées à la libre disposition des groupes ou des individus. Cette liberté ne se limite pas à la religion, elle s'étend progressivement à l'ensemble des moeurs : je tolère la manière dont mon voisin s'habille, mange ou organise sa journée.
Dire que tout ne doit pas être réglementé signifie-t-il que rien ne doit l'être ? Évidemment non. La tolérance est circonscrite par deux limites, le refus de la réglementation uniforme, d'une part, de l'intolérable, de l'autre. L'intolérable, c'est un ensemble de comportements que la société exclut du libre choix des individus et des groupes, parce qu'elle les juge dangereux pour son existence même. La tolérance n'est louable que si elle se conjugue avec l'idée d'un bien public, dont le refus constitue le seuil de l'intolérable. Si la tolérance était illimitée, elle consacrerait le « droit » du plus fort et se détruirait d'elle-même : la tolérance pour les violeurs signifie l'intolérance pour les femmes. La tolérance est une acceptation - conditionnelle - de la différence entre groupes et individus, au sein d'une société ; sa pratique, à son tour, devient une caractéristique positive des démocraties modernes". 
Guide républicain 2004 Delagrave
Tzvetan Todorov

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

JP Castel 30/03/2016 10:40

La reconnaissance de l’inévitable contingence de toute approche humaine de la vérité (nécessairement dépendante de son point de vue, son contexte, sa culture, son histoire) n'implique-t-elle pas une définition de la tolérance (la tolérance des opinions, non pas celle des valeurs) comme principe d’égalité d’accès à la vérité: si deux personnes sont d’opinions différentes, cela ne résulte pas nécessairement d’une erreur de jugement de l’une d’entre elles, mais du fait que chacune n’a qu’un point de vue partiel, subjectif, limité sur la vérité. Reconnaissant que la vérité peut présenter plusieurs aspects suivant le point de vue où chacun se trouve, elles resteront dans l’incapacité de départager leurs opinions, sauf à les dépasser. L’intolérance, c’est alors le fait d’affirmer que son point de vue est LA vérité : qu’il est absolu, objectif, révélé, et non pas relatif, subjectif, limité. Deux conceptions différentes de la vérité n'interdisent pas la cohabitation, tant qu'elles ne se traduisent pas en actes inacceptables, autrement dit en éthiques incompatibles.
Quid de la « tolérance des valeurs » ? On ne peut pas parler de « vérité des valeurs » : une valeur relève de l’ordre du postulat. De deux éthiques distinctes, de deux échelles de valeurs, on peut seulement dire si elles sont compatibles ou non ; leur compatibilité conditionne la possibilité de cohabitation. Mais on ne peut rien dire de leur « vérité ».
La science est une démarche d’accès à la vérité très particulière, car elle dispose d'un moyen simple de départager les théories: leur cohérence logique, et l'expérience. Mais la science est de ce fait même limitée dans son angle de vision. Hors de la science, il y a des opinions, plus ou moins élaborées, plus ou moins robustes, mais qui ne sont au mieux que des hypothèses, ou des postulats. En particulier dans le domaine de la morale, les principes ne peuvent prétendre au statut de vérité.
Dans le domaine religieux, cette conception de la tolérance devrait par exemple conduire à admettre que « le divin » puisse « se révéler » à chacun suivant son contexte (son point de vue, sa culture, sa langue, etc.), d’où les différentes religions.
La tolérance n'est pas l'indifférence, elle n'exclut pas de rechercher à comprendre, à réduire, à chercher l'origine de la différence d'opinions, mais accepte que l'exercice puisse finalement buter sur un désaccord irréductible.
Pourtant nombre de philosophes contemporains, y compris des non croyants, considèrent la tolérance comme une « fausse vertu ». Pourquoi ?

laurence hansen-love 30/03/2016 14:58

C'est compliqué... Je viens de lire "Le bûcher des libertés" de Anastasia Colosimo. Je vous le recommande sur le sujet.