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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 21:01

Pour la discrimination positive (par Hélène Charbonneau HK2 Jules Ferry)

 

 

Je défendrai, dans ce débat, la discrimination positive. Avant toute chose, la discrimination positive est une politique discriminatoire visant à favoriser un groupe non jugé à parité avec le reste de la société. Plus qu’un mot, c’est une idéologie visant à « donner plus à ceux qui ont moins ». Il s’agit de rétablir une égalité de droit bafouée dans les faits. Pourtant, une trop grande majorité de la population retient le caractère négatif du terme « discrimination » au lieu du concept qu’il révèle. Je tâcherai donc dans un premier temps d’éclaircir les « a priori » sur la discrimination positive puis, dans un deuxième temps, j’expliquerai en quoi cette politique est nécessaire pour le bien-être de notre société.

 

 

 

Je commencerai donc par éclaircir les préjugés les plus répandus sur la discrimination positive.

Tout d’abord, afin de bien comprendre le concept de discrimination positive, il est obligatoire de prendre de la distance par rapport aux mots. Certes le terme « discrimination » est négatif puisqu’il inspire une différence de traitement entre plusieurs personnes. A l’origine, le concept de « discrimination positive » provient de la politique américaine « Affirmative Act » du président Kennedy. Ainsi, afin de contenter les esprits les plus sensibles aux nuances étymologiques, on pourra parler « d’égalité des chances » ou d’après une traduction plus littérale de l’anglais « d’action positive », puisqu’il est question de mots. Il ne faut donc pas retenir le caractère péjoratif du terme « discrimination », d’ailleurs contrebalancé par « positive », mais bien une idéologie visant à rétablir dans les faits une égalité présente dans les lois.

Par ailleurs, cette politique est une politique provisoire. Il n’est pas du tout question de favoriser à tout jamais un groupe souffrant d’inégalités actuellement et ainsi de créer de nouvelles discriminations. La discrimination positive vise essentiellement à faire rentrer dans les mœurs d’une société la diversité qui la compose. En attendant la croissance démographique des minorités, et donc l’extinction de ces minorités dans le sens où chaque groupe deviendra numériquement équivalent, cette politique tente d’ouvrir les mentalités à un avenir multicolore ainsi que « multi social », qui s’avère être de plus en plus proche. La discrimination positive est donc le seul moyen pour permettre aux sociétés de prendre conscience d’elles-mêmes.

Enfin, contrairement à une idée reçue, la discrimination positive n’est pas une invention française des vingt dernières années mais bien une expérience probante utilisée aux Etats-Unis dès 1960 ainsi qu’en Inde dès le 19ème siècle. Des statistiques permettent de montrer l’efficacité de cette politique. En 1960, la population noire composait 13% des classes moyennes ; en 2000, elle en compose 66%. Libre à chacun de tirer la conséquence directe de ces chiffres… De plus, la discrimination positive exercée en Inde, visant à rétablir l’égalité entre les castes, a permis l’accès au pouvoir du parti des basses castes, le Bahujan Samoj Party, durant un an et demi, dans la région de l’Uttar Pradesh. Cet évènement restera dans l’histoire étant donné que cette situation était totalement inconcevable quelques années auparavant.

La discrimination positive est donc une politique qu’il est légitime de défendre, ayant déjà fait ses preuves dans d’autres pays.

 

 

 

 

 

Je défendrai dans un second point les avantages sociaux, économiques et politiques de la discrimination positive.

Premièrement, la discrimination positive est profitable pour la cohésion de notre société. Particulièrement dans l’éducation, elle permet de rassurer les minorités. Par un accès plus facile à l’enseignement, elle permet à celles-ci d’entrevoir un meilleur avenir, mais surtout un avenir caractérisé par une insertion réelle dans la société. De plus l’utilisation de la discrimination positive au sein de l’éducation est bénéfique pour tous car elle permet, par la mixité des classes, d’enrichir l’apprentissage de chaque individu. Des cultures, des idéologies, des manières de penser, de vivre se confrontent et permettent à chacun de s’ouvrir sur le monde qui nous entoure, mais surtout sur la diversité de celui-ci. La discrimination positive est donc un liant social, et même plus, une ouverture d’esprit.

Deuxièmement, la discrimination positive est bénéfique pour tous en ce qui concerne le marché du travail. Entre autre, par la suppression de la photo d’identité sur le curriculum vitae, la discrimination positive permet de passer outre certaines pratiques racistes pratiquées encore récemment dans le monde du travail. Ainsi, elle ouvre ce marché à des minorités qui désespéraient depuis longtemps de ne pouvoir y accéder équitablement par rapport au reste de la société. Il y a donc visibilité des groupes qui composent notre société et donc, encore une fois, ouverture des esprits à cette diversité, partie intégrante du milieu qui nous entoure. Par ailleurs, les employeurs sont encouragés par une rentabilisation de cette main-d’œuvre habituellement rejetée ; cette rentabilisation ne signifiant pas, bien évidemment, la diminution de leur salaire par rapport au reste des employés. La discrimination positive est donc aussi un bon moyen d’ouvrir le marché du travail et donc de dynamiser l’économie d’un pays.

Enfin, comme je l’ai déjà précisé précédemment à travers le cas de l’Inde, la discrimination positive paraît de nos jours, comme l’unique moyen, pour les diverses minorités composant nos sociétés, d’accéder aux hautes fonctions publiques. Pour reprendre l’exemple de l’Inde, on observe aujourd’hui que 24,5% des postes dans la fonction publique et plus précisément, dans les collèges et les universités appartiennent à la caste des intouchables, c'est-à-dire à la plus basse caste. Là encore, la discrimination positive permet la visibilité des groupes et l’ouverture des esprits aux minorités composant nos sociétés.

 

En conclusion, il paraît insensé de dénier à la discrimination positive son caractère unificateur de la société. En « donnant plus à ce qui ont moins », cette politique vise, dans le fond, à préparer en douceur nos sociétés à une prise de conscience d’elles-mêmes en tant qu’addition de nombreuses minorités, et non plus en tant qu’une majorité encerclée par les minorités. Car la majorité s’estompe et les minorités grandissent, la discrimination positive est nécessaire afin de préparer un avenir propice où chacun aura préalablement accepté cette nouvelle évolution.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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