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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 11:51

« A prendre le terme dans toute la rigueur de l'acception, il n'a jamais existé de véritable Démocratie, et il n'en existera jamais » L'une des raisons invoquées par Rousseau, dans le chapitre du Contrat social (III, 4, De la démocratie) dont cette formule est tirée est la suivante: «  on ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques ». Il est effectivement manifeste que les citoyens, absorbés pour la plupart par un certain nombre de tâches, doivent désigner des délégués auquels ils confient le soin de se consacrer aux affaires politiques. Rousseau le constate sans le déplorer, car : « il est contre-nature que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné » (ibid). Or la situation que nous connaissons aujourd'hui semble contredire ce diagnostic au moins sur un point : nous pouvons donner quotidiennement notre avis sur tous les sujets sans suspendre pour autant nos activités. Grâce aux sondages d'opinions (par exemple: le 21 novembre 2007, 69 % des français souhaitent que le gouvernement ne cède pas aux grévistes d'après un sondage Opinion way) le gouvernement est en phase en permanence avec le peuple. Nos représentants peuvent prendre leurs décisionbs après avoir consulté heure par heure leur électorat. Faut-il s'en féliciter?
Revenons à Rousseau: « l'abus des lois par le gouvernement est une mal moindre que la corruption du législateur », écrit-il. L'opinion publique (le « législateur », c'est- à-dire le peuple selon Rousseau) est gouvernée par des émotions épidermiques, contagieuses, par des passions, voire par des pulsions , que les « élites » peuvent manipuler (« corrompre ») à loisir. A l'opposé de ce régime de l'immédiateté, le règne de la justice implique le temps long de la réflexion, de la délibération et de la concertation. Pour concevoir les lois, il faut de la patience, de la compétence, un certain esprit de géométrie mais aussi de l'esprit de finesse. Pour toutes ces raisons, le peuple, conclut Rousseau, ne peut pas se gouverner lui-même. Conclusion du philosophe : « un peuple qui se gouvernerait toujours bien n'aurait pas besoin d'être gouverné » (ibid)
L

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Gilles ADDA 02/02/2009 15:58

un sondage n'est qu'une illusion de démocratie directe, qu'un fantôme de consultation : à aucun moment il n'y a prise réelle de décision qui caractériserait une consultation populaire. D'ailleurs, les instituts de sondage font bien attention de dénier aux sondages toute réalité objective : un sondage est une image, en fait un mirage.

Newbie 30/12/2007 00:28

En même temps, la démocratie suppose des consultations électorales régulières et donc nécéssairement rapprochées.

laurence hansen-love 02/01/2008 18:55

Vous avez raison.. Mais on pourrait imaginer un pouvoir exécutif qui serait à l'abri des consultations  trop fréquentes.. C'était autrefois ainsi avec le septennat en France. Régulière sans être trop rapprochée..

dem 28/12/2007 22:01

"Le gouvernement est en phase en permanence avec le peuple. Nos représentants peuvent prendre leurs décisionbs après avoir consulté heure par heure leur électorat. Faut-il s'en féliciter?"On est de fait à la limite du mandat impératif, neutralisé par la constitution de 58 (art. 27-1 pour le parlement et 20-3 pour le gouvernement).La vraie question que je me pose suite à cette réflexion est :Aujourd'hui que nous avons les moyens techniques pour rendre impératif un mandat, avons-nous les moyens de transformer les citoyens en "Dieux"  (raisonnés, dénués des passions qui altèrent un jugement...) ? Et surtout, est-ce dans l'intérêt du mandataire ? Mandataire, qui une fois en place a tendance à agir comme un monarque !!"L'amour de la domination est naturel au coeur humain, et dans quelque état qu'on le prenne, toujours il aspire à primer, tel est le principe des abus que les dépositaires de l'autorité font de leur puissance ; telle est la source de l'esclavage parmi les hommes." (Marat, Les chaînes de l'esclavage) Est-il dans l'intêret du mandataire d'instruire le peuple sur la chose politique ? Alors qu'il est si facile à gouverner lorsque son éducation est faite par tf1, voila, gala... ("Une fois qu'on a distrait et séduit les esprits, on s'efforce de les avilir." dirait Marat).Donc, faut-il se féliciter du fait que les les gouvernants tiennent compte de l'avis des sondés ? Je ne crois pas, spécialement ceux d'Opinion Way créé il y a 5/6 ans (Pour influencer les présidentielles ?).Ou alors, seulement le jour où notre pays sera peuplé de "Dieux"...

laurence hansen-love 29/12/2007 14:34

Il y a tout de même aujourd'hui pour chacun d'entre nous la possibilité de devenir ce "contrôleur" dont parlait Alain.
Cela dit, la plupart des internautes cherchent surtout un divertissement sur le Net, comme en témoignent les informations que nous avons sur les articles, les photos etles vidéos les plus vues..
Moi, ce qui me paraît le pire dans notre système, c'est la briéveté des mandats, avec ces conséquences
1) Campagne électorale en permanence, promesses démagogiques et impossibles à tenir
2) Politique à court terme.Les questions écologiques ont longtemps été écartées pour cette raison. idem pour la politique du logement: construire des logements prend plusieurs années.. le bénéfice sera pour les élus suivants.