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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 08:33


De même que l'œil  peut se reflèter dans l'oeil  d'une autre personne , et plus particulièrement dans cette partie d'où  procède la vision, la pupille, notre âme se contemplera dans l'intelligence d'une autre âme. Ainsi se trouve justifiée la pratique du dialogue.
 Platon a compris -avant Sartre- que notre identité n'est pas déterminée tant que l' autre ne peut la réfléchir et la confirmer à la manière d'un miroir.
On retrouvera cette problèmatique dans Huis Clos, de Sartre:

     SOCRATE : Réfléchissons ensemble. Supposons que ce précepte (" connais-toi toi-même ") s'adresse à nos yeux comme à des hommes et leur dise : " Regardez-vous vous-mêmes. " Comment comprendrions-nous cet avis ? ne penserions-nous pas qu'il inviterait les yeux à regarder un objet dans lequel ils se verraient eux-mêmes ?
     ALCIBIADE : Évidemment.
     SOCRATE : Or quel est l'objet tel qu'en le regardant nous nous y verrions nous-mêmes, en même temps que nous le verrions ?
     ALCIBIADE : Un miroir, Socrate, ou quelque chose du même genre.
     SOCRATE : Très bien. Mais, dans l'œil, qui nous sert à voir, n'y a -t-il pas quelque chose de cette sorte ?
     ALCIBIADE : Oui certes.
     SOCRATE : Tu n'as pas été sans remarquer, n'est-ce pas, que quand nous regardons l'œil qui est en face de nous, notre visage se réfléchit dans ce que nous appelons la pupille, comme dans un miroir ; celui qui regarde y voit son image.
     ALCIBIADE : C'est exact.
     SOCRATE : Ainsi, quand l'œil considère un autre œil, quand il fixe son regard sur la partie de cet œil qui est la plus excellente, celle qu'il voit, il s'y voit lui-même.
     ALCIBIADE : Tu dis vrai.
     SOCRATE : Donc si l'œil veut se voir lui-même, il faut qu'il regarde un œil, et dans cet œil la partie ou réside la faculté propre à cet organe ; cette faculté c'est la vision.
     ALCIBIADE : En effet.
     SOCRATE :Eh bien, mon cher Alcibiade, l'âme aussi, si elle veut se connaître elle-même, doit regarder une âme, et, dans cette âme, la partie où réside la partie propre à l'âme, l'intelligence, ou encore tel autre objet qui lui est semblable.
     ALCIBIADE ; je le crois, Socrate.
     Or, dans l'âme, pouvons-nous distinguer quelque chose de plus divin que cette partie où résident la connaissance et la pensée ?
     ALCIBIADE : Non, cela ne se peut.
     SOCRATE : Cette partie-là en effet semble toute divine et celui qui la regarde, qui sait découvrir tout ce qu'il y a en elle de divin, un dieu et une pensée, celui-là a plus de chance de se connaître lui-même.
     ALCIBIADE : Évidemment.
Platon, Alcibiade, trad. M. Croiset, Gallimard, coll " Tel ", 1991, pp.70-71.

    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    

    

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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