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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 15:01

Lexique

Accident : Ce qui n'appartient pas à l'essence de quelque chose, ni à son devenir nécessaire, et ne lui est attribué ou ne lui advient que de manière tout à fait contingente. Ce qui est «par accident» s'oppose à ce qui est « par soi ».

Acte (en) : est en acte ce qui est actuellement réalisé, ou ce qui est en train de s'exercer (la présence de telle ou telle propriété dans une substance, ou l'exercice de telle ou telle fonction). S'oppose à ce qui est «en puissance».

Art (s) : aussi bien la technique d'un artisan que les beaux-arts, pour autant qu'ils produisent quelque chose et traduisent un savoir-faire.

Cause : la production de quelque chose requiert, selon Aristote, le jeu de quatre causes : un agent, ou «cause efficiente»; une matière, ou «cause matérielle», qui est ce que cet agent modifie ou travaille; une «forme», que l'agent cherche à donner à la matière, ou «cause formelle»; une fin, ou «cause finale», qui doit se réaliser au terme et, d'une certaine manière, a commandé tout le processus. Ce schéma, facile à comprendre pour les arts ou techniques (un sculpteur, cause efficiente, travaille le marbre, cause matérielle, pour faire la statue d'un homme, cause formelle, qui représentera le dieu Hermès en tel épisode de sa légende pour décorer un temple, cause finale), vaut également pour les productions naturelles : telle semence, cause efficiente, élabore les éléments dont elle se nourrit, cause matérielle, en un arbre, cause formelle, qui sera à même de perpétuer telle espèce végétale, cause finale.

Changement et mouvement : le changement, qui est transformation continue, peut s'accomplir selon différentes modalités, ou «catégories» : s'il s'agit de la substance même, on parlera de génération ou de corruption; s'il s'agit de la quantité, on parlera d'accroissement ou de décroissement; s'il s'agit de la qualité, on parlera d'altération; s'il s'agit de déplacement, de changement de lieu, on parlera de transport. Le nom de mouvement correspondra, au sens large, aux trois dernières rubriques, et au sens restreint, à la dernière, le mouvement local.

Éléments : au sens le plus large, ce sont les parties ultimes en lesquelles un tout peut être décomposé (par exemple, les atomes dans l'atomisme). Mais ce sont aussi, pour Aristote, les premières déterminations de la matière (feu, air, terre, eau).

Finalité : principe d'explication qui privilégie la cause finale, et cherche à faire comprendre un processus par ce à quoi il tend (cf. «cause»).

Forme : la configuration de la chose, par opposition à sa matière, peut être appelée forme (morphè en grec). Mais la forme, c'est aussi l'eidos, ce qui correspond à l'idée (ides) que nous avons, c'est-à-dire ce qui définit, détermine un être dans sa différence spécifique. Pour les êtres naturels, elle est inséparable de la matière, avec laquelle elle constitue la substance singulière (ousia en grec).
Mécanisme : principe d'explication qui privilégie la cause efficiente, et cherche à faire comprendre ce qui suit par ce qui a précédé (cf. «cause»).

Mouvement : voir Changement.
Nécessité : est nécessaire ce qui ne peut être autrement. Il y a une nécessité d'ordre logique : est nécessaire ce dont le contraire implique contradiction. Il y a aussi une nécessité d'ordre naturel, celle qui correspond à la forme, à la définition de quelque chose. Ces deux nécessités, pour Aristote, se rejoignent, car la nécessité logique d'une science tient à sa capacité de saisir les formes et définitions de ses objets. La nécessité des êtres éternels tient à la perfection selon laquelle ils actualisent leur forme (le mouvement d'un astre, par exemple). Les êtres corruptibles, ou substances de notre monde, le sont par la part de matière qui est en eux et empêche la forme de s'actualiser parfaitement et constamment; par là ils contiennent de la contingence (fait de pouvoir être autrement, ou ne plus être), qui est le contraire de la nécessité. Cependant, un autre sens de la nécessité, c'est la «contrainte» : la matière des substances composées impose des contraintes à la forme, contraintes sans lesquelles cette forme ne peut se réaliser. On peut donc aussi parler de nécessité à propos de la matière, au sens où le marbre, impose nécessairement tel outil au sculpteur, par exemple. C'est à ce second sens du mot nécessité que se réfèrent les explications purement matérialistes. dénoncées par Aristote chez les atomistes.

Puissance : la puissance est le contraire de l'acte, et s'oppose à lui comme ce qui est virtuel à ce qui est effectivement. En ce sens. ce serait la matière qui serait la plus proche de la puissance, puisqu'ele peut recevoir n'importe quelle forme. Mais la puissance peut aussi être puissance de ceci ou de cela (le marbre est puissance de statues, et le bois puissance de navire, non l'inverse). Il peut donc y avoir en elle une certaine détermination.

Quiddité : mot dérivé du latin quid : «ce que la chose avait à être», dit à peu près l'expression grecque, autrement dit son essence, ou sa définition.

Substance : ce qui fait qu'un être est ce qu'il est, à l'exclusion de tout autre. Pour les substances composées de matière et de forme, c'est l'individu même qui résulte de cette composition (en grec, ousia )


(Note sur les atomistes : A l'époque d'Aristote, l'atomisme, dont les représentants sont Leucippe et Démocrite (vers 460-370 av. J.-C.)faisait d'éléments physiques insécables les principes de toutes choses. les différenciant par leur forme, leur taille, leur position. Les mouvements de ces atomes engendraient tous les êtres de la nature, et leurs combinaisons précises, les différences entre ces êtres. Ces mouvements étaient le fait de chocs, de rebondissements, de tourbillons. L'absence de «forme» ou de «fin», au sens aristotélicien de ces termes, pouvait permettre de les penser dus au hasard. Le jeu de la seule «cause efficiente» en faisait un mécanisme. Épicure qui s'inspirera d'eux, et fut pour un temps le contemporain d'Aristote, n'élabore sa doctrine qu'après lui. Mais elle rejoint celle des atomistes plus anciens au prix de certains aménagements dans les explications données, et réduit, elle aussi, la substance de toutes choses à des atomes matériels. Elle soulignera mieux encore le lien entre nécessité mécaniste et hasard.)

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Johanna 19/02/2008 14:38

Je suis actuellement en terminale S.Merci pour vos réponses, pour le moment j'essaie de lire quelques livres sur l'histoire, l'environnement et les identités, histoire d'avoir quelques notions à défendre...( Pour le concours, pas d'épreuve de géographie, seule une dissertation d'histoire ? )A bientôt!

Lemaire Alice 14/02/2008 19:04

BonjourJe suis élève en classe préparatoire et je compte passer le concours commun pour science po province, et à propos du thème "environnement" je me demandais si vous l'envisagiez dans son acceptation "journalistique" et actuelle d'environnement naturel ou si vous pensiez que cela pouvait couvrir un champ plus large: environnement social par exemple.Etant donné qu'il s'agit d'une "question d'actualité" et non pas d'ordre général comme à Paris (c'est à dire moins philosophique), je me pose vraiment la question..Merci de me donner votre avisAlice

laurence hansen-love 15/02/2008 17:15

Je ne sais pas trop... mais je crois que l'interprétation: environnement au sens de nature est de loin la plus pertinente, même si l'on ne peut exclure totalement les autres sens du mot "environnement". L'environnement, c'est le mileu de l'homme, donc aussi la société, évidemment. Il faudrait  peut-être aller chercher du côté de ce que Arendt ou Merleau-Ponty appellent le "monde"... variante de l'environnement, sous un angle philosophique.

Johanna 11/02/2008 22:18

Après maintes hésitations, je le dis, ça y est c'est décidé, je me prosterne à vos pieds, merci !Moi qui commençais à me lamenter, ne sachant pas sur quoi me pencher -outre les journaux, la radio, les reportages...- pour préparer mon concours (je voudrais intégrer sciences po Toulouse, et faire en même temps une fac de droit, pour viser une école de journalisme après mes licences), voilà que je tombe sur ce site. Oh miracle, des textes, des pistes, de l'aide pour ce vaste sujet qui ne me parlait pas trop au premier abord (les identités...), mais que je voulais tout de même être en mesure de traiter (l'environnement, sujet de masse?)! Ni une ni deux, après avoir dévoré quelques douze pages, dès demain je cours m'acheter tous les livres que vous citez, et je m'y mets (fort heureusement, la lecture et moi, nous sommes meilleures amies)!Je me rends compte que ce message n'a certes pas beaucoup de sens "utile", mais tout de même, je tenais à vous remercier.PS: Juste une simple question, je ne sais pas si vous saurez y répondre, mais pensez vous que lors des concours la capacité à "écrire", enfin disons la "plume" soit valorisée par rapport aux connaissances culturelles ? Ou le candidat incollable mais aux tournures malhabiles sera t-il au contraire favorisé face à l' "as du français"? ... Bonne continuation,Johanna. 

laurence hansen-love 12/02/2008 22:14

Johana,Etes-vous en terminale ou au delà? Il n'y a pas de candidat "incollable" et on ne demande pas non plus une "plume". Juste un style précis, correct, et des connaissances de base. On demande un esprit clair, c'est tout.. (mais c'est rare!). Je vous aiderai, si vous le souhaitez (en répondant à vos questions).

Jean-Louis 10/02/2008 21:50

Merci infiniment, cela va faciliter ma lecture                                                JLH

laurence hansen-love 11/02/2008 14:36

Alors bon courage , Aristote reste ingrat avec on sans vocabulaire!