Faut-il renoncer à la croissance pour préserver l'environnement?
"En un rien de temps, certains esprits sont passés de l'idolâtrie de la croissance, panacée et paramètre absolu,à son rejet total comme fléau apocalyptique. À mon avis, la vraie prise de
conscience écologique est que : la croissance industrielle n'est pas le cadre ferme à l'intérieur duquel doivent se situer tous nos débats et nos problèmes politiques et sociaux ; il faut
considérer cette croissance comme unfeed-backpositif(c'est-à-dire l'accroissement d'une déviation à l'égard de l'écosystème), comme un accroissement énorme d'entropie (c'est-à-dire de désordre
dans l'environnement, de forces de désintégration dans l'écosystème) et comme une tendance exponentielle qui tend vers l'infini (c'est-à-dire vers zéro, vers la destruction), ainsi que le ferait
une poussée démographique non contrôlée. En fait, la croissance industrielle est encore moins contrôlée que l'expansion démographique. Il s'agit, là encore, de renverser la vision. La réponse ne
serait donc pas dans une nouvelle solution miracle, la zero growth, l'état stationnaire, mais dans la croissance contrôlée. Or cela pose un problème énorme qui est celui de la politique
à l'échelle planétaire, puisqu'il est évident que le contrôle de la croissance doit venir des besoins planétaires et pas seulement de ceux des nations industrialisées. Alors des questions se
posent inéluctablement : quel contrôle ? qui contrôlera ? Et si l'on pose la question du développement économique en . ces termes, il faut aussi poser la question du développement de l'homme,
c'est-à-dire d'une mutation de l'organisation sociale tout entière"
Edgar Morin
L'an I de l'Ere écologique, p 15.
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