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Jeudi 27 mars 2008

 

Sujet très original qui permet d’évaluer l’inventivité du candidat, car ici on ne peut pas appliquer des règles apprises (comme thèse-antithèse-synthèse)

Je pense qu’il fallait se demander ce que veut dire « mes » dans l’expression « mes » valeurs.

 Ceci n’est pas un corrigé mais une interprétation libre du sujet :

 Problématique :

 Cela peut-il avoir un sens, et si oui, lequel, de dire « mes » valeurs, comme on dit  « mes » meubles, ou « mes » enfants, ou « mes » opinions….

 

Première piste :

 Mes valeurs (au sens où l’on dit « mes parents »). «  Mes » valeurs sont celles dont je proviens, qui me définissent. « Mes » : au sens de « mon héritage ». On pense à Socrate évoquant son rapport aux lois dans le Criton.

 

Seconde piste :

 A l’opposé, on peut dire « mes » valeurs au sens où l’on dit mes préférences,  ou encore mes actions en bourse, ce sur quoi j’ai investi. « Valeurs » au sens boursier du terme. En mettant donc l’accent sur la liberté.  Question : que se passe-t-il si mes valeurs ne sont pas vos valeurs ? Et qui peut dire quelle est la valeur de mes valeurs, par opposition aux vôtres ? « Mes valeurs » si elles ne sont pas reconnues ne perdent-elles pas toute valeur ? En économie la valeur doit être établie objectivement,  sur un marché sinon … la valeur  n’est qu’une fausse monnaie.

 On peut  toutefois distinguer  valeurs au sens quantifiable  (prix) et au sens qualitatif (non évaluable). On passe de la valeur économique à la valeur morale ou esthétique, ou affective…

 

 

Troisième piste :

 « Mes valeurs » comme on dit « ma » ville (c’est-à-dire mon  lieu de résidence, mon point d’ancrage). Le « mes » cesse d’être strictement  possessif  pour renvoyer à un système de référence. Ce qui conduit à l’idée que « mes » valeurs sont nécessairement des valeurs… qui ne m’appartiennent pas en propre, mais que je peux adopter, reconnaître, revendiquer, prôner etc.. Il en va ainsi pour les valeurs politiques (idéal libéral, socialiste etc..),  morales ou encore esthétiques. Mes valeurs sont celles que je souhaite partager avec vous…

 Quand je pose librement des valeurs (« mes » valeurs) en même temps je choisis pour l’humanité tout entière (Sartre)

 

 Conclusion

 Le sujet invitait de manière originale à aborder le problème du relativisme. En montrant, par exemple, que « mes  valeurs »  est une expression problématique.

 Ce qui n’a de valeur que pour moi n’a plus vraiment de valeur   ….

 En d’autres termes,  des valeurs que l’on revendique comme siennes, comme singulières, spécifiques,  resteraient  toujours  en même temps une manière d’affirmer une appartenance (ou de  rejeter une appartenance : « nous n’avons pas les mêmes valeurs ;  cf Bourdieu, La distinction).

 

 Certes, « l’homme est la mesure de toute chose » (Protagoras). C’est sans doute l’homme qui décide de la valeur des choses.  Mais il ne peut pas le faire  arbitrairement, sans que ne se  pose la question de la valeur … de ces valeurs. Les valeurs    ne sont pas des choses que l’on peut posséder ni dérober au regard des autres - pour en jouir tout seul ?.. Les valeurs ont besoin d’un espace de visibilité, d’un mode quelconque de reconnaissance, pour exister. Il en va aussi des valeurs d’opposition, de distinction  (« mes valeurs » comme signe de raffinement), de rejet des valeurs dominantes etc..

 Même Zarathoustra révèle « ses » valeurs à ses disciples…

 

 

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commentaires (8)   
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Commentaires

(Re) bonsoir,
j'ai participé au CG mais sur le sujet des L...
N'y aurait il pas aussi quelques éléments de réflexion?
Merci

PS: comment être certain que la vie n'est pas une illusion?

Je terminerais avec un grand merci à Descartes pour cette course de 6h!
commentaire n° : 1 posté par : Laure (site web) le: 04/06/2008 23:03:45

Vous voulez des éléments de corrigé? Je crois que j'ai déjà répondu , en donnant quelques indications de lecture. Avez-vous regardé? Je ne vais pas me lancer dans un corrigé, parce que cela ne vosu
servirait pas à grand chose. Posez-moi , si vosu voulez , une question précise..


réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 05/06/2008 21:22:55
J'ai participé à ce concours général. Le sujet m'a paru un peu difficile au premier abord. Ce sont les guillemets qui m'ont inspirés. Je pense avoir eu la bonne réaction pour problématiser : avoir une sorte de distance critique pour commenter philosophiquement l'attribution personnelle ("mes") de "valeurs", supposées universelles. J'ai fait un plan classique en trois parties avec comme première idée, celle des valeurs comme produit de la raison universelle, comme la science (cumulative et intégratrice de nouveaux savoirs). Dans cette 1e partie, j'ai essayé de montrer comment l'humanité pouvait découvrir des valeurs universelles, tout en s'aliénant, à l'aide de Feuerbach. Le rôle de la raison est bien sûr de démystifier ce qui relevait du mythe dans les croyances antérieures, pour affirmer une universalité toujours plus "vraie", à l'aune de l'expérience.
Puis, ma seconde idée a été de convoquer le désir, conçu non comme un manque, mais comme un pouvoir de création, notamment de valeurs nouvelles dans le cadre du devenir au sens deleuzien.
Enfin, j'ai essayé de dépassé le conflit objectivité-subjectivité par la notion chère à Badiou de singularité universelle : la vérité découle d'une décision de l'indécidable par un sujet (militant, mathématicien, prosélyte) qui énonce une vérité qui devient univoque par l'action du sujet.

"Ce que la logique antérieure tenait dans l'indécidable ou la non-valeur, l'événement tranche en faveur de sa vérité ou de sa valeur éminente. Ce n'est évidemment possible que si, de proche en proche, toute la logique de la situation est transformée, à partir de l'acte univoque qui modifie la valeur d'une des composantes de la situation. L'être-multiple de la situation n'est pas, lui, transformé. mais son apparaître logique, le système d'évaluation et de liaison des multiplicités, peut l'être de façon très profonde. Et c'est la trajectoire de cette mutation qui compose la diagonale universalisante de l'encyclopédie."

J'ai essayé d'introduire cette notion de singularité universelle en renvoyant dos à dos une prétention scientifique qui peut basculer dans l'idéologie (Althusser !) et un désir qui ne pourrait être qu'un fantasme. J'ai réutilisé la notion lacanienne de réel comme noyau du fantasme. Le symptôme, l'élement réel du fantasme constitue précisément sa violence. C'est cela, la singularité universelle, ce qui se refuse à toute symbolisation et à toute inscription dans l'ordre des particularités de l'"encyclopédie" comme dirait Badiou. Cette singularité, en tant qu'exclue, exprime une vérité, y compris en termes de valeurs, sur un ensemble de situations particulières.

Le sujet qui effectue la décision de l'indécidable, la figure du militant, s'approprie des valeurs en ce qu'il participe, à partir de son engagement en faveur des exclus, à leur démonstration, à leur énonciation même. J'ai fait enfin un rapprochement avec ce que Lucien Goldmann appelait un "pari immanent" sur la signification de l'histoire.

En gros, je me suis surtout fait plaisir en plaçant mes auteurs préférés du moment : Zizek, Badiou, Lacan, Hegel, Feuerbach. Je pense avoir été parfois assez loin du sujet (c'est mon gros défaut en général, mais si d'habitude je suis plus modéré) mais bon j'étais là avant tout pour m'entraîner et pour m'amuser, c'est ce que j'ai fait, n'ayant rien à perdre...
commentaire n° : 2 posté par : Hommelette le: 09/04/2008 23:13:14

Attetion Hommelette, le jour du bac, restez bien dans le sujet. C'est la première des exigences des correcteurs. Quand le candidat est hors sujet, on ne le lit plus....


réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 10/04/2008 21:18:21
La seconde piste sur les valeurs au sens boursier du terme m'interpelle. Je n'y aurais pas pensé mais je trouve cela intéressant.

je m'interroge sur le bien fondé des marchés financiers. Certains les dénigrent en argumentant qu'ils servent un capitalisme aveugle et destructeur des vrais valeurs (humaines, environnementales...) tandis que d'autres mettent en avant la capacité de création de valeur des grandes sociétés pouvant entraîner des améliorations economiques, sociales, environnementales (Veolia, EDF Energies nouvelles...)

Pensez-vous que l'investissement financier sur des valeurs cotées soit immoral?


Avez vous un avis sur la question ou des références qui pourraient me permettre de creuser ce thème. ?????
commentaire n° : 3 posté par : tom le: 08/04/2008 15:34:37
En ce qui concerne le marché, il est ce qu'il est , et le philosophe ne sera pas tellement consulté, donc il est un peu vain d'exprimer une opinion dont le marché, précisément, n'a que faire!
Cependant je peux vous conseiller la lecture de ce livre qui vient de sortir. Je vais mettre un compte rendu en ligne
Le divin marché . la révolution culturelle libérale de D-R. Dufour
réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 08/04/2008 19:12:59
Je trouve ces pistes de réfléxions très intéressantes, et elles questionnent véritablement le sujet.
Suite au concours (auquel j'ai également eu la chance de participer, je me suis beaucoup intéressé à ce sujet et aux différentes façons dont il avait été abordé). Néanmoins, je trouve que la plupart des gens s'axent sur un sujet d'éthique, en questionnant le sujet, ce qui est évidemment positif, mais je trouve (à mon goût) qu'en questionnant de la sorte le sujet, on réfléchissait sur des thèmes annexes à "mes valeurs" et non plus sur "mes valeurs" elles-mêmes.
Pour ma part je me suis véritablement attaché au sens de mes valeurs, sur ce qu'elles sont et quel rôle elles occupent. En effet, en épuisant le sujet par le questionnement sur des thèmes annexes, je trouve que le devoir ne pouvait être véritablement exhaustif, au vue, par exemple, de la multiplicité des problématiques qui pouvaient s'en dégager. Mon devoir est orchestré par la définition de la liberté comme contrainte, et je m'attache tout au long à définir les valeurs comme une loi que donne la volonté à l'intellect, pour une affirmation de la liberté humaine, et tout cela en comprarant le rapport entre moi et moi-même (venant de la capacité de l'homme à se "dédoubler" car il est conscience), à celui entre autrui et moi en société (en mettant en parallèle le pouvoir législatif et la volonté), régit par des lois. "Mes valeurs" seraient donc les lois dans lesquelles ma volonté s'affirme (comme en démocratie où le peuple est souverain). Les valeurs que l'on m'impose serait l'état totalitaire.
Je pense en effet qu'il faille tenter de définir précisemment mes valeurs et de s'attacher à la définition même de se terme avant de questionner ce sujet au delà de sa définition.
commentaire n° : 4 posté par : Wodiben le: 30/03/2008 11:53:39

La où vous avez raison, c'est sur le fait qu'il faut absolument éviter toutes les déviations.
 VOus me direz si vous avez un prix?

réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 30/03/2008 15:26:38
J'ai fait à peu près la même chose que les deux élèves précédents. J'ai également de Marx, de Freud, de Tocqueville ect... Pour évoquer une sorte de déterminisme, ou d'influence, dans le choix des valeurs. Néanmoins je ne pense pas avoir particulièrement brillé. Wait and see.
commentaire n° : 5 posté par : Jb le: 28/03/2008 18:08:56

OUi.. Moi j'insisterai plutôt sur la liberté...


réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 28/03/2008 19:23:47
Oui, enfin, je me suis mal exprimé. Je voulais dire que j'ai posé le problème des valeurs individuelles qui, tout en étant subjectives , se doivent de référer à des principes universels (d'où Kant) pour éviter le relativisme et respecter la dignité humaine. Ce que j'ai objecter par Nietzsche en disant que je devais, en "artiste, creer "mes valeurs". Puis j'ai terminé par une analyse proche de Bourdieu (sans le citer vu que, bêtement, je le cataloguai dans la SES...). C'est un peu tiré par les cheveux mais bon, je  prennais ce concours avant tout comme une expérience.
commentaire n° : 6 posté par : Florent le: 27/03/2008 21:51:28

oui, je comprends mieux...vous avez vu ce qui était en jeu.


réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 28/03/2008 19:20:23
Merci pour ces pistes, j'ai moi-même principalement soulevé le problème du relativisme moral et de l'existence de valeurs universelles, dont "mes" valeurs ne seraient peut-être que la pâle copie. Les références que j'ai utilisé rejoignent les vôtres, bien que je me sois un peu trop empêtré dans la référence kantienne.
commentaire n° : 7 posté par : Benjamin le: 27/03/2008 20:49:07

vous étiez donc dans le sujet, semble-t-il.. Vous me direz si vous avez un prix?


réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 27/03/2008 21:04:01
Moi je suis parti sur le paradoxe "mes" singulier et "valeurs" universel. J'ai parlé de Kant et Nietzsche, et je voulais parler de Bourdieu mais je me suis censuré en me disant que j'allait verser dans la SES. Après coup je regrette, étant donné que les sociologues sont pour la plupart des philosophes...
En somme, je pense pas avoir très bien réussi, notamment parce qu'il me semble que j'ai traité le sujet comme si l'énoncé était "Les valeurs" en omettant l'aspect d'introspection.
commentaire n° : 8 posté par : Florent le: 27/03/2008 19:01:00
"mes" n'est pas singulier.. vous voulez dire: particulier?
Evidemment , il ne fallait pas rater le "mes"!
réponse de : laurence hansen-love (site web) le: 27/03/2008 21:03:02

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