Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 18:19

 

Sujet très original qui permet d’évaluer l’inventivité du candidat, car ici on ne peut pas appliquer des règles apprises (comme thèse-antithèse-synthèse)

Je pense qu’il fallait se demander ce que veut dire « mes » dans l’expression « mes » valeurs.

 Ceci n’est pas un corrigé mais une interprétation libre du sujet :

 Problématique :

 Cela peut-il avoir un sens, et si oui, lequel, de dire « mes » valeurs, comme on dit  « mes » meubles, ou « mes » enfants, ou « mes » opinions….

 

Première piste :

 Mes valeurs (au sens où l’on dit « mes parents »). «  Mes » valeurs sont celles dont je proviens, qui me définissent. « Mes » : au sens de « mon héritage ». On pense à Socrate évoquant son rapport aux lois dans le Criton.

 

Seconde piste :

 A l’opposé, on peut dire « mes » valeurs au sens où l’on dit mes préférences,  ou encore mes actions en bourse, ce sur quoi j’ai investi. « Valeurs » au sens boursier du terme. En mettant donc l’accent sur la liberté.  Question : que se passe-t-il si mes valeurs ne sont pas vos valeurs ? Et qui peut dire quelle est la valeur de mes valeurs, par opposition aux vôtres ? « Mes valeurs » si elles ne sont pas reconnues ne perdent-elles pas toute valeur ? En économie la valeur doit être établie objectivement,  sur un marché sinon … la valeur  n’est qu’une fausse monnaie.

 On peut  toutefois distinguer  valeurs au sens quantifiable  (prix) et au sens qualitatif (non évaluable). On passe de la valeur économique à la valeur morale ou esthétique, ou affective…

 

 

Troisième piste :

 « Mes valeurs » comme on dit « ma » ville (c’est-à-dire mon  lieu de résidence, mon point d’ancrage). Le « mes » cesse d’être strictement  possessif  pour renvoyer à un système de référence. Ce qui conduit à l’idée que « mes » valeurs sont nécessairement des valeurs… qui ne m’appartiennent pas en propre, mais que je peux adopter, reconnaître, revendiquer, prôner etc.. Il en va ainsi pour les valeurs politiques (idéal libéral, socialiste etc..),  morales ou encore esthétiques. Mes valeurs sont celles que je souhaite partager avec vous…

 Quand je pose librement des valeurs (« mes » valeurs) en même temps je choisis pour l’humanité tout entière (Sartre)

 

 Conclusion

 Le sujet invitait de manière originale à aborder le problème du relativisme. En montrant, par exemple, que « mes  valeurs »  est une expression problématique.

 Ce qui n’a de valeur que pour moi n’a plus vraiment de valeur   ….

 En d’autres termes,  des valeurs que l’on revendique comme siennes, comme singulières, spécifiques,  resteraient  toujours  en même temps une manière d’affirmer une appartenance (ou de  rejeter une appartenance : « nous n’avons pas les mêmes valeurs ;  cf Bourdieu, La distinction).

 

 Certes, « l’homme est la mesure de toute chose » (Protagoras). C’est sans doute l’homme qui décide de la valeur des choses.  Mais il ne peut pas le faire  arbitrairement, sans que ne se  pose la question de la valeur … de ces valeurs. Les valeurs    ne sont pas des choses que l’on peut posséder ni dérober au regard des autres - pour en jouir tout seul ?.. Les valeurs ont besoin d’un espace de visibilité, d’un mode quelconque de reconnaissance, pour exister. Il en va aussi des valeurs d’opposition, de distinction  (« mes valeurs » comme signe de raffinement), de rejet des valeurs dominantes etc..

 Même Zarathoustra révèle « ses » valeurs à ses disciples…

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
commenter cet article

commentaires

vic GHG 30/03/2009 18:43

voilà, j'ai passé le concour général de philo sur "l'art nous détourne-t-il de la connaissance du monde?"j'ai fait 3 parties I oui avec platon l'illusion, pascal le divertissement et la beauté qui cache la réalité puis II la volonté humaine peut surmonter ces obstacles avec diderot , les natures mortes, la captation de la nature profonde de la réalité dans la toile, mais cela supposerait que l'artiste lui même l'a capté, c'est trop demander III l'art est donc le lieu de l'intersubjectivité entre le créateur et le spectateur car ce dernier enrichi sa connaissance du mond à priori d'éléments de la connaisance subjective du monde du créateur.je vous remercie pour vos conseils.

laurence hansen-love 30/03/2009 18:46


Pas mal, mais j'espère les fautes d'orthographe en moins?


vic ghg 08/03/2009 14:43

Bonjour, je me prépare en ce moment au concours général philo L (d'ailleurs j'utilise votre livre AZ) pensez vous qu'il faut que je révise de façon exhaustive tout ce que l'on a fait cette année ou que je cible qq points spéciaux et si oui,lesquels?pourriez vous me suggerer en 2 mots une méthode de révision adaptée aux enjeux du concours ?je vous remercie d'avance.Vic GHG

laurence hansen-love 08/03/2009 20:55


Impossible de cibler quoique ce soit, tout est possible!
 Pas de méhode , un conseil ; connaitre bien trois textes, par exemple, un Palton, un Descretes, un Kant.
 Je peux vous conseiller mon livre "Cours particulier de philosophie" parce que les thèmes abordés  y sont plus approfondis que ce que vous trouvez dans les livres de terminale, comme
Philosophie de A à Z. 
 La connaissance des bases de la philosophie n'est plus suffisante.


Laure 04/06/2008 23:03

(Re) bonsoir, j'ai participé au CG mais sur le sujet des L...N'y aurait il pas aussi quelques éléments de réflexion? MerciPS: comment être certain que la vie n'est pas une illusion? Je terminerais avec un grand merci à Descartes pour cette course de 6h!

laurence hansen-love 05/06/2008 21:22


Vous voulez des éléments de corrigé? Je crois que j'ai déjà répondu , en donnant quelques indications de lecture. Avez-vous regardé? Je ne vais pas me lancer dans un corrigé, parce que cela ne vosu
servirait pas à grand chose. Posez-moi , si vosu voulez , une question précise..


Hommelette 09/04/2008 23:13

J'ai participé à ce concours général. Le sujet m'a paru un peu difficile au premier abord. Ce sont les guillemets qui m'ont inspirés. Je pense avoir eu la bonne réaction pour problématiser : avoir une sorte de distance critique pour commenter philosophiquement l'attribution personnelle ("mes") de "valeurs", supposées universelles. J'ai fait un plan classique en trois parties avec comme première idée, celle des valeurs comme produit de la raison universelle, comme la science (cumulative et intégratrice de nouveaux savoirs). Dans cette 1e partie, j'ai essayé de montrer comment l'humanité pouvait découvrir des valeurs universelles, tout en s'aliénant, à l'aide de Feuerbach. Le rôle de la raison est bien sûr de démystifier ce qui relevait du mythe dans les croyances antérieures, pour affirmer une universalité toujours plus "vraie", à l'aune de l'expérience.Puis, ma seconde idée a été de convoquer le désir, conçu non comme un manque, mais comme un pouvoir de création, notamment de valeurs nouvelles dans le cadre du devenir au sens deleuzien.Enfin, j'ai essayé de dépassé le conflit objectivité-subjectivité par la notion chère à Badiou de singularité universelle : la vérité découle d'une décision de l'indécidable par un sujet (militant, mathématicien, prosélyte) qui énonce une vérité qui devient univoque par l'action du sujet. "Ce que la logique antérieure tenait dans l'indécidable ou la
non-valeur, l'événement tranche en faveur de sa vérité ou de sa valeur
éminente. Ce n'est évidemment possible que si, de proche en proche,
toute la logique de la situation est transformée, à partir de l'acte
univoque qui modifie la valeur d'une des composantes de la situation.
L'être-multiple de la situation n'est pas, lui, transformé. mais son
apparaître logique, le système d'évaluation et de liaison des
multiplicités, peut l'être de façon très profonde. Et c'est la
trajectoire de cette mutation qui compose la diagonale universalisante
de l'encyclopédie."J'ai essayé d'introduire cette notion de singularité universelle en renvoyant dos à dos une prétention scientifique qui peut basculer dans l'idéologie (Althusser !) et un désir qui ne pourrait être qu'un fantasme. J'ai réutilisé la notion lacanienne de réel comme noyau du fantasme. Le symptôme, l'élement réel du fantasme constitue précisément sa violence. C'est cela, la singularité universelle, ce qui se refuse à toute symbolisation et à toute inscription dans l'ordre des particularités de l'"encyclopédie" comme dirait Badiou. Cette singularité, en tant qu'exclue, exprime une vérité, y compris en termes de valeurs, sur un ensemble de situations particulières.Le sujet qui effectue la décision de l'indécidable, la figure du militant, s'approprie des valeurs en ce qu'il participe, à partir de son engagement en faveur des exclus, à leur démonstration, à leur énonciation même. J'ai fait enfin un rapprochement avec ce que Lucien Goldmann appelait un "pari immanent" sur la signification de l'histoire.En gros, je me suis surtout fait plaisir en plaçant mes auteurs préférés du moment : Zizek, Badiou, Lacan, Hegel, Feuerbach. Je pense avoir été parfois assez loin du sujet (c'est mon gros défaut en général, mais si d'habitude je suis plus modéré) mais bon j'étais là avant tout pour m'entraîner et pour m'amuser, c'est ce que j'ai fait, n'ayant rien à perdre...

laurence hansen-love 10/04/2008 21:18


Attetion Hommelette, le jour du bac, restez bien dans le sujet. C'est la première des exigences des correcteurs. Quand le candidat est hors sujet, on ne le lit plus....


tom 08/04/2008 15:34

La seconde piste sur les valeurs au sens boursier du terme m'interpelle. Je n'y aurais pas pensé mais je trouve cela intéressant. je m'interroge sur le bien fondé des marchés financiers. Certains les dénigrent en argumentant qu'ils servent un capitalisme aveugle et destructeur des vrais valeurs (humaines, environnementales...) tandis que d'autres mettent en avant la capacité de création de valeur des grandes sociétés pouvant entraîner des améliorations economiques, sociales, environnementales (Veolia, EDF Energies nouvelles...)Pensez-vous que l'investissement financier sur des valeurs cotées soit immoral? Avez vous un avis sur la question ou des références qui pourraient me permettre de creuser ce thème. ?????

laurence hansen-love 08/04/2008 19:12


En ce qui concerne le marché, il est ce qu'il est , et le philosophe ne sera pas tellement consulté, donc il est un peu vain d'exprimer une opinion dont le marché, précisément, n'a que faire!
Cependant je peux vous conseiller la lecture de ce livre qui vient de sortir. Je vais mettre un compte rendu en ligne
Le divin marché . la révolution culturelle libérale de D-R. Dufour