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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 18:22


La nature peut-elle être source de moralité? Un 'individu peut-il  suivre son seul instinct, peut-il  ne se fier  qu'à sa bonté naturelle?
Rousseau a hésité à ce propos, comme le rappelle  ici Tzvetan Todorov. Il fut conscient des difficultés liées à l'idée d'une "moralité" qui consisterait pour l'individu  à  "ne suivre en tout les penchants de son coeur".. Seul un être solitaire peut adopter une telle "morale"...


 "L'égoïsme est  peut-être le destin de l'individu ; il ne saurait en être l'idéal.
Quant à la quête de soi, il est difficile de présenter la dérive du bateau sur la surface du lac comme une des voies de l'homme. Mais cette quête s'accompagne d'une hiérarchisation des valeurs, qu'on peut contester. L'individu solitaire abolissant toute référence aux autres, renonce par là même à toute vertu, qu'elle soit  civique » ou « humanitaire ». Rousseau n'y voit pas d'inconvénient, au contraire : « L'instinct de la nature est [... ] certainement plus sûr que la loi de la vertu H     (EmileII ; I, 864}. 11 suffit de laisser parler en nous la bonté naturelle, les résultats seront les mêmes, voire supérieurs à ceux qu'on aurait obtenus grâce à la  vertu. Mais la bonté même est-elle suffisamment intérieure à l'homme ? Après s'être scruté attentivement, Rousseau doit renoncer aux aspirations à la bonté, et se contenter du bonheur que lui procure la simple satisfaction de ses désirs. « Dans la situation où me voilà, je n'ai plus d'autre règle de conduite que de suivre en tout mon pendant sans contrainte. [...] La sagesse même veut qu'en ce qui reste à ma portée le fasse tout ce qui me flatte [...) sans autre règle que ma fantaisie » (Rêveries  ).
Rousseau voudrait voir dans cette attitude  "grande sagesse et même grande vertu" . (ibid.). Mais rien ne vient à l'appui de cette prétention. L'individu peut être heureux à se livrer sans contrainte à ses penchants ; i! ne saurait revendiquer pour lui ces autres qualificatifs, sans avoir au préalable modifié le sens des mots. Rousseau a bien changé depuis ces pages des Confessions où il condamnait cette même doctrine, attribuée (probablement avec justesse)  à Diderot : « Savoir, que l'unique devoir de l'homme est de suivre en tout les penchants de son coeur » . Le gouverneur d'Émile nous avait déjà mis en garde contre toute tentative pour fonder la conduite sur !a seule intensité du plaisir : « Celui qui n'est que bon ne demeure tel qu'autant qu'il a du plaisir à l'être, la bonté se brise et périt sous le choc des passions humaines ; l'homme qui n'est que bon n'est bon que pour lui N (Émile, v ; IV, 818). « Apprends-moi donc à quel crime s'arrête celui qui n'a de lois que les voeux de son coeur, et ne sait résister à rien de ce qu'il désire ? » (ibid. ; 1V, 817). Avec sa clairvoyance habituelle, Rousseau envisage dans ces phrases un chemin qui nous est bien familier aujourd'hui, celui auquel est destiné l'homme-machine désirante ; et il en indique aussitôt les dangers. C'est pourtant la voie dans laquelle s'engage le solitaire des Rêveries, une voie qui mène au-delà du bien et du mal, dans un culte de l'intensité de l'expérience. "

Todorov Frêle bonheur

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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