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6 avril 2008 7 06 /04 /avril /2008 11:45

 

Selon Nietzsche la morale -  non pas toute morale, mais  la morale chrétienne en l'occurence- prétend vouloir améliorer l'hommme. Ce qui ne peut signifier que vouloir  l'affaiblir au point d'en faire une "bête maladive". Ce type de morale est contre nature:

 

 "De tout temps on a voulu  "améliorer" les hommes : c'est cela avant tout qu'on appelait  morale. Mais sous le même mot se cachent toutes sortes de tendances. On a appelé « amélioration » aussi bien le domptage de la bête humaine que l'élevage d'une espèce humaine  déterminée seuls ces termes zoologiques expriment des réalités - réalités que l'« amélioreur » type, le prêtre, veut, il est vrai, ignorer... Appeler « amélioration » la domestication d'un animal, c'est, à nos oreilles, presque une plaisanterie. Quand on sait ce qui se passe dans les ménageries, on doute que la bête y soit précisément « améliorée ». On la débilite, on la rend inoffensive et, au moyen de l'affect dépressif de la crainte, au moyen de la douleur, des coups et de la faim, on en fait une bête maladive. - Il n'en va pas autrement pour l'homme dompté que le prêtre a « amélioré ». Au début du Moyen Âge, où l'Église était en fait avant tout une ménagerie, on faisait en tous sens la chasse aux beaux exemplaires de la « bête blonde' », - on « améliorait » par exemple les Germains nobles. Mais à quoi ressemblait du coup un Germain ainsi « amélioré » et fourvoyé dans un cloître ? À une  caricature de l'homme, à un avorton : on en avait fait un « pécheur », il était là enfermé dans une cage, on l'avait mis sous les verrous d'idées absolument épouvantables... Et voici qu'il gisait là, malade, rabougri, s'en voulant à lui-même : plein de haine contre les impulsions vitales, plein de soupçon contre tout ce qui était encore fort et heureux. Bref, c'était un « chrétien »... En termes physiologiques : dans la guerre contre la bête, le seul moyen possible est de la débiliter. C'est cela que l'Église a compris : elle a perverti l'homme, elle l'a débilité, - mais elle a prétendu qu'elle l'avait « amélioré »...

Le crépuscule des idoles. Les "amélioreurs" de l'humanité
 Classique et Cie Hatier, p 47

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

chuck 01/12/2016 14:36

quelle clairvoyance Nietzsche!