Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 13:33

 

Exposé  de Mathilde Dongala (HK Lycée Jules Ferry)

L’Europe, comment la définir ?

 

Jusqu’en 1989, on se pose peu la question de la définition de l’Europe : c’est une union qui vise à regrouper l’ensemble des pays d’Europe de l’Ouest, dans le but d’une coopération économique et politique toujours plus poussée. Mais après la chute du mur de Berlin, les anciens pays du bloc soviétique sollicitent leur entrée dans l’Europe. Ainsi l’Europe voit-elle au fil des ans  son centre de gravité se déplacer vers l’est et le nombre de peuples la constituant augmenter de façon spectaculaire : de 6 membres en 1951, l’Europe en compte aujourd’hui 27. Cette grande diversité pose la question de l’identité de l’Europe. Comment peut-on aujourd’hui définir l’Europe ? L’Europe est surtout une construction, économique et politique. Mais les pays qui la composent sont aussi héritiers d’un passé qui les unifient sur une base commune : L’Europe est une civilisation. Enfin, l’Europe porte en elle un projet.

 

I – Une construction

Déjà pensée par Victor Hugo avec ses Etats-Unis d’Europe, ou esquissée par Aristide Briand, après la seconde guerre mondiale, la construction européenne devient une nécessité pour éviter de nouvelles guerres fratricides, mais aussi pour empêcher l’extension du communisme. Construite sur des bases économiques  elle vise, jusqu’à aujourd’hui encore à une intégration toujours plus poussée de ses pays membres. Aujourd’hui cependant, l’Europe cherche à trouver d’autres bases et à fonder une communauté  politique.

 

1- Une construction économique

L’Europe est tout d’abord une construction économique.

En 1948, afin de répartir les aides financières proposées par le plan Marshall pour faciliter la reconstruction européenne, des organismes administratifs communs sont pour la première fois mis en place. Ainsi, l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) est créée et chargée de dépenser équitablement les crédits entre les différents Etats d’Europe occidentale. Son but est aussi  renforcer les relations économiques entre ses dix-sept membres et de libéraliser les échanges commerciaux.

Mais, la première pierre de l’édifice européen est véritablement posée en 1951, par le traité de Paris. Le plan Schuman marque en effet la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), qui créé une solidarité une solidarité de fait en regroupant la production de six pays européens (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, France, Italie, RFA).  En plaçant ainsi le potentiel minier et industriel allemand, le plan Schuman prévoit tout risque de réarmement allemand et écarte toute occupation permanente des Alliés sur la Ruhr.

En juin 1955, les six pays membres de la CECA décident la création du Marché Commun. Le projet prend forme par le traité de Rome (mars 1957), qui donne connaissance à la communauté économique européenne (CEE). Ce traité donne lieu à une intégration économique plus poussée : il prévoit une coopération économique, l’abolition des barrières douanières et la mise en place d’un tarif extérieur commun. De plus, le Traité de Rome pose les bases de la Politique Agricole Commune qui doit conduire à l'élaboration d'une politique agricole commune au sein de l'Union européenne. Ces mesures sont un succès : la CEE enregistre dans les années 60 une croissance élevée, ce qui incite d’autres Etats à demander leur adhésion.

L’Acte Unique est signé en 1986, il apporte des modifications au traité de Rome,

son objectif étant d’accélérer la mise en place du marché intérieur, dont l’achèvement est prévu pour décembre 1992.

Le Traité de Maastricht crée l'Union européenne qui remplace la CEE, et prévoit l'union économique et monétaire, avec une monnaie unique européenne qui sera appelée ultérieurement l'euro. En 1999, l’euro devient la monnaie unique de 11 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, France, Finlande, Irlande, Pays-Bas, Italie, Luxembourg et le Portugal.), deux ans plus tard, c’est la mise en circulation des billets et des pièces en euros dans ces pays.

 

 

2- Une construction politique

Si l’Europe s’est d’abord construite autour de l’économie, l’Europe politique s’est aussi peu à peu construite par la suite.

En 1953, Paul-Henri Spaak élabore un projet de Communauté Politique européenne qui permettrait de chapeauter la Communauté européenne de défense, mais le rejet par la France de la CED, repousse l’heure de la fédération européenne. Ce n’est qu’en 1957 avec le traité de Rome que les contours d’une Europe politique se dessinent en élargissant le champ de la coopération supranationale ((La CEE et Euratom disposent d’une Assemblée parlementaire et d’une Cour de justice commune). A partir de 1979 les citoyens européens peuvent élire au suffrage universel les députés du Parlement Européen. Et progressivement, la Communauté Européenne élargit son champ d’action à des domaines autres que celui de l’économie, en 1986, l’Acte Unique en plus d’ouvrir la voie à la réalisation d’un marché unique, élargit les compétences de la CEE à la recherche et développement, à l'environnement, et la politique étrangère commune. En 2004, accord politique est trouvé sur le projet de Constitution européenne, lors du Conseil Européen, qui vise à faciliter le fonctionnement des institutions d’une Europe qui est passée de 15 à 25 membres. Ce projet n’aboutira pas, après le rejet par référendum de la France et des Pays-Bas. En décembre, 2007 un Traité Européen européen est finalement signé.

 

 

L’Europe représente aujourd’hui l’intégration économique la plus poussée au monde. Cette intégration est aussi devenue  politique avec le temps, l’UE s’étant dotée d’institutions démocratiques et d’une législation. Ainsi, elle est une puissance économique et politique dont le poids ne cesse de croître avec l’entrée régulière de nouveaux membres dans l’Union. Mais l’Europe pourrait-elle s’élargir indéfiniment? N’y a-t-il pas une origine commune à tous les pays qui composent aujourd’hui l’Europe ?

 

II – Une civilisation

Si l’Europe s’est beaucoup élargie depuis sa naissance – on est passé de 6 à 27 membres depuis 1951- mêlant des peuples aux langues et cultures différentes, elle possède tout de même une cohésion interne. Elle trouve en effet ses racines dans l’héritage judéo-chrétien et le paganisme antique.

 

1- Les racines judéo-chrétiennes de l’Europe

Tout les pays de l’Union Européenne ont pour religion majoritaire la religion chrétienne, qui s’inspire de l’Ancien Testament (la « Bible hébraïque »), c’est pour cela que l’on parle d’Europe judéo-chrétienne. La prédominance de la religion chrétienne vient du fait qu’au XVe siècle, sous la poussée de l’islam conquérant, la chrétienté, d’abord méditerranéenne, en vint progressivement à se confondre avec l’Europe géographique. Des éléments internes d’unification jouèrent profondément : rôle de l’Eglise romaine (sa liturgie qui donne un cadre spatio-temporel commun), son autorité suprême la Papauté, une langue commune des clercs, le latin, base d’un espace de savoir. Ces origines communes permettent l’unification de l’Europe sur des principes et des bases communes.

Cependant, le christianisme ne suffit pas à définir l’Europe, car comme le fait remarque Rémi Brague dans L’Europe, une voie romaine, la séparation du spirituel et du temporel préfigure la €laïcité. On peut dire, paradoxalement, que l’Europe se caractérise tant par ses racines chrétiennes que par son présent laïque. On parle en effet aujourd’hui d’une Europe « sécularisée », où la frontière entre le politique et le religieux est bien définie, ce qui fait d’elle une exception face aux dynamiques des religions dans le monde. Face à la poussée islamique, dont on parle le plus souvent, une autre vague religieuse, a gagné de nombreux pays. L’évangélisme religieux submerge en effet depuis quelques décennies l’Amérique latine, et l’Afrique ; il n’est pas absent non plus dans les renaissances religieuses qui secouent l’Asie, notamment la Chine et les pays qui l’entourent.

 

2- Les racines antiques de l’Europe

L’Europe a d’autres origines, qu’elle trouve notamment dans la démocratie de l’Athènes antique. Ce caractère démocratique de l’Europe s’est affirmé dans l’opposition entre la démocratie athénienne et l’absolutisme perse. Et plus tard, cette représentation semble s’inscrire dans la continuité dès lors que les Perses semblent avoir été remplacés par les Ottomans puis les Turcs dans cette construction des antagonismes. Pour Rémi Brague (cf. L’Europe, une voie romaine) la culture européenne tient sa spécificité en ce qu’elle provient de Rome. En cela, elle serait une culture de transmission. En effet, pour Rémi Brague, les Romains se caractérisent par un complexe d’infériorité culturelle qui les pousse à s’intéresser aux cultures autres que la leur. Ainsi la culture européenne ne s’illustrerait  non pas par son contenu, mais par la capacité qu’elle aurait à considérer les autres cultures pour elles-mêmes, sans se les approprier en y reflétant sa propre image. C’est dans cette perspective que l’humanisme est typiquement européen, car en plus de sa capacité d’autocritique, comme le montrent les Lettres Persanes de Montesquieu ou Les Cannibales de Montaigne, il considère dans la culture non pas comme un enfermement sur soi, dans les traditions, mais comme une constante ouverture vers l’autre, un processus d’enrichissement.

 

3 – Une Europe des droits de l’homme

L’Europe est fortement marquée par la révolution française de 1789, qui a produit les idéaux universalistes : droits de l’homme, égalité politique, citoyenneté. La prééminence de l’individu dans les sociétés européenne est aussi tirée des principes de 1789. La Convention européenne des droits de l'homme, adoptée par le Conseil de l'Europe en 1950 et entrée en vigueur en 1953 atteste de cet attachement aux droits de l’homme.

 

Dès lors, on comprend que l’intégration de la Turquie à L’Union européenne suscite des réticences. Outre le fait que le pays ne possède que 3% de son territoire en Europe, l’admission de la Turquie apparaîtrait pour certains contre nature : l’Europe aux racines judéo-chrétiennes doit-elle accepter un pays à 99,8% musulman ? L’islam qui supprime l’altérité en tant que telle peut-elle être compatible avec l’humanisme européen ? Peut-on intégrer un pays dont le respect des droits de l’homme est discutable? Et aussi, la Turquie est-elle prête à participer au projet européen ? Car au delà d’une construction et d’une civilisation, l’Europe est aussi un projet.  

 

 

 

 

 III – Un projet

L’Europe constitue une marche en avant. Elle porte en elle les germes d’un projet politique et de civilisation.

 

1/Un projet politique

Lors de sa création, dans un contexte de guerre froide, le fait que l’Europe se soit placée du côté des Etats-Unis l’empêche de s’élever d’emblée au rang de société politique. Pendant cette période, l’Europe s’est structurée dans la dépendance, comme un entre-deux, cachée par deux superpuissances. En 1989, avec la fin du monde bipolaire, on peut parle d’un « retour de l’Europe ».

Sur le plan militaire, diplomatique et sécuritaire, l’Europe tente d’affirmer son autonomie. La politique européenne de sécurité et de défense, par exemple, est un projet visant à renforcer son rôle en matière de gestion internationale des crises militaires et civiles. Des forces armées de coalition européennes interviennent de plus en plus à l’étranger comme c’est le cas au Soudan, avec l’Eurofor, par exemple.

L’Union européenne s’engage aussi sur le plan environnemental. Déjà dans la cadre du Protocole de Kyoto, l’Union s’était engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 8% par rapport aux niveaux de 1990 entre 2008 et 2012. Elle met aujourd’hui en place des politiques et des institutions communes à tous les Etats pour lutter contre le réchauffement climatique, la nature et la biodiversité, l'environnement et la santé, etc.

Elle revendique un modèle social, dont elle tiendrait l'héritage du modèle allemand de croissance du chancelier Erhard, le fondateur du mark et « le père du miracle économique allemand » pour lequel la politique financière ne pouvait se comprendre sans la permanence du souci social.  Ce modèle social est explicité ainsi dans le projet de traité constitutionnel : « l’Europe doit œuvrer pour  le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, l'économie sociale de marché (…) Elle combat l'exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales, l'égalité entre les femmes et les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des droits de l'enfant. Elle promeut la cohésion économique, sociale et territoriale, et la solidarité entre les États membres »

 

2/ un projet de civilisation

Plus qu’un projet politique, l’Europe est un projet de civilisation.

Pour Victor Hugo, les «Etats-Unis d’Europe » constituent le premier échelon d'une entreprise se voulant universelle, censée aboutir, in fine, à une concorde planétaire entre les hommes, quels qu'ils soient, par-delà les castes. Hugo l’exprime ainsi : « Elle s'appellera l'Europe, au vingtième siècle, et, aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité ».  Allant encore plus loin, Husserl considère que l’Europe est unique en ce qu’elle a un sens transcendantal. Au-delà du phénoménal et de l’accidentel, l’Europe est mue par un telos ; elle doit être le souffle qui pousse continuellement à l’élargissement de la communauté philosophique. C’est parce que l’Europe plonge ses racines dans la Grèce antique que Husserl lui assigne une telle finalité ; car la Grèce antique est le lieu de naissance de la philosophie, qui « permet seul l’accès à l’infini depuis l’état de finitude qui est celui de l’homme ». Ainsi, pour le philosophe, l’Europe est une figure spirituelle qui n’est pas contrainte par des frontières établies (puisqu’il y incluait les Etats-Unis, les dominions anglais, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande), qui a pour vocation de pousser à la recherche commune de la vérité. Dans la crise de l’humanité européenne et la philosophie, Husserl dénonce le manque d’unité dans la recherche philosophique et s’inquiète de la lassitude morale et intellectuelle qui touche l’Europe. En 1935, il fait partie des premiers à formuler la thèse d’une supranationalité européenne, où chaque nation abdiquerait de certaines parties de sa souveraineté  pour le bien de la communauté européenne, et par conséquent pour le succès dans la poursuite de son telos.

 

Conclusion

 

Ainsi l’Europe serait bel et bien « unie dans la diversité ». Si le sentiment européen n’est pas toujours profondément ancré dans l’esprit des populations européennes, les 27 pays de l’UE fondent tout de même leur unité dans une intégration économique et politique toujours plus poussée, et possèdent un passé commun qui leur permet de s’identifier comme civilisation. Aujourd’hui l’Europe constitue la seule puissance capable de constituer un contrepoids aux Etats-Unis, et cela la pousse à proposer un projet politique alternatif. De plus, l’abandon de certains aspects de la souveraineté des pays membres pourrait nourrir les espoirs des partisans de Hugo ou de Husserl, qui voyait dans une Europe unie et regroupée autour d’un projet de civilisation une voie vers la sagesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
commenter cet article

commentaires