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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 11:41


Je vous propose ce texte , en référence au parallèle établi  par les manifestans chinois anti-français,entre le Tibet et la Corse.
La conception de la nation française (par le sol et non par le sang) est volontariste, d'une part. D'autre part, il n'y a qu'un "peuple corse". Consitutionnellement, il n'y a pas de peuple corse , ni breton etc.... De notre point de vue (celui de Rousseau, puis de Renan) un "peuple" n'est pas une donnée naturelle ni historique. Un peuple est une institution.


 QU'EST-CE QU'UNE NATION ? 11 mars 1882 en réponse au Discours sur la nation allemande de  Fichte (1807)
 
La nation n'est pas seulement une réalité historique. C'est une construction

"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, !voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure « avoir souffert ensemble » ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun.
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ;elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire .1 une province : « Tu m'appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un cri cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le voeu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.
Nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l'homme, ses désirs, ses besoins. La sécession, me Mirez-vous, et, à la longue, l'émiettement des nations sont la conséquence d'un système qui met ces vieux organismes :1 la merci de volontés souvent peu éclairées. Il est clair qu'en pareille matière aucun principe ne doit être poussé ;1 l'excès. Les vérités de cet ordre ne sont applicables que dans leur ensemble et d'une façon très générale. Les volontés humaines changent ; mais qu'est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. !(Iles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. A l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître.
Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'oeuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, Qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. Je me dis souvent qu'un individu qui aurait les défauts tenuschez les nations pour des qualités, qui se nourrirait de vaine gloire ; qui serait à ce point jaloux, égoïste, querelleur ; qui ne pourrait rien supporter sans dégainer, serait le plus insupportable des hommes. Mais toutes ces dissonances de détail disparaissent dans l'ensemble. Pauvre humanité, que tu as souffert ! que d'épreuves t'attendent encore ! Puisse l'esprit de sagesse te guider pour te préserver des innombrables dangers dont ta route est semée !
Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. « Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d'une simplicité enfantine. » - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peul-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendrat-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé".

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Jean-Baptiste 29/04/2008 20:53

En ce qui concerne les jérémiades des indépendantistes corses, je dirais que c'est le genre de minorité qui sait se faire remarquer, et donner l'illusion au reste du monde qu'elle est une "majorité oppressée".

Les Corses partagent avec le reste des habitants des autres régions françaises, ce patriotisme napoléonien. Comme tous les Français, ils sont assimilés depuis 1789, et ont appris à revendiquer l'héritage gaulois, comme celui de Jeanne d'Arc. Ainsi l'élégance du slogan "Jeanne d'Arc est une prostituée" sur un drapeau français joliment décoré de croix gammées tout à propos par de jeunes chinois visiblement bien renseignés sur ce qui nous échappait de la pucelle, a aussi bien provoqué l'indignation des Corses que des Bretons, des Basques, des Réunionais ou des Tourangeaux.
A l'inverse les Tibétains n'ont pas subi cette assimilation, ils forment vraiment un peuple à part entière de l'Empire chinois, une langue, une religion, des traditions qui leur sont propres. D'ailleurs, les Tibétains ont été à une période les envahisseurs, et les oppresseurs des Hans.
 

laurence hansen-love 29/04/2008 21:23


Merci pour cette mise au point...
 Je ne connais pas grend chose du Tibet!