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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 16:26

Faut-il rester nécessairement maître de soi ???????????????

 

(Sujet surprenant : la réponse est tellement évidente (oui !), d’où la question : où est le problème ???)

 

Tout d’abord on notera que « rester » implique que l’on l’ est (maître de soi)  : on peut se demander ce qui autorise à penser cela
Ensuite le « nécessairement »  étonne.   Il ne peut signifier « inévitablement » car on peut ne pas être maître de soi .  Il ne peut signifier que « obligatoirement ». Mais  un tel impératif paraît excessif. Car on ne peut devoir faire que ce que l’on peut faire. Or il semble évident – encore -  que l’on n’est pas toujours maître de soi  (maladie, handicap, viellesse etc..)

 Je pense à deux approches possibles :

 Premier plan :

I Il faut nécessairement  rester maître de soi  (approche psychologique)
  Car seul l’homme volontaire est libre.  On doit donc nécessairement  s’efforcer d’ être maître de soi pour être libre comme nous l’ont enseigné Socrate  (cf Gorgias, dialogue avec Calliclès) puis les stoïciens.

II Il faut nécessairement rester maître de soi (approche morale)

 Car la dignité de l’homme tient à son autonomie. Il faut rester maître de soi pour respecter  l’autre et pour se respecter soi-même

III L’homme politique doit plus nécessairement encore rester maître de lui

 Non seulement à un plus haut degré que l’homme ordinaire, mais différemment

En effet (cf le Prince de Machiavel ) il doit être  capable d’être alternativement lion et renard (talent de comédien).
 Mais aussi il doit pouvoir surmonter les préjugés moraux pour commettre des actions immorales dans l’intérêt de l’Etat. Ici il s’agira d’une forme d’abnégation

 Conclusion 

 On doit rester maître de soi pour des raisons tant d’intérêt que de dignité.  Mais la nature ne nous y aide pas toujours (cf maladie et fragilité). On dira plutôt que la maîtrise de soi est souhaitable.

Mais le cas du Prince est beaucoup plus  évident. La maîtrise de soi est une condition sine qua non de l’exercice du pouvoir

 

Second plan :

I On doit rester maître se soi… dans la mesure de nos moyens (approche psy)

II On doit rester maître de soi pour des raisons morales (approche kantienne)

III La maîtrise de soi est  largement illusoire

« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison » Freud. Auquel cas, l’idéal moral n’est pas une maîtrise (impossible) mais plutôt la sincérité, l’authenticité.

 « Etre libre, c’est prendre conscience des causes qui nous font agir » Spinoza. La lucidité, ce n’est exactement la maîtrise de soi. De plus, on ne doit pas confondre liberté et ascétisme.  Une certaine forme de spontanéité, de générosité, de bonté peuvent exister sans avoir rien à voir avec une quelconque maîtrise de soi.

Conclusion

 La maîtrise de soi n’est pas le seul idéal moral concevable. Ainsi par exemple, le poète, inspiré par le Dieu (cf Ion de Platon) ne se maîtrise plus du tout…

 Ni le croyant illuminé par la grâce….

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Ben 27/05/2008 18:55

Pour le coup c'est un peu ce que j'ai fait, dans ma première partie. A savoir, A. Effectivement, la non maîtrise de soi peut être complaisante. Je pense à La Boétie, à Lefort, ou encore à Freud dans Psychologie des foules et analyse du moi. B. Et que la non maîtrise de soi peut même être la condition même de la politique! Je pense effectivement au rôle des passions, en renversant la nécessité de l'ascèse telle que la pronaient les stoiciens/épicuriens et autre... Et je me base donc sur le rôle de la passion (autrement de la non maîtrise de soi) dans le passage de l'état de nature à l'état civil, la peur de la mort violente hobbienne, l'amour de soi et la pitié dont parle Rousseau, la compassion dont parle Revault D'allones, voire à plus large échelle le rôle de la peur en citant évidemment l'ouvrage de Corey Robin! C. Mais effectivement, la communauté démocratique moderne, la démocratie, réclament que nous nous comportions en adultes autrement dit, que nous soyions maitres de nous! Qu'en pensez vous? En découle de là, qu'effectivement, nous devons impérativement être maître de nousEt la deuxième partie vient justement discuter de la possibilité d'une maîtrise de soi totale, et en cas d'impossibilité, que devons nous alors faire?

laurence hansen-love 27/05/2008 22:22


Juste, pour la seconde partie, les passions jouent peut-être un rôle en politique, mais en même temps, dire cela  c'est  faire un constat,  ne n'est pas un objectif,  une norme.
Par exemple la compassion, c'est quelque chose qui ne peut pas avoir un rôle fondateur. On ne va pas dire: basons une politique sur la compassion, cessons de nous contrôler, de réfléchir, de
raisonner, de calculer.. La thèse "la non-maîtrise de soi comme condition de la politique" est  plutôt... rhétorique! 
Chez Hegel les passions jouent certes un rôle , mais elles ne constituent que la chaîne du tapis de l'histoire. La trame étant consituée par la raison.
 Pour le reste, c'est OK.


élève de prépa HEC 23/05/2008 19:23

A quand un corrigé de la dissert en bonne et due forme ? 

laurence hansen-love 24/05/2008 17:39


En aucun cas.. il est exclu d'interférer avec le point de vue des correcteurs.


bob' 23/05/2008 10:17

Bonjour Je voulais également savoir ce que vous pensez de l'étude des personnages concepts de la non-maîtrise de soi en vue de justifier qu'il "faut rester maître de soi. Je pense aux personnages des Possédés ou encore à Yerma... Enfin une étude de la maîtrise de soi en politque, dans les rapports à autrui en société ou dans la cadre du fameux "contrat" pouvait-elle être abordé?

laurence hansen-love 23/05/2008 15:51


Les références littéraires étaient vraiment très à propos dans un tel sujet....
 Pour le contrat, non, je ne vois pas bien...


Stéphane 22/05/2008 20:14

bonjour,je voulais simplement vous demander votre avis , parce que j'ai vu le sujet sous un autre angle.Je suis parti en fait d'une contradiction: maîtriser quelquechose , c'est pouvoir en faire ce que l'on veut(meme si la maîtrise de soi est certes limitée a nos capacités).Mais s'il faut maitriser quelquechose, c'est à dire s'il ya besoin d'exercer un contrôle dessus, c'est aussi qu'on l'empêche de se réaliser en toute liberté et spontanéité et par exemple que l'on s'empêche d'agir lorsqu'il le faut(cas des révolutions).Et le problème pourrait alors être:maintenir comme obligation la maîtrise de soi(pour faire ce que l'on veut), n'est -ce pas paradoxalement prendre le risque d'entraver sa capacité à agir lorsque c'est nécéssaire(et une réalisation de soi plus légère en toute spontanéité)?

laurence hansen-love 23/05/2008 16:01



 Stéphane,
Oui, vous pouviez très bien défendre ce point de vue..
 Cependant attention à ne pas confondre liberté et spontanéité, comme nous l'ont si souvent demandé les philosophes. Spinoza dit que le nouveau né croit qu'il a librement l'appétit du lait,
comme la femme bavarde croit qu'elle bavarde librement!


F 21/05/2008 21:40

Bonsoir,Il me semble également que la réponse n'est pas si "évidente"...Que penser par exemple du surréalisme et de "écriture automatique" (et plus généralement des poètes, peintres et autres artistes qui ont produit leurs oeuvres sous l'emprise de la drogue et de l'alcool, et donc n'étant plus véritablement maître d'eux-mêmes)? Ne peut-on pas affirmer ici que la non maîtrise de soi peut être bénéfique lorsqu'elle et mise au service de l'art?Merci d'avance pour votre réponse

laurence hansen-love 21/05/2008 22:06


Je suis tout-à-fait d'accord avec cela. Et c'est très exactement ce à quoi je faisais allusion en parlant du "poète inspiré par le Dieu"  selon Platon...
 La non-maîtrise de soi peut être bénéfique en effet dans ce cas là...
 Cela dit tout personne qui décide de renoncer à la maîtrise de soi , en se droguant par exemple, prend de grands risques, vous ne croyez pas ?... Car la non-maîtrise  ne produit pas
le talent...
 (Je ne pense pas que les artistes qui ont vécu ce type d'expériences puissent en faire une règle d'action de l'ordre du "il faut")