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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 10:55

Peut-on croire au progrès aujourd'hui?
 Peut-on être de gauche aujourd'huI?

 D'après Laurent Joffrin (Libération), ces deux questions n'en font qu'une "Otez l'idée de progrès: il n'y a plus de gauche".
Très bien . Cela prouve-t-il donc que nous ne pouvons pas nous passer de religion?..
 Voici le texte de référence (1872):


( Cournot se demande si l'idée prétendument laïque de progrès n'est pas, toutefois,  une simple reconduction de ce préjugé religieux).

 "Aucune idée, parmi celles qui se réfèrent à l'ordre des faits naturels, ne tient de plus près à la famille des idées religieuses que l'idée de progrès, et n'est plus propre à devenir le principe d'une sorte de foi religieuse pour ceux qui n'en ont plus d'autre. Elle a, comme la foi religieuse, la vertu de relever les âmes et les caractères. L'idée du progrès indéfini, c'est l'idée d'une perfection suprême, d'une loi qui domine toutes les lois particulières, d'un but éminent auquel tous les êtres doivent concourir dans leur existence passagère. C'est donc au fond l'idée du divin ; et il ne faut point être surpris si, chaque fois qu'elle est spécieusement  invoquée en faveur d'une cause, les esprits les plus élevés, les âmes les plus généreuses se sentent entraînés de ce côté. Il ne faut pas non plus s'étonner que le fanatisme y trouve un aliment, et que la maxime qui tend à corrompre toutes les religions, celle que l'excellence de la fin justifie les moyens, corrompe aussi la religion du progrès".

Antoine Augustin Cournot
Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernes (1872) Livre VI, chap 6, Vrin, 1973, p 535

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Pascal+Lutz 29/04/2009 15:33

Oui, ce livre oublié de nos jours est une boussole depuis mon adolescence...il y a 35 ans. Mais même à l'époque, qlq temps avant le surgissement des "Nouveaux Philosophes", il n'était guère lu. Un autre livre de Koestler a toujours son intérêt de nos jours, dans le contexte israélo-palestinien, c'est "La Tour d'Ezra".

Pascal+Lutz 28/04/2009 19:19

Bon, je n'ai pas été très clair. Disons que la croyance en des lendemains qui chantent, se révélant toujours déçue, ne cause que frustration. Et effectivement, elle mène au principe dévastateur de la fin qui justifie les moyens. Je rappelle au passage la formule inverse d'Arthur Koestler : "Seule la pureté des moyens peut justifier les fins" (in: Le zéro et l'infini).A l'inverse, si on abandonne la vision messianique, on peut approcher les notions d'impermanence et d'interdépendance, qui permettent beaucoup mieux d'affronter les moments de crise, de déclin en paniquant moins (ou les moments d'ascension sans trop s'emballer). Etant marin, l'image qui me parle le plus est celle de la marée: Les forces cosmiques qui ont la puissance de déplacer des océans nous donnent l'image d'une onde, d'une sinusoïde avec ses hauts et ses bas. Pourquoi notre monde d'humbles crevettes humaines n'obéirait-il pas à des fonctionnement similaires?Je précise que je prétends pas du tout faire de la philosophie, mes héros étant des gens comme Gary Snyder et Kenneth White, maîtres en vagabondages poétiques et méditatifs.

laurence hansen-love 28/04/2009 22:14


merci pour la citation du Zéro et l'infini ...


Pascal Lutz 27/04/2009 23:25

Ravi de trouver ce rapprochement. Je suivais la même ligne en pensant au concept obsessionnel de la croissance infinie, bien partagée à droite comme à gauche. L'idée de progrès prenant le relais au 19ème siècle du christianisme commençant à faiblir était un messianisme de substitution. Maintenant nous avons la croissance. Dans tous les cas, un axe du temps orienté mentalement dans le sens occidental de lecture comme une flèche. On peut sortir de ce schéma en quittant notre monde chrétien pour changer de métaphore. Les hindous et les bouddhistes pensent en termes de roue, de rotation; les taoistes en termes de fluides, d'équilibres d'énergies et en cycles de création/destruction; quant aux chamanes, il faudrait leur demander. Puisque, même si notre laïcité peut le regretter, les vieilles formes religieuses continuent de modeler nos raisonnements, il est sacrément temps de sortir de notre nombrilisme occidental.

laurence hansen-love 28/04/2009 17:17


bon, je ne suis pas sûre de bien comprendre..