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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 16:23

La métamorphose

Kafka, en recourant au fantastique interroge  la contradiction entre l'unité formelle de la personne et la diversité de ses états ou de ses aspects.

"Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine. Il était couché sur le dos. dis comme une cuirasse, et, en levant un peu la tête, il s'aperçut qu'il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures arquées.  La couverture, à peine retenue par le sommet de cet édifice, était près de tomber complètement, et les pattes de Grégoire, pitoyablement minces pour son gros corps, papillotaient devant ses yeux.
Que m'est-il arrivé? » pensa-t-il. Ce n'était pourtant pas un rêve : sa chambre,  une vraie chambre d'homme, quoique un peu petite à vrai dire, se tenait bien sage  entre ses quatre murs habituels. Au-dessus de la table où s'étalait sa collection d'échantillons de tissus - Grégoire était voyageur de commerce - on pouvait toujours voir la gravure qu'il avait découpée récemment dans un magazine et entourée d'un joli cadre doré. Cette image représentait une dame assise bien droit, avec une toque et un tour de cou en fourrure : elle offrait aux regards des amateurs un  lourd manchon dans lequel son bras s'engouffrait jusqu'au coude.
Grégoire regarda par la fenêtre: on entendait des gouttes de pluie sur le zinc ; ce temps brouillé le rendit tout mélancolique : « Si je me rendormais encore un peu pour oublier toutes ces bêtises », pensa-t-il, mais c'était absolument impossible : il  avait l'habitude de dormir sur le côté droit et ne pouvait parvenir dans sa situation
 présente à adopter la position voulue. .Il avait beau essayer de se jeter violemment sur le flanc, il revenait toujours sur le dos avec un petit mouvement de balançoire Il essaya bien cent fois, en fermant les yeux pour ne pas voir les vibrations de ses jambes, et n'abandonna la partie qu'en ressentant au côté une sorte de douleur sourde qu'il n'avait jamais éprouvée.
 « Quel métier, pensa-t-il, quel métier suis-je allé choisir! Tous les jours en voyage' Des ennuis pires que dans le commerce de mes parents! et par-dessus le marché cette plaie des voyages : les changements de trains, les correspondances qu'on rate les mauvais repas qu'il faut prendre n'importe quand! à chaque instant des têtes nouvelles, des gens qu'on ne reverra jamais, avec lesquels il n'y a pas moyen d'être  camarade ! Que le diable emporte la boîte ! » .Il  sentit une petite démangeaison en haut du ventre, s'approcha un peu plus du bois de lit - en se traînant lentement sur le dos - pour pouvoir mieux lever la tête, et aperçut à l'endroit qui le démangeai' toute une série de petits points blancs auxquels il ne comprit rien : il essaya de tâta l'endroit avec une de ses pattes, mais il dut la retirer bien vite, car ce contact  lui  donnait des frissons glacés.
F. Kafka, la Métamorphose, traduction d'A. Vialatte, Éd. Gallimard, 1955, pp. 5-7

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Sub-D 23/06/2008 17:02

la métamorphose semble en outre agir comme un révélateur de l'identité réelle des personnages,au delà des apparences : Gregor est plein d'humanité malgré son aspect d'insecte, tandis que ses proches, sous des dehors d'humanoïdes,se révèlent être les véritables animaux,vénaux et immoraux.

laurence hansen-love 25/06/2008 11:39


oui, bien sûr, merci!


Florence SIS 15/06/2008 23:03

C'est exactement le sens de mon précédent commentaire :Vous lire sera pour l'instant largement suffisant.J'ai été tout de même surprise que vous n'ayez pas répondu à la question oeuf ou poule car un foetus paraît souvent être assimilable à un animal et puis, je trouve que l'oeuf et la poule représentent souvent l'âme d'un pays en "voie de développement", l'oeuf précédent alors généralement la poule. Bonne semaine.

Florence SIS 15/06/2008 09:04

Je lis avec beaucoup d'intérêt vos articles. Je vous l'avoue, je ne sais pas trop par où commenter.

laurence hansen-love 15/06/2008 21:13


merci en tout cas de me lire (en fait, ce sont souvent des textes que je cite)