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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 15:25

( Avertissement: ceci n'est pas un corrigé mais une proposition très personnelle et sans prétention à la validité objective)


Affirmer les identités, est-ce nécessairement affirmer les différences ?

 

 Problématique :


L’identique c’est le même. L’identité s’oppose par définition à la différence. Un être ou une nation comporte une «  identité »  (une essence, une nature) qui lui assure une permanence, une relative constance. Compte tenu de cette identité, elle est évidemment « différente » (non semblable, non identique) de ses homologues (autres personnes, autres nations etc..).

 Donc affirmer son identité, ce n’est pas  d’abord affirmer une différence. Il faut toutefois se demander quel lien l’identité entretient avec la différence. La notion de différence est-elle inhérente à l’identité, ou bien s’en déduit-elle ? On notera que le pluriel (« les »  identités) introduit une nuance capitale.

 

 I L’identité ou l’essence

 L’identité s’oppose par définition à la « différence », qui est relative, qui procède d’un lien (à  l’altérité).

1)      L’individu est identique à lui-même au sens d’une « substance » : ce qui subsiste sous le changement

2)      Une  nation tend à être  identique (au sens de "semblable") à elle-même dans le temps, notamment grâce à sa mémoire

3)      Une entité culturelle (par exemple l’Europe) comporte une identité (une « essence ») c’est-à-dire une unité géographique, morale etc.. qui constitue sa définition et sa particularité

Conclusion 
Affirmer une identité, c’est affirmer une « mêmeté »,  avant d’affirmer une différence.

 

 II Affirmer des identités, c’est revendiquer  des différences

 On pense évidemment ici aux revendications régionalistes  et culturalistes (cf Charles Taylor Multiculturalisme. Différence et démocratie)

1) Les identités se constituent dans la confrontation, comme le montre Hegel (dialectique maître/ esclave)

2) L’affirmation des différences permet d’élaborer ou affermir des identités indécises ou menacées (cf Le deuxième sexe de Beauvoir et les lutttes féministes, les fiertés gay etc..). Voir la question de la différence des sexes  en psychanalyse  Cf  aussi Amartya Sen Identité et violence) Les "identités troublées" se sauvent  en affirmant les différences

 Identités troublées
Conclusion

 L’affirmation des différences est,  pratiquement, un moyen de constituer ou de reconstruire des identités fragilisées.

III Cependant, la différence dérive de l’identité qu’elle ne peut donc fonder

 Logiquement c’est quand même l’identité qui permet d’affirmer les différences - même si nos « différences » sont  aussi des ingrédients de notre identité.

Car rien n’est simple :

    1)      La personne n’est pas une chose voir : Mounier et Julia Kristeva, Etrangers à nous-mêmes, les différences font partie de nous.

     2)      L’identité est "dialogique"  (Texte de Gutmann Introduction à Taylor)  .   Penser c'est dialoguer,  donc intégrer des différences  
3) Une entité culturelle affirmera d’autant mieux sa ou ses "différences" qu’elle assumera mieux   son essence, comme on peut l’établir en prenant l’exemple de l’identité européenne et des différences qu’elle affirme par  référence à son unité essentielle.
 

Conclusion

Affirmer « les » différences,   ne coïncide pas exactement avec affirmer une ou « les » identité.  Le singulier précède le pluriel. Sans identité, logiquement, pas de différences !

 

CONCLUSION

 

 Oui bien sûr, affirmer « les » identités, c’est affirmer des différences. Mais on n’affirmera rien du tout si on n’a pas pris conscience à un  moment donné de son unité. C’est le moment du « je » selon Kant. Pour une nation, ou une entité culturelle, ou un groupe, la différence ne peut pas constituer l’identité.

 L’identité implique et permet  l’intégration des « différences » qui n’ont ni existence ni valeur en soi.

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

romain 10/07/2008 21:09

oui enfin 18 en philo mais je suis en S et j'avais pris le sujet sur l'art... pr grenoble et mon plan vous en pensez quoi ? 2parties est-ce trop juste ?

laurence hansen-love 11/07/2008 23:10


Ce n'est absolument pas déterminant!
 C'est difficile à dire  d'après un simple résumé. Cela dépend aussi de votre argumentation du style etc... Il n'y a pas lieu de désespérer!


Romain 09/07/2008 17:05

J'ai oublié de vous remercier pour votre blog alors que c'était ce que je voulais faire en premier... Merci beaucoup pour votre aide (j'avoue m'etre beaucoup servi de vote blog durant cette année ce qui m'a s'en doute aidé à obtenir un 18 le jour du bac) MERCI BEAUCOUP

laurence hansen-love 09/07/2008 18:24


Vous aussi! Mais alors tous les visiteurs de ce blog ont eu 18 au bac?


Romain 09/07/2008 17:01

J'ai également participé au concours de l'IEP de Grenoble et pour la dissertation sur l'ouvrage j'ai suivi un plan en 2 parties. Ma premiere partie traitait du sauveur des français, un être capable de les réunir (Vercingetorix...Revolution Française)et de la passivité de ceux ci et si on pouvait attendre d' une femme qu'elle puisse etre la "sauveuse" de la France (Jeanne d'Arc dont M.Winock parle dans son livre) Ma deuxieme partie traitait des dangers de l'attente d'un sauveur, d'un homme de la providence (craintes vis à vis d'un retour au pouvoir de de Gaulle, regime de Vichy, Napoleon ) et du fait qu'en politique il y ait une distinction des genres , preference du masculin sur le feminin ? (Segolene Royale) Pour ma conclusion je me suis permis une petite remarque qui j'espere ne va pas trop déranger le correcteur traitant du fait que la France ne soit pas encore prete à se laisser guider par une femme meme si on est loin de la mettre au bûcher comme Jeanne d'Arc."Quoique..."

laurence hansen-love 09/07/2008 18:23


Oui, Romain, je préfère quand même les plans en trois parties, mais enfin...


Florent 08/07/2008 22:56

Bien sur, je viendrais vous mettre un petit commentaire. J'espère aussi être pris grâce à l'admission sur Titre (J'ai eu mention Très Bien au Bac) même si je sais que les demandes sont très nombreuses.

laurence hansen-love 09/07/2008 12:39


Oui, merci , je vais partir quelques jours, mais je reviens le 21 juillet.


melville 08/07/2008 21:49

Je me permets d'ajouter une petite remarque.J'ai également passé le concours de l'IEP de Grenoble et le sujet de dissertation était le suivant :"quand tout va mal, les Français appellent un sauveur, un homme providentiel, qui est parfois une femme" (citation de Michel Winock).Qu'en pensez-vous? Quelles pistes de réflexion auraient-on pu exploiter?En parcourant votre blog, j'ai trouvé un sujet similaire qui parlait de l'homme providentiel en politique mais il y a qd me^me une différence.Merci d'avance madame Hansen Love!Cordialement

laurence hansen-love 09/07/2008 12:38


Oui j'ai parlé de ça  il y  aquelques jourssur  mon blogspot : "Avons - nous besoin de héros aujourd'hui?" , notamment à propos d'Ingrid B. et ll'an dernier à propos de Guy
Môquet.
 Sinon le livre de référence sur le sujet est "Mythes et mythologie spolitiques" de R. Girardet qui dit que le mythe du sauveur est l'un des 4 grands mythes des régimes contemporains ,
lorsqu'ils sont tentés par le totalitarisme.
 J'adore ce sujet.
 Je pense que l'on ne peut pas se passer de héros, alors même que la démocratie est une régime qui voudrait se fonder sur la raison (cf Alain) et rompre donc avec les mythes.
 C'est une grande contradiction..