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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 16:38

Vous vous demandez peut-être à quoi ressemblent tous ces devoirs qui ont obtenu 19 ou 20?
Voici une copie que j'ai lue et notée (19) :


Bonne copie bac 2008 texte Sartre

Expliquez le texte suivant

« Puisque la liberté exige que la réussite ne découle pas de la décision comme une conséquence, il faut que la réalisation puisse à chaque instant ne pas être, pour des raisons indépendantes du projet même et de sa précision; ces raisons forment l'extériorité par rapport à tout projet et la liberté est la perpétuelle invention des moyens de tourner ces difficultés extérieures, mais il est bien entendu que la réussite doit être seulement possible, c'est-à-dire qu'il n'y a action que si les difficultés extérieures peuvent toujours être si élevées ou si neuves que l'invention humaine ne puisse pas les surmonter. Ainsi est-il toujours entendu à la fois que l'entreprise humaine a réussi à cause de la libre décision et de la libre inventivité qui a surmonté les obstacles et à la fois qu'elle a réussi parce que ce sont ces obstacles-là et non d'autres plus grands qui lui ont été imposés. Toute entreprise humaine réussit par hasard et en même temps réussit par l'initiative humaine. Si le tireur n'avait pas eu le soleil dans l'oeil il m'atteignait, je manquais ma mission de reconnaissance. Il s'en est donc fallu d'un rayon de soleil, de la vitesse d'un nuage, etc. Mais, en même temps, mes précautions étaient prises pour éliminer tous les dangers prévisibles. En un mot les possibles se réalisent dans la probabilité. La liberté se meut dans la sphère du probable, entre la totale ignorance et la certitude ; et le probable vient au monde par l'homme ».

SARTRE, Cahiers pour une morale

 

 

 On définit généralement la liberté comme l’état dans lequel un sujet peut agir sans contrainte ni obstacle. En effet, lorsque notre décision bute sur un obstacle qui l’entrave et l’empêche de se réaliser, nous nous demandons si nous sommes réellement libres d’agir selon notre volonté et nous remettons en cause notre liberté. Cette situation pose le problème philosophique de la liberté humaine auquel s’est intéressé Jean-Paul  Sartre dans Cahiers pour une morale . Ainsi pouvons-nous nous demander à travers l’étude d’un extrait de cet ouvrage comment se définit la liberté humaine. Sartre explique que c’est au contraire, en tant que la décision vient sans cesse s’éprouver au contact des obstacles que se forge cette liberté. Dans une première partie qui s’étend de la ligne une à la ligne 7 (« ne puisse les surmonter »), il montre que pour qu’il y ait liberté, il faut que la réalisation des décisions du sujet soit toujours possible et non pas nécessaire. Dans une deuxième partie, de la ligne 7 à la ligne 13 ( « de la vitesse d’un nuage etc.. »)  il en déduit que si la décision

 aboutit alors à la réussite, c’est à la fois du fait du hasard et de l’initiative humaine. Enfin, de la ligne 13 à la ligne 16, il conclut que le hasard  n’anéantit pas la liberté humaine qui se définit indépendamment de ce potentiel de contingence radicale.

 

Dans un premier temps, Sartre distingue la liberté de la toute-puissance que conférerait la réussite inconditionnée de toutes nos décisions.
Il part du constat selon lequel « la liberté exige que la réussite ne découle pas de la décision comme une conséquence ». Il réfute la nécessité de la réussite pour postuler sa contingence. En effet, si le sujet vit dans la certitude que tout ce qu’il décide adviendra, il vit non pas comme un être libre mais comme une machine, sa volonté est automatique, implacable. Or, comment penser la liberté sans penser son contraire ? De la même manière que l’on ne peut parler  du vrai sans connaître le faux ou du grand sans connaître le petit, il nous faut pour évoquer la liberté avoir conscience des obstacles qui s’y opposent. Les termes se définissent les uns par rapport aux autres, par leur contraire, dans un processus dialectique. Ces contraintes qui se placent entre le sujet et la réalisation de ses projets ne sont pas de simples lacunes du projet, car alors elles ne seraient plus des obstacles, mais des bévues. Elles sont « extérieures » au sujet et à son projet. Sartre choisit ce terme d’ « extériorité » pour désigner cet ensemble d’événements qui ne dépendent pas du sujet, qu’il ne peut pas contrôler. Cette sphère d’extériorité caractérise l’action du sujet et s’oppose implicitement au périmètre d’intériorité de sa pensée où il est radicalement libre de penser ce qu’il veut en se soustrayant à tous motifs extérieurs. La liberté à laquelle Sartre s’intéresse ici est donc la liberté de l’action.

 Elle se définit alors comme « la perpétuelle invention des moyens de tourner ces difficultés extérieures »(l. 4) . En effet, loin d’anéantir cette liberté du sujet en l’empêchant d’agir, ces obstacles en sont  au contraire la preuve éclatante car ils le poussent à réagir , à ne pas se laisser assujettir.

Cependant, malgré ces moyens mis au point par l’ingéniosité du sujet, la réussite doit toujours demeurer seulement possible. Autrement, on retombe dans un schéma de toute puissance du sujet, de la même manière que si aucun obstacle n’entravait sa volonté. Ainsi les difficultés extérieures doivent-elles être

 Si élevées qu’aucun moyen ne puisse les surmonter , et , si neuves que le sujet ne puisse pas, malgré tout, trouver un moyen par habitude.

 Dans tous les cas, la réussite reste donc seulement possible, toujours prête à se transformer en échec, obligeant le sujet à faire preuve de sa liberté à la fois dans l’élaboration de moyens pour contourner les obstacles et dans le fait qu’il ne pourra jamais atteindre la toute puissance.

 

 Dans un deuxième temps, Sartre nous amène à remettre en cause notre foi dans la liberté humaine en nous montrant comment le hasard intervient dans l’action. Nos décisions peuvent conduire à la réussite comme à l’échec, mais pour celles qui conduisent à la réussite, elles sont intimement liées au hasard.

En effet, si ce que je souhaite advient, c’est à la fois parce que j’ai trouvé les moyens de surmonter les obstacles qui s’opposaient à moi, et parce que ces obstacles n’étaient ni trop élevés, ni trop neufs. Puisque la réussite doit toujours être possible, j’aurais pu me trouver  confronté à des difficultés extérieures difficiles à franchir. Même une fois que de la décision a découlé la réussite, je reste conscient de sa contingence. , je sais qu’elle aurait pu ne pas se produire. Ainsi, Sartre donne-t-il l’exemple d’un envoyé en reconnaissance qui réussit sa mission uniquement parce que le tireur qui le vise, aveuglé par le soleil, rate sa cible. Qu’il n’y ait pas eu de soleil ou qu’un nuage soit venu en dissimuler les rayons et la mission était un échec. Dans ce cas, il semble que le hasard soit seul responsable de la réussite.

 

Comment, alors, postuler la liberté du sujet. Si malgré ma volonté et mes actes l’événement le plus insignifiant est susceptible de venir s’opposer à moi suis-je encore libre ?

  Dans un dernier temps, Sartre oppose le hasard au prévisible pour définir la liberté dans son rapport à la probabilité.

Si le hasard au prévisible pour définir la liberté dans son rapport à la probabilité. Si le hasard peut entraver la réussite d’une décision, il n’anéantit pas pour autant la liberté humaine à condition que le sujet ait pris toutes ces précautions » pour éliminer tous les dangers prévisibles (l. 13-14). Le sujet ne saurait être  tenu pour responsable de ne pouvoir surmonter les obstacles non pas imprévus mais imprévisibles, c’est-à-dire impossibles à prévoir. Il peut être considéré comme pleinement libre s’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour garantir les conditions  de sa liberté c’est-à-dire s’il est entré dans une logique de prévision, d’anticipation. La liberté suppose que le sujet anticipe les obstacles prévisibles inhérents à son avenir pour être à même de mieux s’y adapter. On pourrait même aller plus loin et affirmer qu’il faudrait qu’il anticipe même la part d’imprévisible inhérente à son avenir en tant que source d’obstacles potentiels.
Alors Sartre conclut : « les possibles se réalisent dans la probabilité (l. 14) . Il convient donc de distinguer le possible du probable. Prenons un exemple : si je demande « est-il possible d’aller à Rome en vélo ?», je m’interroge sur la faisabilité d’un tel voyage. Au contraire si je dis : « il est probable que j’aille à Rome à vélo », je laisse entendre que j’irai peut-être en vélo, mais peut-être pas. Je parle ici de la réalisation de ce projet. Le possible apparaît donc comme une condition nécessaire mais non suffisante du probable. En effet, il faut également tenir compte de l’extériorité. Si les possibles se réalisaient dans la certitude, ils ne seraient plus possibles,  mais nécessités. Au contraire, s’ils se réalisaient dans l’ignorance, ils ne seraient plus possibles, mais impossibles ; Ainsi les possibles se réalisent-ils effectivement dans la probabilité.

 Puisque les possibles se réalisent donc dans la probabilité et que le possible est la condition de la liberté, on aboutit à la conclusion que « la liberté se meut dans la sphère du probable » (l. 15) . En effet, la probabilité est constituée du possible qui tend vers la réussite et de  l’extériorité qui tend vers l’échec. Elle respecte donc ainsi le postulat de départ énoncé par Sartre, à savoir que la réussite de la décision ne soit que possible et non pas certaine. Le probable vient donc au monde par l’homme puisqu’il  constitue la sphère de la liberté humaine.

 

 

 

La liberté humaine ne s’entend donc pas comme l’état dans lequel un sujet peut agir sans contrainte ni obstacle mais bien plus comme la capacité qu’a un sujet de choisir les fins de son action et les moyens d’y parvenir. C’est à travers l’anticipation des obstacles qu’il rencontre et au contact de ces obstacles qu’il fait non seulement preuve de sa liberté mais encore qu’il acquiert une conscience claire.

 


 (PS, si l'auteur de cette copie se reconnaît, j'aimerais pouvoir lui attribuer))

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie terminales
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commentaires

Sébastien Hoët 06/04/2015 18:03

Cette copie n'est pas mal écrite du tout, mais ne définit rigoureusement à peu près aucun des termes employés par Sartre (hasard, contingence, possibilité, probabilité, etc.) si ce n'est en fin de copie et très brièvement, sans les faire jouer dans l'explication, et, en définitive me paraît proposer une élégante paraphrase davantage qu'un authentique débat avec le texte. La conclusion est d'ailleurs de peu de portée. Etant correcteur du bac, j'ai déjà croisé des copies d'un niveau bien plus élevé, et, comme enseignant, demande plus de rigueur à mes élèves. Notamment plus d'attention au "signifiant". Je corrige d'ailleurs en ce moment des copies de commentaire de ce texte et m'étonne que cette copie soit classée parmi les "excellentes"...

laurence hansen-love 12/04/2015 13:54

oui ce sont nos éternels débats sur les bonnes ou très bonnes copies...

Thomas Bouvet 29/03/2009 16:09

Bonjour,Quelque chose m'intrigue dans cette copie : il ne me semble pas voir de partie "critique" tel qu'il est expliqué dans la méthode du commentaire de texte du web pédagogique, cette partie n'est donc pas obligatoire pour avoir une bonne note ?

laurence hansen-love 29/03/2009 17:36


Une chose est une méthode, une autre la qualité d'une copie.
 "Ma" méthode , ce sont des recommandations. Une aide..
 Maintenant on ne peut pas exclure une excellente copie qui n'applique pas cette méthode.
 Quant l'explication est extrêmement riche et éclairante, on ne va pas la pénaliser pour une raison x....
 Je me souviens toutefois que cette copie a obtenu je crois 18 ou 19 pour cette raison, et non pas 20.


Grimlak 05/03/2009 21:09

D'accord ce sera fait dès demain, je vous remerci beaucoup ! merci d'être si disponnible !

Grimlak 05/03/2009 08:48

Très belle copie, comme quoi avoir 19 en philo n'est pas exclu, il suffit de s'investir et se donner les moyens de ses ambitions . Mme Hansen love, je lis vos différents blogs depuis longtemps, sans jamais poster de commentaire c'est vrai, mais je vous remercie pour l'éclairage que vous portez aux textes etc qui me sont très utiles. J'étudie au cned en terminale ES et vos blogs me permettent d'avoir un appui supplémentaire !  A ce sujet, je stagne en philosophie depuis le début de l'année, mes note s'échellonant de 8 à 9... Pourtant je m'investis, aime beaucoup la philo. Le soucis est que mon correcteur, à part parfois mettre en doute l'honneteté de mon travail, me livre une correction succinte que je ne saisis pas toujours. De ce fait, souhaitant avoir un avis critique supplémentaire pour m'améliorer, je voulais savoir si vous pouviez jeter un oeil sur ma copie. Bien sur je comprendrai aisèment si vous ne pouvez pas compte tenu de vos nombreuses activités ; cependant je pense que cela m'aiderai beaucoup. Merci d'avance :)

laurence hansen-love 05/03/2009 20:37


Vous pouvez m'envoyer votre copie par la poste au 8 rue Poliveau 75005 avec une enveloppe pour la réponse, OK?


Jb 23/01/2009 20:25

D'accord ! Je suppose qu'elle venait d'un bon lycée ?

laurence hansen-love 23/01/2009 21:18


oui un lycée privé très chic, je ne suis plus très sûre (Sainte Croix de Neuily je crois)