Le désir de reconnaissance s'exprime sous la forme d'une lutte, chacun voulant imposer à l'autre de céder devant son propre désir. Dans cette lutte, les adversaires
témoignent d'un appétit de liberté qui peut aller jusqu' au risque de la mort :
" D'abord la conscience de soi est être-pour-soi simple égal à soi-même excluant de soi tout ce qui est autre (...) Mais l'autre est aussi une conscience de soi. Un
individu surgit face à face avec un autre individu. Surgissant ainsi immédiatement, ils sont l'un pour l'autre à la manière des objets quelconques ; ils sont des figures indépendantes et parce
que l'objet étant s'est ici déterminé comme vie, ils sont des consciences enfoncées dans l'être de la vie, des consciences qui n'ont pas encore accompli l'une pour l'autre le mouvement de
l'abstraction absolue, mouvement qui consiste à extirper hors de soi tout être immédiat, et à être seulement le pur être négatif de la conscience égale-à-soi-même. En d'autres termes ces
consciences ne se sont pas encore présentées réciproquement chacune comme pur être-pour-soi, c'est-à-dire comme conscience de soi. Chacune est bien certaine de soi-même, mais non de l'autre ; et
ainsi sa propre certitude de soi n'a encore aucune vérité ; car sa vérité consisterait seulement en ce que son propre être-pour-soi se serait présenté à elle comme objet indépendant, ou ce qui
est la même chose, en ce que l'objet se serait présenté comme cette pure certitude de soi-même. Mais selon le concept de la reconnaissance, cela n'est possible que si l'autre objet accomplit en
soi-même pour le premier, comme le premier pour l'autre, cette pure abstraction de l'être-pour-soi, chacun l'accomplissant par sa propre opération et à nouveau par l'opération de l'autre.
Se présenter soi-même comme pure abstraction de la conscience de soi consiste à se montrer comme pure négation de sa manière d'être objective, ou consiste à montrer qu'on
n'est attaché à aucun être- là déterminé, pas plus qu'à la singularité universelle de l'être-là en général, à montrer qu'on n'est pas attaché à la vie. Cette présentation est la double opération
: opération de l'autre et opération par soi-même. En tant qu'elle est opération de l'autre, chacun tend à la mort de l'autre. Mais en cela est aussi présente la seconde opération, l'opération sur
soi et par soi ; car la première opération implique le risque de sa propre vie. Le comportement des deux consciences de soi est donc déterminé de telle sorte qu'elles se prouvent elles-mêmes et
l'une à l'autre au moyen de la lutte pour la vie et la mort".
G.W.F. Hegel,La phénoménologie de l'esprit (1807), trad J. Hyppolite,éd. Aubier Montaigne, 1941, T.I, pp.158-159
À travers une telle lutte, c'est elle-même que la conscience cherche à affirmer. Ainsi selon Hegel, dont Jean Hyppolite nous propose ici un commentaire, le terme (au sens
d'objectif) véritable du désir n'est pas un objet du monde extérieur, tel fruit, telle femme, mais le désir lui même. Ainsi ce n'est que lorsqu'il porte sur un autre désir que le désir
accède à sa propre vérité, c'est-à-dire devient conscience de soi.
"L'objet individuel du désir, ce fruit que je vais cueillir, n'est pas un objet posé dans son indépendance, on peut aussi bien dire qu'en tant qu'objet du désir, il est
et il n'est pas ; il est mais bientôt il ne sera plus : sa vérité est d'être consommé, nié, pour que la conscience de soi à travers cette négation de l'autre se rassemble avec elle-même. De là le
caractère ambigu de l'objet du désir, ou mieux encore la dualité de ce terme visé par le désir. " Désormais la conscience, comme conscience de soi a un double objet, l'un immédiat, l'objet de la
certitude sensible et de la perception, mais qui pour elle, est marqué du caractère du négatif (c'est-à-dire que cet objet n'est que phénomène, son essence étant sa disparition) et le second
elle-même précisément, objet qui est l'essence vraie, et qui, initialement, est présent seulement dns son opposition au premier objet. " Le terme du désir n'est donc pas, comme on pourrait le
croire superficiellement, l'objet sensible -il n'est qu'un moyen- mais l'unité du Moi avec lui-même. La conscience de soi est désir ; mais ce qu'elle désire, sans le savoir encore explicitement,
c'est elle-même, c'est son propre désir et c'est pourquoi elle ne pourra s'atteindre elle-même qu'en trouvant un autre désir, une autre conscience de soi".
J. Hyppolite Genèse et structure de la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, 1946 Éd. Aubier, p. 154.
| Décembre 2008 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
?????
J'ai lu egalement que pour hegel l'oeuvre d'art est la representation sensible du vrai.Puis je dire que comme le vrai est universelle un individu face a une oeuvre d'art s'y reconnait en y reconnaissant la verite?Que le plaisir ressenti est un plaisir lie a la comprehension(comme dans l'allegorie de la caverne)mais une comprehension ici moins intelectuelle et plus sensible pluisqu'elle est vehicule par le vrai sous son apparence sensible?en se reconnaissant dans une creation d'un autre reconnait il alors egalement l'autre?l'oeuvre d'art peut elle etre percue une sorte de reconciliation entre moi et l'autre dans la verite qui me permet alors d'atteindre la liberte?(...)
et merci encore pour vos reponses!
Mais oubliez l'allégorie de la caverne qui n'est pas appropriée pour parler de l'art, car chez Platon le peintre nous éloigne du réel ( le réel= les idées)
Lisez plutôt Proust et Bergson, très utiles pour comprendre Hegel
Proust ici http://lewebpedagogique.com/philosophie-bac/texte-de-proust-lart-demultiplie-le-reel/
le monde de l'art est celui de l'intersubjectivité. L'artiste nous en révèle la profondeur, la subtilité et la VERITE!