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20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 21:09

   
     
 Le désir de reconnaissance s'exprime sous la forme d'une lutte, chacun voulant imposer à l'autre de céder devant son propre désir.  Dans cette lutte, les adversaires témoignent d'un appétit de liberté qui peut aller jusqu' au risque  de la mort :
   
     
     
    " D'abord la conscience de soi est être-pour-soi simple égal à soi-même excluant de soi tout ce qui est autre (...) Mais l'autre est aussi une conscience de soi. Un individu surgit face à face avec un autre individu. Surgissant ainsi immédiatement, ils sont l'un pour l'autre à la manière des objets quelconques ; ils sont des figures indépendantes et parce que l'objet étant s'est ici déterminé comme vie, ils sont des consciences enfoncées dans l'être de la vie, des consciences qui n'ont pas encore accompli l'une pour l'autre le mouvement de l'abstraction absolue, mouvement qui consiste à extirper hors de soi tout être immédiat, et à être seulement le pur être négatif de la conscience égale-à-soi-même. En d'autres termes ces consciences ne se sont pas encore présentées réciproquement chacune comme pur être-pour-soi, c'est-à-dire comme conscience de soi. Chacune est bien certaine de soi-même, mais non de l'autre ; et ainsi sa propre certitude de soi n'a encore aucune vérité ; car sa vérité consisterait seulement en ce que son propre être-pour-soi se serait présenté à elle comme objet indépendant, ou ce qui est la même chose, en ce que l'objet se serait présenté comme cette pure certitude de soi-même. Mais selon le concept de la reconnaissance, cela n'est possible que si l'autre objet accomplit en soi-même pour le premier, comme le premier pour l'autre, cette pure abstraction de l'être-pour-soi, chacun l'accomplissant par sa propre opération et à nouveau par l'opération de l'autre.
     Se présenter soi-même comme pure abstraction de la conscience de soi consiste à se montrer comme pure négation de sa manière d'être objective, ou consiste à montrer qu'on n'est attaché à aucun être- là déterminé, pas plus qu'à la singularité universelle de l'être-là en général, à montrer qu'on n'est pas attaché à la vie. Cette présentation est la double opération : opération de l'autre et opération par soi-même. En tant qu'elle est opération de l'autre, chacun tend à la mort de l'autre. Mais en cela est aussi présente la seconde opération, l'opération sur soi et par soi ; car la première opération implique le risque de sa propre vie. Le comportement des deux consciences de soi est donc déterminé de telle sorte qu'elles se prouvent elles-mêmes et l'une à l'autre au moyen de la lutte pour la vie et la mort".
     G.W.F. Hegel,La phénoménologie de l'esprit (1807), trad J. Hyppolite,éd. Aubier Montaigne, 1941, T.I, pp.158-159
     
  
  
À travers une telle lutte,  c'est elle-même que la conscience cherche à affirmer. Ainsi selon Hegel, dont Jean Hyppolite nous propose ici un commentaire, le terme (au sens d'objectif) véritable du désir n'est pas un objet du monde extérieur, tel fruit, telle femme, mais le désir lui même. Ainsi ce n'est que lorsqu'il porte sur un autre désir que le désir accède à sa propre vérité, c'est-à-dire devient conscience de soi.
    
    
     "L'objet individuel du désir, ce fruit que je vais cueillir, n'est pas un objet posé dans son indépendance, on peut aussi bien dire qu'en tant qu'objet du désir, il est et il n'est pas ; il est mais bientôt il ne sera plus : sa vérité est d'être consommé, nié, pour que la conscience de soi à travers cette négation de l'autre se rassemble avec elle-même. De là le caractère ambigu de l'objet du désir, ou mieux encore la dualité de ce terme visé par le désir. " Désormais la conscience, comme conscience de soi a un double objet, l'un immédiat, l'objet de la certitude sensible et de la perception, mais qui pour elle, est marqué du caractère du négatif (c'est-à-dire que cet objet n'est que phénomène, son essence étant sa disparition) et le second elle-même précisément, objet qui est l'essence vraie, et qui, initialement, est présent seulement dns son opposition au premier objet. " Le terme du désir n'est donc pas, comme on pourrait le croire superficiellement, l'objet sensible -il n'est qu'un moyen- mais l'unité du Moi avec lui-même. La conscience de soi est désir ; mais ce qu'elle désire, sans le savoir encore explicitement, c'est elle-même, c'est son propre désir et c'est pourquoi elle ne pourra s'atteindre elle-même qu'en trouvant un autre désir, une autre conscience de soi".
     J. Hyppolite Genèse et structure de la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, 1946 Éd. Aubier, p. 154.

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Benedicte 30/12/2008 17:48

Bonjour, J'aimerais savoir si "la dialectique du maitre et de l'esclave" peut s'appliquer aux textes de Marivaux, par exemple à celui de la pièce, Le jeu de l'amour et du hasard?Merci

laurence hansen-love 30/12/2008 20:49


Je ne peux pas répondre car je ne sais pas exactement à quoi vous pensez.
 Tout ce que je peux dire, c'est que le maître et l'esclave, c'est autre chose que le maître et le serviteur. Le servituer peut devenir un maître,  comme on le voit parfois chez Marivaux,
ou dans un film fameux "The servant" de Losey.

 La dialectique "maître / esclave " vaut pour d'innombrables situations, sans rappport avec les statuts sociaux. Exemples : un homme et sa femme, ou sa maîtresse. Ou un prof et ses élèves,
comme on le voit si bien dans Entre les murs,où la classe dans son ensmble a tendance à être le maitre et le prof à être l'esclave...


laetitia 02/11/2008 21:32

Pourtant un individu place devant une oeuvre d'art qu'il na pas lui meme cree et donc qui n'exprime pas ses idees mais celle d'un autre ne ressent pas le besoin de la "consommer "et se contente de la contempler.On cree meme des musees pour exposer et conserver les oeuvres d'art...Est ce que le fait que le beau ne s'eprouve que sur le plan de l'oui et de la vue suffit a expliquer cette absence de desir de l'individu pour une oeuvre d'art etant donne que dans le desir l'homme doit reellement agir sur le monde exterieur ce qui est impossible en usant uniquement de la vue et de l'ouie??????J'ai lu egalement que pour hegel l'oeuvre d'art est la representation sensible du vrai.Puis je dire que comme le vrai est universelle un individu face a une oeuvre d'art s'y reconnait en y reconnaissant la verite?Que le plaisir ressenti est un plaisir lie a la comprehension(comme dans l'allegorie de la caverne)mais une comprehension ici moins intelectuelle et plus sensible pluisqu'elle est vehicule par le vrai sous son apparence sensible?en se reconnaissant dans une creation d'un autre reconnait il alors egalement l'autre?l'oeuvre d'art peut elle etre percue une sorte de reconciliation entre moi et l'autre dans la verite qui me permet alors d'atteindre la liberte?(...)et merci encore pour vos reponses!

laurence hansen-love 02/11/2008 22:12


Evidemment  le vrai est universel! Le  beau nous donne accès au vrai qui est universel.
 Mais oubliez l'allégorie de la caverne qui n'est pas appropriée pour parler de l'art, car chez Platon le peintre nous éloigne du réel ( le réel= les idées)

 Lisez plutôt Proust et Bergson, très utiles pour comprendre Hegel

 Proust ici  http://lewebpedagogique.com/philosophie-bac/texte-de-proust-lart-demultiplie-le-reel/

 le monde de l'art est celui de l'intersubjectivité. L'artiste nous en révèle la profondeur, la subtilité et la VERITE!





laetitia 01/11/2008 20:01

merci beaucoup!!!!explique comme ca ca semble beaucoup plus simple!!pourtant lorsque hegel evoque l'oeuvre d'art il indique que celle ci justement n'est pas l'objet d'un desir pour l'homme.Il la contemple mais ne la consomme pas ne la detruit pas.Au contraire des objets de desir il la laisse exister librement sans la soumettre.Est ce uniquement parceque l'oeuvre d'art est inutile et qu'elle ne peut satisfaire un desir?Dans ce cas on se place uniquement du cote de celui qui admire l'oeuvre d'art et non du createur?Est ce qu'on peut considerer que lorsqu'un artiste cree une oeuvre d'art il cherche en fait a faire reconnaitre ses idees en les exprimant dans la matiere?L'oeuvre d'art est alors le resultat de la soumissiona la foi de la matiere et des idees?Et que penser du plaisir que l'on ressent et des emotions que l'on eprouve face a une oeuvre d'art?L'oeuvre d'art permettrait t'elle de liberer la conscience des individus habituellement prisonniere des interet individuels?Une facon de sortir de cette lutte continuel?(...)je suis desole je vais un peu dans tout les sens et je n'arrive pas vraiment a bien expliquer mes idees^^

laurence hansen-love 02/11/2008 19:29


 L'art est une manière de s'exprimer pour un artiste en effet.
 En termes hégeliens, c'est une façon pour la conscience de s'extérioriser et de se reconnaître ainsi dans ce qui est devenu notre oeuvre (pensez à un paysage humanisé par un paysagiste ou
encore au Landart par exemple). L'homme s'approprie la nature par la culture.
 Voyez aussi la théorie de la sublimation de Freud, qui est très semblable.
En créant nous trouvons un exutoire pour nos passions et en même temps nous nous en libérons tout en nous approprions ce que était autre que nous au départ. La violence par exemple , nous
l'apprivoisons grâce à l'art.
 J'ai expliqué cela dernièrement dans un article " Malaise et désolation, quelle est la responsbilité des images" que vous trouverez sur le net si cela vous intéresse.


laetitia 01/11/2008 13:18

bonjour!j'avou que j'ai du mal a comprendre la conception du desir de hegel...j'ai compris qu'il s'agissait en quelque sorte d'une lutte de pouvoir chacun voulant s'affirmer au depend de l'existence de l'autre qui est alors detruit.C'est dans le monde exterieur que l'individu se realise pleinement.Le desir devient alors en quelque sorte affimation de la vie puisque par le biai de ses actions sur des objets exterieurs(objets de desir)il prend conscience de sa propre existence en mm temps que le monde exterieur...mais je ne suis pas sur que ce soit exactement ca...j'ai peur d'avoir mal compris ou d'avoir oublie des elements importants...de plus je n'ais pas du tout compris pourquoi la conscience individuelle ne serait pas libre,comment resoudre ce probleme...ni la place de l'oeuvre d'art qui n'etant pas un objet de desir n'est pas cnsommee...merci beaucoup!!!!

laurence hansen-love 01/11/2008 14:42


le désir est désir de reconnaissance (et non de pouvoir..).
Cette reconnaissance,  la conscience la cherche en l'autre, chez l'autre .
 Cet "autre" peut être une autre conscience, qu'il faut soumettre.
 L'autre cela peut être aussi la matière, que l'homme soumet et domine dans le travail, ou l'artiste dans la création.


nelson 01/10/2008 21:17

je pense avoir trouvé différentes choses sur le maitre: dominateur dans le sens commun, tyran, qui prend le pouvoir illégitimement donc qui n'est pas à proprement parler un maitre car la liberté est inaliénable selon rousseau. Le maitre qui possede a savoir et qui est présenté comme un modele. Le maitre guide cf socrate, qui exerce la maieutique pr elever l esprit du disciple ... Mon prof nous a donné une methode en nous disant que dans l'intro : nous devions recopier la question, la replacer dans un contexte logique, dégager une problematique et l'enjeu de cette problématique et de ne pas annoncer son plan. Ensuite pour chaqune des 3 paraties du développement, nous devons nous poser une question et y répondre. Et c'est justement ce fil conducteur que je n'arrive pas à cerner, j'ai des question mais je ne sais pas si c'est pertiant

laurence hansen-love 09/10/2008 16:24


Vous devez faire un plan. Cad trois thèses . Votre sujet c'est qu'est-ce qu'un maître?
 Il faut répondre!
1) Un maître c'est
2) Un maître c'est
3) Un maître c'est
En veillant bien à ce qu'il y ait une progression
 Par exemple 1) quelqu'un qui a du pouvoir  (ou des esclaves, ou des subordonnés)2) quelqu'un qui a des disciples 3) Quelqu'un qui a de l'autorité (ou qui a la parole)