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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 14:12

Admirez ce texte visionnaire de Tocqueville:


"L'égalité suggère aux hommes plusieurs penchants fort dangereux pour la liberté, et sur lesquels le législateur doit toujours avoir l'oeil ouvert. Je ne rappellerai que les principaux.
Les hommes qui vivent dans les siècles démocratiques ne comprennent pas aisément l'utilité des formes ; ils ressentent un dédain instinctif pour elles. J'en ai dit ailleurs les raisons. Les formes excitent leur mépris et souvent leur haine. Comme ils n'aspirent d'ordinaire qu'à des jouissances faciles et présentes, ils s'élancent impétueusement vers l'objet de chacun de leurs désirs ; les moindres délais les désespèrent. Ce tempérament, qu'ils transportent dans la vie politique, les indispose contre les formes qui les retardent ou les arrêtent chaque jour dans quelques-uns de leurs desseins.
Cet inconvénient que les hommes des démocraties trouvent aux formes est pourtant ce qui rend ces dernières si utiles à la liberté, leur principal mérite étant de servir de barrière entre le fort et le faible, le gouvernant et le gouverné, de retarder l'un et de donner à l'autre le temps de se reconnaître. Les formes sont plus nécessaires à mesure que le souverain est plus actif et plus puissant et que les particuliers deviennent plus indolents et plus débiles. Ainsi les peuples démocratiques ont naturellement plus besoin de formes que les autres peuples, et naturellement ils les respectent moins. Cela mérite une attention très sérieuse.
Il n'y a rien de plus misérable que le dédain superbe de la plupart de nos contemporains pour les questions de formes ; car les plus petites questions de formes ont acquis de nos jours une importance qu'elles n'avaient point eue jusque-là. Plusieurs des plus grands intérêts de l'humanite s'y rattachent"
Alexis  de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome 2, quatrième partie , chapitre 7

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Solène (HK2 2006-2007) 26/09/2008 20:13

Bonsoir,Cela fait longtemps que je n'ai pas commenté mais j'ai néanmoins continué de vous suivre.Les formes nous éloignent de la barbarie, nul n'en est plus convaincu que moi. Toutefois, en lisant cet extrait, je ne peux m'empêcher à la mythique lenteur de l'administration française, sa complexité et aussi parfois son goût du secret (de plus j'aborde ce thème cet année à sciences po en cours de droit administratif). L'home démocratique se plaint de la moindre lenteur, l'homme démocratique français encore plus! La lenteur est-elle vraiment une forme nécessaire pour le bien de la démocratie? ou plutôt on peut se demander si une lenteur excessive ne contribue pas à opposer les agents de la démocratie au peuple souverain qu'ils doivent servir.Je suis la première à saluer les bénéfices d'une lenteur constructive mais je me permets néanmoins de dénoncer une autre forme de lenteur, assez mesquine.

laurence hansen-love 27/09/2008 15:00


Je vous mete en ligne le texte de Hegel sur le sujet;
 Pour la lenteur excessive de l'administration, vous avez raison évidemment... Mais elle n'est pas à imputer aux formes...


benoît 19/09/2008 21:12

Excusez moi, mais c'est quoi les formes?

laurence hansen-love 19/09/2008 21:47


Cassirer a écrit un livre: "Philosophie des formes symboliques".
 Les formes, par opposition à la matière (ou à ce qui relève de la sensation, tout ce qui est donné immédiatement ) , c'est tout ce qui est établi par  l'homme pour construire un
monde humain.
 Les institutions ( cf le Contrat social) , l'art, les formes linguistiques, les cérémonies, la discipline, les figures esthétiques.... La politesse, les régles de la grammaire.
 Les formes c'est tout ce qui constitue un ordre,  ou plus exactement une mise en ordre de notre rapport au monde, qui nous permet de surmonter notre sauvagerie spontanée.

Aujourd'hui on parlerait plutôt de culture, mais la notion de forme est plus précise.