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À mes yeux,
c'est avec l'unicité que commence la possibilité de la beauté : l'être n'est plus un robot parmi les robots, ni une simple figure au milieu d'autres figures. L'unicité transforme chaque être en
présence, laquelle, à l'image d'une fleur ou d'un arbre, n'a de cesse de tendre, dans le temps, vers la plénitude de son éclat, qui est la définition même de la beauté.
En tantt que présence, chaque être est virtuellement habité par la capacité à la beauté, et surtout par le « désir de beauté ». À première vue, l'univers n'est peuplé que d'un ensemble de figures ;
en réalité, il est peuplé d'un ensemble de présences. Je suis près de penser que chaque présence, qui ne peut être réduite à rien d'autre, se révèle une transcendance. Pour ce qui est plus
spécifiquement de la figure humaine, j'aime et fais mienne cette pensée de Henri Maldiney « De chaque visage humain rayonne une transcendance impossessible qui nous enveloppe et nous traverse.
Cette transcendance n'est pas celle d'une expression psychologique particulière, mais celle qu'implique, en chaque visage, sa qualité d'être, sa dimension métaphysique. Elle est la transcendance de
la réalité s'interrogeant en lui et réfléchissant en lui, et dans cette interrogation même la dimension exclamative de l'Ouvert » (Ouvrir le rien).
C'est de cette réalité que naît la possibilité de dire « je » et « tu », que naît celle du langage, et peut-être aussi celle de l'amour.
Mais pour nous en tenir au thème de la beauté, nous constatons qu'à l'intérieur de la présence de chaque être, et de présence à présence, s'établit un complexe réseau d'entrecroisement et de
circulation. Au sein de ce réseau se situe, justement, le désir que ressent chaque être de tendre vers la plénitude de sa présence au monde. Plus l'être est conscient, plus ce désir chez lui se
complexifie ..."
François Cheng
Cinq méditations sur la beauté.
Image: Auto-portrait de Chardin
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