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Mercredi 8 octobre 2008
Voici un extrait du livre de Michael Foessel, La privation du politique, où l'auteur analyse certaines dérives inquiétantes de notre démocratie :

" La normalisation du discours politique par les communicants et les publicitaires a certainement quelque chose de révoltant. Mais l'on est moins frappé par son triomphe que par la suite continue de ses échecs.
L'erreur vient de ce que l'on évalue le pouvoir de la communication à l'aune des seules campagnes électorales où, de fait, la mise en scène de soi est devenue reine. Dans une telle logique, le vainqueur est ipso facto adoubé comme « meilleur communicant »: il n'y a qu'un pas à franchir pour conclure qu'il a gagné parce qu'il a su montrer de lui-même ce que nous désirions voir. Mais lorsque l'atmosphère de campagne est retombée, il se trouve peu d'analystes pour constater que l'hystérie communicationnelle se retourne immanquablement contre le vainqueur. Le cas Sarkozy est pourtant exemplaire : l'opinion n'a pas admis qu'un président continue à se comporter comme un candidat en offrant quotidiennement le spectacle de sa personne et de sa vie. Ce décalage entre ce que nous pouvons supporter d'un individu qui désire le pouvoir et ce que nous refusons à un homme qui le possède n'est pas une mauvaise voie d'entrée dans le problème de la crise de la représentation.
Celle-ci s'exprime souvent dans le sentiment d'avoir été « trahi » par les élites. Politiquement, cette impression est ce qu'il y a de plus dangereux: elle se trouve à l'origine des affects antidémocratiques les plus virulents. Or, c'est un sentiment de ce genre qui menace de s'emparer de nous chaque fois que les hommes politiques se risquent à faire étalage de leur « vie privée ». L'impression d'être « trahi » ne se laisse pas ramener à la déception devant l'impuissance du pouvoir politique, elle s'y ajoute. Elle participe à sa manière du constat désabusé devant les promesses non tenues de la démocratie. Il reste alors à comprendre dans quelle mesure une certaine idée de l'intime est indissociable des promesses démocratiques, au point que son discrédit affecte le rapport que nous entretenons avec la politique. Dans le désamour pour la démocratie, tout ne s'explique pas par la déficience des procédures : c'est pourquoi on fera le pari d'une lecture non institutionnelle de certaines dérives institutionnelles du présent.
Le mot « intime » vient du latin intimus, le superlatif de interior: il désigne donc ce qui est plus intérieur que l'intérieur lui-même. Il revient à saint Augustin d'avoir élevé l'intimité au rang de notion philosophique",
 Michael Foessel, La privation du politique
(introduction)
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