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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 17:43
Michaël Foessel explique ici pourquoi les personnalités politiques doivent aujourd'hui déballer leur vie privée et essayer d'abolir toute distance pour se plier  aux impératifs  de la "société médiatique"  (voir dernièrement le coaching de S. Royal par un agent artistique)


"La « pipolisation de la politique » est le plus souvent interprétée comme un effet de la psychologisation des sociétés contemporaines. D'un homme ou d'une femme politique, nous attendons désormais des «engagements» qui débordent la sphère des propositions institutionnelles, économiques ou sociales. Un programme politique n'a plus guère de chance de convaincre s'il ne prend pas la dimension d'une promesse faite non plus à la nation envisagée comme un tout, mais à chacun d'entre nous pris isolément. La promesse fabrique de la proximité là où la
politique traditionnelle instaurait de la distance entre gouvernants et gouvernés. Surtout, elle nous en dit plus sur celui qui l'énonce que sur ceux à qui elle s'adresse : « promettre» c'est instaurer un rapport à soi exempt de toute équivoque, et dont on espère qu'il suscitera la confiance.
Cette forme d'exhibition de soi ramène la parole politique au régime médiatique commun. Il n'est pas rare de voir aujourd'hui un politicien intervenir dans un talk show, entre un sportif et une actrice de film pornographique. La contrainte qui préside à ce type d'intervention est toujours la même: se présenter sous son « vrai visage », éviter les écueils du langage technocratique et parler de soi avec des accents de vérité qui abrogent toute distance. Bref, il s'agit de se dire pour ne plus avoir à paraître, et de dévoiler sa sincérité pour défaire le lien spontané qui associe politique et dissimulation. La société médiatique serait donc aussi une société intimiste, c'est-à-dire une société gouvernée de l'intérieur où les sentiments, les affects et parfois les coups de sang des individus viennent en lieu et place d'une souveraineté distante, que personne n'est plus disposé à concéder aux gouvernants."
La privation du politique , Seuil, 2008

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