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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 18:34

Des animaux et des hommes

 Et si la distinction humain/non humain était trop sommaire, si un détour par l'histoire nous incitait à poser cette question étrange : les animaux ont-ils quelque chose à nous apprendre sur les droits humains?


"Même avec 99 % de gènes en commun entrel'homme et le chimpanzé, même s'il existe une Déclaration universelle des droits de l'animal, l'être humain est la seule espèce à jouir de droits émanant d'une conscience de sujet raisonnable quand les animaux sont mûs par le seul instinct ou une obéissance issue de leur domestication. La cause semble entendue. Pourtant, un récent essai de la philosophe Élizabeth de Fontenay montre comment la représentation de l'animal est au coeur du rapport de l'homme à l'autre. En décrétant que l'homme est « au centre du monde », la tradition philosophique et juridique occidentale instaure une coupure durable entre l'humain et le non-humain, en reconnaissant au premier le droit omnipotent de décréter qui appartient au genre humain, et qui en est exclu. Des exemples? Les « monstres » (les Romains mettaient à mort les bébés hermaphrodites), les fous, les handicapés mentaux (le programme d'euthanasie T4 des nazis). La domination des hommes sur les animaux constitue la matrice du pouvoir absolu de l'homme sur les autres hommes : la domestication fournit le modèle de l'esclavage, tandis que l'obsession de la sélection, de la mise au point de races débouche sur l'eugénisme et l'élimination des « éléments inférieurs ». Dans ce rapport aux animaux se noue l'inégalité des relations entre peuples : s'il est jugé utile, le peuple soumis est domestiqué, réduit en esclavage; jugé nuisible, il est voué à l'extermination. Cette animalisation de l'humain prend son essor à l'époque moderne, lors des Grandes Découvertes et de la colonisation de peuples considérés comme des « races inférieures » ou des « sous-hommes ». « Tous ces sauvages ont l'air rêveurs quoiqu'ils ne pensent à rien », écrivait Buffon au XIIIè siècle.. Dès lors, la déshumanisation de l'ennemi sera un ressort fondamental des conquêtes coloniales, de la guerre, des massacres de masse. « On commence par exclure les animaux du droit, explique Élizabeth de Fontenay, puis, pour exclure des hommes appartenant à d'autres cultures, on les traite de bêtes. » Pour Hitler, les juifs étaient « des araignées qui sucent lentement le sang du peuple »; pour les génocidaires hutus du Rwanda, les Tutsis étaient des « cafards ». Entre-temps, ce sont les animaux eux-mêmes qui ont été. « bestialisés ». Sacrée régression depuis Aristote, pour qui hommes et animaux partagent une nature commune. Au Moyen Âge, et jusqu'au XVII siècle, des procès d'animaux, suivant toute la procédure de l'arrestation à l'instruction jusqu'au jugement et à l'exécution, en habits d'hommes, rappellent qu'une certaine responsabilité est reconnue aux nombreux porcs coupables de morts d'enfants. 
La chosification des animaux intervient avec l'élevage et l'abattage industriels, dès la fin du XIX ième siècle. La mise à mort industrielle devient un processus purement technique, avec des prolongements dans le monde des humains: c'est en visitant les abattoirs de Chicago qu' Henry Ford précise les processus du travail à la chaîne. Dans son ouvrage, l'historien américain Charles Patterson, en soulignant l'antisémitisme de Ford, son obsession raciale, l'admiration que lui portait Hitler, souligne l'analogie de moyens entre rabattage industriel et la Shoah: transport, sélection, traitement, élimination. Parallèle insupportable pour certains, même si Patterson multiplie les témoignages de témoins et de rescapés du génocide autour de la cause animale. À commencer par l'écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer, qui fut le premier à oser cette provocante comparaison. Dans l'une de ses nouvelles, il écrivait: « Dans leur comportement envers les animaux, tous les hommes sont des nazis. »
En définitive, ce détour par le monde animal interroge notre droit de disposer des animaux comme de choses (les fosses communes ouvertes à des milliers de cadavres de « vaches folles »). Si droits nous avons, estime Élizabeth de Fontenay, ils nous créent « le devoir de veiller sur plus faible que soi ». Et de ne jamais mépriser la souffrance des animaux, pour qu'aucun homme ne répète : « Ils nous traitaient pire que des chiens. ». Marc Girot  Amnesty International Novembre 2008

1)Sans offenser le genre humain, Réflexions sur la cause animale, Élizabeth de Fontenay, Albin Michel, 2008.
2/Un éternel Treblinka, Charles Patterson, Calmann-Lévy, 2008.

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commentaires

Prof Abbé Louis Mpala 08/11/2008 08:35

Bonjour,Il y a longtemps que je me suis ressourcé sur votre site, et ce suite à mes occupations.Votre article Droits animaux intéressera un professeur de notre université car il travail sur les droit s des animaux.Je vais lui passer votre site via le mien.Bon travail scientifique.Votre fr-re,Louis

laurence hansen-love 08/11/2008 15:22


Merci (vous avez bien vu qu'il ne s'agit pas d'un article de moi...) !