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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 21:37

La théorie de la tolérance est d'origine libérale (Locke et J.B. Mill en sont les principaux auteurs) ce qui vous explique pourquoi les adversaires du libéralisme aujourd'hui s'en prennent à la tolérance -c'est le cas de  A.Badiou et de  S. Zizek  (1).
 Monique Canto rappelle ici les grandes lignes de cette approche :
La tolérance, écrit Monique Canto-Sperber, c'est le fait de ne pas intervenir dans les actions des autres qu'on juge mauvaises, qu'on désapprouve. Toutefois, toute tolérance comporte nécessairement des limites.

La question reste toutefois  la suivante: qu'est-ce qui peut justifier qu'on puisse refuser de tolérer certaines choses? :

"La tolérance ne peut être sans limites. Dès que le mal dépasse un certain seuil, ce n'est plus un bien de tolérer le mal. Pour la pensée libérale, la fin de l'Etat est d'agir en vue du bien commun, conformément à un commun décret. Dans cette perspective,on délimitera précisément ce qui est du ressort de l'Etat, et ce qui ne l'est pas Tous les grands écrits de la pensée libérale condamnent unanimement l'intolérance religieuse. En effet, la puissance publique n'a aucun moyen d'atteindre les consciences: la persécution religieuse, de ce fait, est totalement irrationnelle.
Selon Spinoza, tout d'abord, tout homme a un droit naturel de se servir de sa raison, et, par voie de conséquence, d'exprimer et de communiquer ses idées.
Dans un tel cadre, il reste trois raisons de limiter la tolérance:
1) On ne peut tolérer ce qui met en cause la tolérance elle-même.
2) On ne doit pas porter atteinte aux intérêts, aux droits, bref aux libertés d'autres personnes (J.S.Mill, On liberty) .
La calomnie en est un exemple : on ne peut tolérer de tels mensonges. Ce qui pose immédiatement un problème: combien faudra-t-il interdire de publications pour ce motif?
Il y a un coût de l'interdiction; dans cette mesure, il vaut parfois mieux tolérer certains torts , certains abus plutôt que de renforcer l'interdit. On s'efforcera donc d'adopter un prinpipe de pondération , permettant de concilier (1 et (2 .
Où commence le tort fait à autrui? Le problème le plus délicat est celui du blasphème... Faut-il interdire toutes les sources possibles de blasphème?..Mais où commence, dans ce domaine, le tort fait à autrui?
3) Nécessité de préserver les conditions d'un existence sociale commune.
On admettra qu'il n'est pas possible de douter de la validité de certaines valeurs morales. Même si, d'un autre coté, l'Etat ne doit pas légiférer sur ce qui est bien ou mal.
Aujourd'hui, par exemple, on ne peut tolérer les publications justifiant le racisme, incitant au génocide. La question est: pourquoi?
Parce que ces publications "font du tort" à des personnes concrètes. Ce qui est une manière très particulière, et bien précise, de justifier l'interdiction (qui est lésé?).


On revient donc toujours à la question de savoir où commence le "tort fait à autrui"?
On est conduit à se demander si la tolérance est bien un principe (sur quoi on doit se fonder pour déterminer l'action), ou bien si c'est une attitude qui ne permet pas d'énoncer les règles de sa justification.

On retiendra non pas un principe, mais deux:

1) Le principe de neutralité:
L'Etat doit s'abstenir d'imposer une conception du Bien. Dans cette mesure, aucun groupe ne persécutera un autre groupe pour des raisons idéologiques.
Ceci est à mettre en relation avec la question de la vérité. Le problème se pose à propos de l'éducation des enfants: les parents, tout naturellement, vont transmettre leur religion. En revanche, on ne peut pas accepter qu'ils transmettent de fausses mathématiques, ou de fausses "vérités" historiques. En effet, l'enfant pourra apprécier par lui-même, une fois adulte, ce qui est de l'ordre de la morale, ou de la religion. En revanche les fausses "vérités" doivent être réfutées et contredites par l'Etat.
2) Le principe de pluralisme:
Il existe plusieurs façons de poursuivre le bien. L'Etat n'a pas à imposer une conception particulière. Il lui appartient,en outre, d'interdire tout comportement traduisant une telle attitude d'exclusion fondée sur l'intolérance.

Conclusion:

Il existe deux interprétations de la conception libérale de la tolérance:
La première est optimiste; elle se réclame de J.S.Mill. Pour lui,le pluralisme est un bon principe : il est souhaitable de laisser s'exprimer toutes les opinions, même celles qu'on croit fausses. On s'en tiendra donc à l'établissement de garde-fous juridiques (bornes procédurales ).
La seconde est pessimiste; il s'agit de constater l'incompatibilité radicale entre certains modes de vie. En outre, on admettra qu'entre les hommes, les relations ne peuvent être que de conflit et de compétition. Dès lors la tolérance ne peut être que limitée. Cette conception, pessimiste, prend acte de l'hétérogeneité indépassable des composantes de la morale,et de tous les conflits qu'elle induit"
 Monique Canto-Sperber .

Conférence prononcée à l’UNESCO en 2002
 1° Zizek Plaidoyer en faveur de l'intolérance

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Matthieu 08/03/2009 15:45

BonjourJ'ai quelques difficultés à comprendre ce texte et en quoi on peut le rapprocher du libéralisme ?Merci par avance de votre réponse.

laurence hansen-love 08/03/2009 20:48


Qu'est-ce que vous ne comprenez pas? La thèse exxposée ici est libérale. Il s'agit de la thèse libérale suivant laquelle l'Etat doit protéger les droits fondamentaux de chaque individu mais sans
imposer une quelconque idéologie, ni une concetpion du bien ou du bonheur (contrairement aux doctrines socialistes). Avez-vous lu Pierre Manent?


Matthieu 08/03/2009 15:45

BonjourJ'ai quelques difficultés à comprendre ce texte et en quoi on peut le rapprocher du libéralisme ?Merci par avance de votre réponse.

laurence hansen-love 08/03/2009 20:51


ce n'est pas un rapprochement. C'est LA thèse libérale!