Le centenaire de Lévi-Strauss
Claude Lévi-Strauss (né le 28 novembre 1908), l'un des plus grands anthropologues vivants, fête ses 100 ans.
Que pouvons-nous retenir, en quelques mots, de l’ensemble de son oeuvre?
Claude Lévi-Strauss fut tout d'abord cet aventurier qui, à 27 ans, se lance à la conquête de la forêt amazonienne. A pied, à char à boeufs ou en pirogue, il parcourt pendant trois ans des régions inexplorées, puis parvient à se familiariser avec plusieurs tribus indiennes encore autarciques.
A partir de 1948, il rend compte dans plusieurs de ses ouvrages
(Vie familiale et sociale des indiens Nambikwara, 1949, Les structures élémentaires de la parenté,
1949, Tristes Tropiques, 1955, Anthropologie structurale, 1958), La pensée sauvage, 1962) des représentations du monde infiniment complexes des sociétés désignées à l'époque
comme « sauvages ». La notoriété immédiate de l'ethnologue fut amplement justifiée et confirmée a posteriori par la qualité des travaux ultérieurs du
philosophe.
L'apport théorique de Lévi-Strauss concerne principalement trois sphères de la recherche scientifique et philosophique. En tout premier lieu,
Lévi-Strauss « tranche les racines coloniales de l'anthropologie » (Catherine Clément) en démontrant que la pensée dite « sauvage » n'est pas sommaire (grossière, voire barbare) ni « prélogique », mais qu'elle constitue au contraire une manifestation constante de l'intelligence tant individuelle que collective. La pensée « sauvage » que
Lévi-Strauss classe et ordonne l'univers signifiant, mais d'une manière différente de celle qui nous est familière et qui est nourrie de
cartésianisme et de pragmatisme rationnel. Lévi-Strauss est également l'un des fondateurs du structuralisme qui établit que toutes les productions symboliques (mythes, formes langagières,
religions, manières de table etc...) répondent à une logique combinatoire très élaborée qui peut être abordée scientifiquement. Le philosophe, enfin,
fut l'un des plus intraitables critiques de l'humanisme chrétien auquel il reproche d'être partiellement responsable de l'entreprise prométhéenne -
voire mégalomaniaque - de maîtrise de notre environnement naturel et social. A ce titre, aux côtés de Hans Jonas et de Edgar Morin, il est l'un des plus éminents représentants de la pensée écologique. La phrase: « Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au
visage de l'humanité » (Tristes Tropiques, 1955) est celle d'un visionnaire. L'homme, selon Lévi-Strauss, doit abandonner son trône au sein de
l'univers, pour se contenter d'un strapontin. La question des droits de l'homme peut être traitée très simplement. Elle tient désormais en une seule phrase : « L'homme est un être
vivant » (1976).
Claude Lévi-Strauss, Catherine Clément Que sais-je? (2003)
Claude Lévi-Strauss, une introduction, Frédéric Keck, Pochet 2003