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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 15:01

Pourquoi les hommes ne parviennent-ils pas à faire cesser les guerres?

 


"Pourquoi, à vrai dire, les individus-peuples se méprisent-ils, se haïssent-ils, s'abhorrent-ils les uns les autres, même en temps de paix, et pourquoi chaque nation traite-t-elle ainsi les autres?, cela certes est une énigme. Je ne sais pas répondre à cette question. Dans ce cas, tout se passe comme si, dès lors qu'on réunit une multitude, voire même des millions d'hommes, toutes les acquisitions morales des individus s'effaçaient et qu'il ne restât plus que les attitudes psychiques les plus primitives, les plus anciennes et les plus grossières. Seuls des développements ultérieurs pourront peut-être apporter quelques modifications à ce regrettable état de choses. Mais un peu plus de sincérité et de franchise de tous côtés dans les relations des hommes entre eux et dans les rapports entre les hommes et ceux qui les gouvernent, pourrait également aplanir les chemins de cette transformation". Conisdérations actuelles sur la guerre et sur la mort  (1915)

 

 

 Mais s'il n'y avait plus de guerres, que ferions-nous de nos pulsions de mort?

 

"J'aimerais cependant m'attarder encore un instant sur notre pulsion de destruction, dont la faveur n'est nullement à la hauteur de l'importance. Au prix de quelque effort de spéculation, nous sommes en effet parvenus à concevoir que cette pulsion est à l'oeuvre en tout être vivant, et tend donc à provoquer sa décomposition et à ramener la vie à l'état de la matière inerte. Elle méritait en toute rigueur le nom de pulsion de mort, tandis que les pulsions érotiques représentent les aspirations à la vie. La pulsion de mort devient pulsion de destruction en se tournant, au moyen d'organes spécifiques, vers l'extérieur, contre les objets. L'être vivant préserve pour ainsi dire sa propre vie en détruisant celle d'autrui. Mais une partie de la pulsion de mort reste active à l'intérieur de l'être vivant, et nous avons tenté de déduire toute une série de phénomènes normaux et pathologiques de cette intériorisation de la pulsion de destruction. Nous avons même commis l'hérésie d'expliquer la naissance de notre conscience morale par un tel retournement de l'agression vers l'intérieur. Il n'est sûrement pas anodin, vous le remarquez, que ce processus s'accomplisse ', à trop grande échelle; c'est carrément malsain, alors que le retournement de ces forces pulsionnelles vers la destruction du monde extérieur soulage l'être vivant et a nécessairement un effet bénéfique.[...]

De ce qui précède, retenons simplement pour nos buts immédiats  qu'il est vain de vouloir supprimer les penchants agressifs des hommes. On dit qu'il est, en des contrées heureuses de la terre où la nature fournit à profusion tout ce dont l'homme a besoin, des peuplades dont la vie s'écoule dans la douceur, et chez lesquelles la contrainte et l'agression sont inconnues. J'ai peine à y croire, j'aimerais fort en savoir plus sur ces bienheureux. Les bolcheviks eux aussi espèrent pouvoir faire disparaître l'agression humaine en garantissant la satisfaction des biens matériels et en établissant par ailleurs l'égalité entre les membres de la communauté. Je tiens cela pour une illusion. Pour le moment ils ont pris toutes les précautions pour s'armer et la haine contre tous ceux qui sont à l'extérieur n'est pas leur moindre expédient pour maintenir la cohésion de leurs partisans. Du reste, il ne s'agit pas, comme vous le remarquez vous-même, d'éliminer totalement le penchant humain à l'agression; on peut tenter de le détourner suffisamment pour qu'il n'ait pas à trouver son expression dans la guerre".
 Lettre de Freud à Einstein, (1933)

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

maxime 07/12/2008 12:20

Freud sous entend-il ici que les pulsions de morts visant l'extérieur sont nécessaires pour la cohésion d'une société donnée (exemple bolchévique)?Cela voudrait dire que la guerre est bénéfique, car moins destructrice qu'une pulsion de mort retourné contre nous-même?Si c'est le cas, cette conception de la guerre est non seulement péssimiste, mais quelque peu choquante non? (la violence indispensable à la société)

laurence hansen-love 07/12/2008 19:32


non non non!
 Freud  ne dit pas "il faut faire la guerre pour détourner nos pulsions de mort"!
 Il dit : la guerre a toujours permis aux hommes d'évacuer  leurs pulsions de mort.
 Maintenant la guerre il faut évidemment en finir...Aucune personne sensée ne  veut la guerre!

 Pb: que faire de toute cette agressivité ? ( cf les supporter de foot!)? Il est probable que les hommes vivant en paix vont être angoissés, déprimés..
 des solutions: il n'y en a pas!


mohamed 04/12/2008 19:09

Est-ce là une sorte de " sublimation "  que propose Freud  pour éviter d'utiliser cette agressivité, cette pulsion de mort à des fins guerrières ?

laurence hansen-love 04/12/2008 21:14


oui oui, sauf que Freud ne propose rien du tout, il est très pessimiste. Voyez d'ailleurs ce qui se passe dans les cours de récré. Les enfants qui font le jeu du petit pont massacreur n'ont pas
atteint le stade de la sublimation...


marine 30/11/2008 00:03

A propos de Rousseau, c'est dans le Discours sur l'origine et les fondements des inégalités parmi les hommes . En outre ses propos sur la propriété, il fait une parenthèse sur le langage.
Et oui, Freud a bien répondu, excusez ma question.

laurence hansen-love 30/11/2008 12:25


merci Marine...


marine 28/11/2008 21:48

Rousseau disait que le language était une des sources des conflits qui régnaient parmi les Hommes.  Mais il me semble que c'est bien plus compliqué que cela ... Pourquoi tant de haine ?

laurence hansen-love 29/11/2008 23:28


Je ne comprends pas très bien à quoi vous faites allusion en ce qui concerne Rousseau et le langage.
 Mais pour le seconde question, il me semble que Freud a fort bien répondu...