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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 18:57
Il y a quelques jours , j'ai reçu un message de Salem, posté de Gaza sur mon autre blog. Il  avait recopié un Verset du Coran et il en proposait une interpétation pour le moins .. audacieuse. 
 Peu compétente pour commenter le Coran, j'ai demandé à un collègue philosophe de bien vouloir m'éclairer et répondre à Salem. Il m'autorise à publier sa réponse que voici .
 Vous pouvez lire le texte de Salem en commentaire de ma fiche religion  sur le webpédagogique , voir ci-dessous

 

 

Mohammed Zine : voici le texte de sa réponse :

 

Bonjour Salem,

1- Il me semble que tu essaies de comparer les versets du Coran (la Sourate de "Isra'" = le voyage nocturne de Mahomet = Mohammed, de la Mecque à Jérusalem par le biais de ce qu'on appelle le "burâq" = le cheval de l'Archange Gabriel aussi rapide qu'un éclair. D'ailleurs le mot "burâq" a la même racine en arabe que le mot "barq" qui est l'éclair) avec les versets de la Bible (sur la fameuse "al-Dâbba" = la bête qui apparaîtra à la fin des temps).

2- Et à la lumière de ces versets, tu tentes de lire les événements actuels au Moyen-Orient, et donner à chaque symbole des Ecritures (le Coran et la Bible) une image réelle, par exemple : la bête assimilée aux Etats-Unis.
Or, cette lecture des Ecritures est en décalage par rapport au réel, pour la simple raison, c'est que les Ecritures qui ont tenu ce genre de discours "eschatologique = la fin des temps, en arabe "Yawm al-Qiyâma" ne visent aucune époque. Même dans le passé (à l'époque des Croisades) on a tenu les mêmes interprétations, en voyant dans les Croisés la fameuse bête (al-dâbba). Et dans les siècles qui suivirent, la même interprétation a été réactivé pour désigner d'autres ennemis. En ce qui concerne, le nombre des cornes de la bête et les analogies qui s'y trouvent impliquées, rappellent bien l'usage ésotérique qu'on a fait dans le passé de la numérologie et de l'astrologie pour lire et interpréter les versets. C'était le cas des shiites ismaéliens, par exemple, qui ont donné aux Ecritures une dimension "hyperbolique" intenable.

3- Ce qui signifie qu'on peut parfaitement faire un "usage" restreint et orienté  des Ecritures vers des objectifs qui sont les nôtre (objectifs idéologiques pour étayer certains arguments, ou donner raison aux Ecritures). Or, une telle démarche est aussi absurde qu'infructueuse. Car, qu'il s'agisse des Ecritures ou des Prophéties (par exemple Nostradamus), ces textes ne parlent pas de l'avenir, et ne prédisent pas une réalité! Je peux aussi interpréter la fameuse "bête" par un dinausore sur lequel a grimpé Jésus pour donner raison à la thèse créationniste, mise au goût du jour par Sarah Palin lors des présidentielles américaines. Même si c'était vrai, la fameuse "bête" était donc dans le "passé" et non pas dans "l'avenir".

4- Il y a donc un risque de donner aux mots des significations qui débordent leur stricte institution. Ces mots (symboles, versets, paraboles)  ont été institués pour une raison ou une autre. Il serait à la fois "anachronique" et contre-productif de vouloir les extrapoler sur notre époque contemporaine. Pour revenir à la finalité de ton message, il y a certes des souffrances et des déceptions dans cette partie du monde (le Moyen-Orient), mais il ne faut jamais se lasser de dialoguer pour trouver une issue moins douloureuse pour tout le monde.

Cordialement,   M. Z.





 Voici le texte de Salem :

http://lewebpedagogique.com/philosophie-bac/fiche-la-religion-2/#comment-5562

http://philozine.over-blog.com:80/



 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Culture générale
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commentaires

Solène Barny (HK2 J. Ferry 2006-2007) 08/01/2009 17:24

Dans le contexte actuelle, je pense que le message de Salem, s'il vient directement de Gaza, ne peut que toucher ses lecteurs et il est aisé de comprendre la déception et le désespoir des gazaouites. J'admire votre démarche et je vous remercie pour le commentaire de votre collègue. Il nous rappelle que dans les heures les plus sombres, chacun de nous est susceptible de tomber dans de telles interprétations qui amènent à justifier la violence. Cette réaction est humaine et il sera toujours d'actualité à n'importe quelle époque de faire les rappels que fait votre collègue, de ne pas se laisser aller à la facilité, de prendre de la distance avec les idées reçues et surtout de réfléchir. Les gazaouites ont surement besoin d'aide concrète plus que de discours en ce moment mais j'espère néanmoins que la philosophie aidera Salem à ne jamais perdre le sens du dialogue si précieux pour nous tous.

laurence hansen-love 08/01/2009 18:42


merci Solène!