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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 15:35

 John-Stuart Mill (1806-1873) fut l’un des promoteurs des réformes libérales demandées par les milieux intellectuels anglo-saxons au milieu du 19 ième siècle. En 1859, dans De la liberté, il

défend une conception utilitariste de la liberté : un droit ou une liberté ne peuvent être considérés comme bons, selon lui,  que s’ils ont pour conséquence de promouvoir le bonheur de l’humanité.
 J.S. Mill est donc un libéral modéré. Dans de nombreux domaines (santé, éducation…), il pense que l’intervention de l’Etat est nécessaire pour protéger l’individu. L’utilitarisme de Mill est un capitalisme limité.

 Il explique dans le second fragment ci - dessous  que la maxime du « laisser-faire » comporte de nombreuses exceptions :

 

« En matière de morale, les actions sont bonnes dans la mesure où elles tendent

à promouvoir le bonheur; elles sont mauvaises lorsque leur tendance est de le diminuer (... ]. En matière légale, comme en morale, les droits qui doivent être respectés sont ceux qui, du point de vue du bonheur de la communauté, sont utiles à faire respecter _

La doctrine économique dite du «libre-échange » repose sur des arguments différents, mais aussi solides, que celle de la « liberté individuelle exposée dans cet essai [...]. Le commerce est un acte social. Quiconque met en vente quoi que ce soit, affecte les intérêts des autres. Par conséquent, sa conduite tombe, par principe, sous la juridiction de la société [...]. Les restrictions à la liberté du commerce concernent cette partie de la conduite humaine que la société a le droit de réglementer [...]. Elles ne sont mauvaises que dans la mesure où elles ne produisent pas vraiment les résultats souhaités ». (De la liberté)

 

« Une des questions les plus controversées, tant dans la science politique que dans l'art de l'homme d'État, est celle du rôle que doit jouer l'État et des limites que celui-ci ne doit pas dépasser. À une époque où l'on place tellement d'espoirs dans la réforme de l'État et dans les changements de législation comme moyens pour améliorer la condition humaine, cette question ne devient que plus importante. En bref on peut dire qu'en économie le laisser faire doit être la pratique courante et qu'on ne doit s'en éloigner que lorsque cela est nécessaire pour atteindre un grand bien. Cette maxime est indiscutablement solide en tant que règle générale; mais ce n'est pas difficile de constater qu'elle comporte de nombreuses et évidentes exceptions [...].Lorsque nous essayons d'énumérer les fonctions nécessaires de l'État [...], nous trouvons qu'elles sont beaucoup plus diverses qu'on ne le pense généralement et il est presque impossible de leur trouver une justification commune autre que celle de l'utilité générale [ ... ]. La proposition selon laquelle le consommateur est toujours un juge compétent de la marchandise qu'on lui propose, ne peut être admise qu'avec de nombreuses exceptions. Elle n'est valable que lorsque le jugement de l'individu est fondé sur une expérience personnelle. Ceux qui n'ont pas reçu d'éducation, par exemple, ne peuvent pas être des juges compétents de ce qu'est une bonne éducation. L'intervention publique se justifie dans ce cas car l'intérêt et le jugement du consommateur ne suffisent pas pour garantir la qualité de la marchandise [...]. En matière de contrats, le rôle de l'État ne se limite pas à les faire respecter. Il doit d'abord déterminer quels contrats méritent d'être respectés ».

 

 Principes d’économie politique (18g8) (Traduction Le Point, Hors série Numéro 19)

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

merwan 15/02/2009 15:18

Cet article est très intéressant, et ce que vous avez dit madame l'est également sur deux points, car cet article et vos propos démontrent à quel point les libéraux sont modérés dans l'ensemble à quelques variantes près, Keynes était d'aileurs un libéral, selon toute sa théorie sur la relance de l'économie, l'Etat intervient constamment sur certains points, mais garde certaines distances avec le marché comme le dit Mill cependant, en temps de crise, Keynes juge que l'Etat a un rôle crucial à jouer! Aujourd'hui, il me semble qu'il n'y a guère qu'Alternative Libérale pour être une caricature d'un marché dépourvue de toute intervention de l'Etat, laissant la "main invisible" réguler les dysfonctionnements du marché! Il y a une question qui met en parallèle deux sujet que vous avez donné avec ce sujet:Le premier "Y a-t-il plusieurs libéralisme?" Peut on dire que le libéralisme proposé par Mill ou encore Keynes et celui théorisé par Smith sont deux formes de libéralismes, ce qui amènerait une réponse positive à cette question?Le second "Le libéralisme prône-t-il nécessairement un Etat minimal?" Je dirais (sous votre contrôle) que la réponse finale serait non, la preuve, par cet auteur, qui démontre que le libéralisme peut prôner une intervention de l'Etat qui ne se limite pas à ses fonctions régaliennes que sont Justice, Défense et Sécurité intérieure!

laurence hansen-love 16/02/2009 11:55



deux sujets que vous avez donnés : attention à l'orthographe

Attention , il ya des libéraux politiques un peu excessifs.. (Thatcher?..)


 Plusieurs libéralismes?
Oui évidemment. Les modérés et les radicaux, mais d'abord libéralisme théorique, et libéralisme économique, libéralisme économique et libéralisme politique etc..


Sur le second point, vous avez bien entendu raison..



Francis 10/02/2009 13:36

Bonjour,Je trouve ce texte intéressant sur deux points : (n'hésitez pas à me corriger si je me trompe)   Premièrement, Mill, dans cet extrait de De la liberté, a une vision très intéressante du rôle de l'Etat, plutôt interventionniste, ce qui est rare dans le milieu libéral à cetté époque. Je le trouve visionnaire, car, dans cet extrait, on retrouve des problématiques propres à la pensée de Keynes sur le rôle de l'Etat. Pourtant, Keynes a établit ses fondements presque un siècle plus tard...   Deuxièmement, cet extrait pourrait être actualisé. On  retrouve la problématique suivante : "Une des questions les plus controversées (...) est celle du rôle que doit jouer l'Etat et des limites que celui-ci ne doit pas dépasser".Cette problématique fait réellement penser à l'éternel débat Républicains/Démocrates aux Etats-Unis, ou même dans notre propre pays, quand on voit l'énorme plan de relance proposé par le gouvernement en réponse à la crise durable que l'on subit.Je trouve cet argumentation intéressante pour un sujet de question contemporaine, étant donné qu'il faut, si je ne me trompe pas, faire le lien avec l'actualité pour répondre à une problématique actuelle de nos sociétés.N'hésitez pas à me corriger ou m'éclairer si besoin est.Merci d'avance.

laurence hansen-love 10/02/2009 18:28



Oui Francis..
Est-ce si rare à cette époque?


 Tout est toujours uen question de "limites" . Je ne connais pas tellement de libéraux qui disent: "l'Etat ne doit rien faire, seul le marché est juste..".



Nicolas Duparc. 09/02/2009 23:06

 Je voulais revenir sur la notion de " libéral modéré ". Donc si j'ai bien compris, en temps normal, les libéraux sont pour la réduction au maximum de l'intervention de l'Etat tandis que les " libéraux modérés " sont pour une intervention de l'Etat mais " soft " ( comme dans le texte de Kant donc ) ?  Par ailleurs, est-ce que cette distinction entre libéraux/libéraux modérés se retrouve dans d'autres critères autres que la place de l'Etat dans notre société ?  

laurence hansen-love 10/02/2009 18:38


 NOn.. en fait , à part Hayek ou  Robert Nozick je ne connais pas de libéraux extrémistes. Lisez Manent . Vous verrez que tous les grands sont modérés. Voyez aussi mon article sur la
question des limites dans mon livre "Cours particulier".
 C'est plutôt une caricature du libéralisme qui véhicule cette idée d'un Etat non interventionniste . C'est l'idée que s'en font les adversaires.


Cécile.BV 09/02/2009 21:10

Eligible au concours,signifie que je peux le passer...Par contre, je ne me vois pas quitter l'IEP pour aller en HK.....on m'a parlé d'une admission sur dossier aussi...

laurence hansen-love 10/02/2009 18:38


Alors voyez du côté de l'admission sur dossier, renseignez-vous!


Francis 09/02/2009 16:39

Bonjour,D'abord, je voulais vous remercier pour ce site qui fourni des informations très intéressantes pour le concours inter IEP.En fait, j'avais deux questions à vous poser.J'ai eu mon bac avec mention bien l'année dernière (15 en éco, 18 en spé éco, et 13 en philo), mais cette année je suis en école de commerce. Je n'ai donc pas le temps de m'inscrire à une prépa... Est-ce nécessaire de s'inscrire pour réussir le concours ? Ou peut-on se suffire des informations trouvées sur ce site, par des professeurs et sur internet ?Ma deuxième question est la suivante : Dans un sujet sur le libéralisme, serait-il considéré hors sujet de traiter du libéralisme économique (en citant les thèses d'auteurs tels que Smith, Ricardo, ou Malthus) ? Faut-il ne parler que du libéralisme comme courant de pensée philosophique ?Je vous remercie d'avance pour votre réponse, et vous encourage fortement pour l'entretien de ce site ! ;)

laurence hansen-love 09/02/2009 17:18


1) Vous pouvez sûrement passer les concours IEp en candidat libre. Renseignez-vous sur les sites des différentes IEP

2) Pour le libéralisme , il ne faut absolument pas restreindre le libéralisme ni au libéralisme économique ni au libéralisme politique: PIEGE FATAL
 Précisément, la philosophie est un effort pour penser en même temps différents aspects de quelque chose.
 A la fois bien distinguer et bien articuler les différents sens d'un mot.

 (par exemple si vous avez un sujet sur la liberté, il ne faut pas vous limiter à la liberté morale, ou politique, ou métaphysique, mais bien distinguer et articuler ces différens aspects de
la liberté)