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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 21:05

Pour l’économiste autrichien, F.A.  Hayek (1899-1992), prix Nobel en 1974, adversaire farouche de l’interventionnisme étatique,  la société n’a pas à être juste, elle n’a pas à distribuer des biens ni à protéger telle ou telle catégorie sociale.  L’expression « justice sociale » n’a pas de sens, parce que la société n’est pas une personne qui agit, attribuant des mérites à tel ou tel. Elle est un « ordre spontané ».

 

 

« Dans l'ordre spontané du système de marché, nous recevons tous continuellement des avantages que nous n'avons mérité moralement d'aucune façon; et ce fait précisément nous impose l'obligation d'accepter aussi des diminutions de revenus sans les avoir méritées. Notre unique titre moral à ce que nous donne le marché réside dans le fait que nous nous soumettons aux règles qui rendent possible l'ordre du marché. Ces règles impliquent que personne n'est tenu à nous fournir un revenu quelconque à moins de s'y être spécifiquement engagé. Si nous devions être privés systématiquement, ainsi que le préconisent les socialistes, de tous les « avantages non gagnés » que nous apporte le marché, nous devrions renoncer à la plupart des bienfaits de la civilisation.

   Cela n'a pas de sens de répondre, comme on le fait souvent, que puisque nous sommes redevables de ces bienfaits à la société », la « société » devrait aussi avoir le droit d'attribuer ces bienfaits à ceux qu'elle estime les avoir mérités. Redisons-le, la société n'est pas une  personne qui agit, c'est une structure ordonnée des activités qui résulte de l'observation par ses membres de certaines règles abstraites. Les avantages que nous tirons du fonctionnement de cette structure, nous ne les devons pas à quelqu'un qui a l'intention de nous les conférer; nous les devons au fait que les membres de la société obéissent en général à certaines règles dans la poursuite de leurs intérêts, règles qui comportent en particulier que personne n'a le droit de contraindre les autres membres à lui fournir (ou à fournir à des tiers) un revenu particulier. Cela nous impose l'obligation d'accepter les résultats du marché également lorsqu'ils nous sont défavorables. [...] La thèse fondamentale du présent chapitre, à savoir que dans une société d'hommes libres, dont les membres ont toute latitude pour employer leurs connaissances à la poursuite de leurs propres objectifs, le terme de « justice sociale » est un vocable vide de sens ou de contenu, cette thèse est par nature impossible à prouver. Une assertion négative ne peut jamais l'être. [...] Ce que j'espère avoir rendu clair, c'est que l'expression « justice sociale » n'est pas ce que pensent probablement la plupart des gens, une façon inoffensive de traduire sa bonne volonté à l'égard des défavorisés, mais qu'elle est devenue une manière malhonnête d'insinuer que tout le monde doit ratifier une exigence de quelque groupe d'intérêts, sans que l'on ait à en donner une bonne raison. Pour que la discussion politique devienne honnête, il est nécessaire que le public se rende compte que le terme est intellectuellement de mauvais aloi, qu'il dénote de la démagogie* ou relève d'un journalisme de mauvaise qualité; et que les hommes de pensée conscients de leur responsabilité devraient avoir honte de s'en servir, parce qu'une fois reconnue sa vacuité, il est malhonnête de l'employer ».

FRIEDRICH AUGUST VON HAYEK,

 Droit, législation et liberté .Le mirage de la justice sociale (1976)

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Mathilde 10/04/2009 11:18

En considérant que la "justice sociale" n'a pas lieu d'être, Hayek ne légitime-t-il pas les injustices, en montrant que celles-ci doivent être acceptée ? Il semble même dire que les injustices n'existent pas, ou du moins elles n'en sont pas réellement puisque personne ne les a voulu à la base. Les injustices n'en sont pas. Il n'y aurait que des inégalités qu'il faudrait accepté car si elles désavantagent certains à un certain temps, elles les avantages à d'autres temps ? J'ai du mal avec la phrase "insinuer qu tout le monde doit ratifier une exigence de quelque groupe d'intérêts , sans que l'on ait à en donner une bonne raison ?" :/

laurence hansen-love 10/04/2009 19:13



Mais non, il ne "ratifie pas l'injustice sociale" puisqu'il récuse l'idée de justice sociale. Il dit "la justice sociale c'est une imposture...

 Ce qui est juste c'est ce qui va dans l'intérêt de tous.
 On est libre, tout le monde est libre, le marché est dans l'intérêt de tous, et l'Etat n'a pas à s'en mêler. S'il le fait, il perturbe le marché, donc l'intérêt de tous,au nom  d'un
groupe qu'il a  décidé de favoriser, ce qui n'est pas juste: car c'est toujours forcément arbitraire.

 Cela dépendra de qui a le pouvoir  à un moment donné. Si c'est les socialistes, alors ce sont les intérêts de la CGT par exemples ou du SNES qui serotn défendus au détrimens des
intérêts des entrepreneurs par exemple
 Ca, c'est ce qu'il dit, après on peut discuter.


 c'est proche de la position de Calliclès dans le Gorgias



Claire 09/03/2009 23:12

Bien que mon commentaire ne réponde pas à proprement parler à cet article, même s'il a été lu attentivement, je me permets de poster ceci:J'ai découvert un peu tard votre blog, mais en tant qu'étudiante en prépa B/L, j'y ai trouvé une mine d'informations et de textes souvent très proches de nos objets d'études.Economie, Philosophie, et autres...ce blog mérite à être connu.Voici donc un article de plus qui vient renforcer ce sentiment.Bonne continuation.Amicalement

laurence hansen-love 10/03/2009 20:08


merci beaucoup Claire,  j'apprécie énormément ce genre de commentaires réconfortants!


jean-paul 09/03/2009 21:10

Whaou!! Il n'y va pas de main morte! Pourtant objectivement certaines choses sont quelque peu vraies, mais cet auteur se laisse submerger par un radicalisme fou pour le libéralisme! On sent qu'il aime ça lol!!

laurence hansen-love 10/03/2009 20:10


lol?