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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 14:25

La subordination de l’économique au politique est ce qui permet au libéralisme d’être compatible avec la concurrence et la méritocratie dans le système de John Rawls :

 

"L'envie, c'est cette " haine impuissante » dont parle Stendhal et qui est d'abord haine de soi.

« Il faut craindre celui qui se hait lui-même, avertissait Nietzsche, car nous serons les victimes de sa vengeance. » L'envieux est taraudé par le doute : il ne vaut probablement rien et la supériorité de l'Autre est irrémédiable. Tout ce qui peut faire obstacle à cet effondrement des bases de l'estime de soi doit être mobilisé dans la lutte contre le mal. Or, tant l'architecture d'une » société bien ordonnée  que la teneur même des principes de justice offrent, selon Rawls, toute garantie à ce sujet.

La subordination obstinément maintenue de l'économique par rapport au politique, de l'efficacité par rapport à la liberté c'est-à-dire du second principe par rapport au premier, et du principe de différence par rapport à la clause sur l'égalité des chances, de même que la primauté accordée à ce bien fondamental que sont  les bases sociales du respect de soi-même , prennent ici tout leur sens. Dans la bonne société rawlsienne, il est publiquement reconnu que tous ont le même statut et la même valeur morale, parce que ce statut et cette valeur ne sont nullement corrélés aux différences de pouvoir, de position sociale et de richesse économique, mais ne dépendent que des libertés et des droits dont la répartition égalitaire est garantie par le premier principe. Une société qui laisserait dépendre le statut, et donc les bases sociales de l'estime de soi (puisque l'on ne se respecte soi-même que dans la mesure où les autres vous respectent), des positions relatives dans la hiérarchie sociale, s'exposerait à cette conséquence indésirable que l'on ne pourrait affirmer sa valeur personnelle qu'aux dépens de celle des autres, les conditions de l'estime de soi s'apparentant alors à une ressource en quantité finie que devraient se disputer les sociétaires. Si, au contraire, l'on affirme sa valeur morale au travers d'une égale citoyenneté et d'une égale liberté, ces conditions sociales du respect de soi échappent à la fatalité de la rareté qui s'abat sur tout ce qui relève de l'économique. Entre l'économique et le moral, le lien, rappelons-le, est purement instrumental, c'est un rapport de moyen à fin. Les plus mal lotis n'ont pas à se sentir inférieurs à ceux qui les dépassent, puisque tout le monde reconnaît publiquement que ces derniers n'ont aucun mérite à cela".

 

 

Jean-Pierre Dupuy, Le sacrifice et l'envie, Paris, 1992, © Catmann-Léy; pp. 177-179.

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

wissem 30/04/2009 13:18

Si je comprends bien, la société rawlsienne sépare radicalement politique et économique. Les inégalités matérielles et les différentes positions sociales sont placées dans le cadre économique. Le politique défend l'égalité de tous les citoyens. Et ce principe passe avant le cadre économique de manière à favoriser l'estime de soi et à éliminer l'envie génératrice de haine.Donc la société rawlsienne consilie idée communiste (principe d'égalité et d'universalité) et système libéral. C'est bien ça ? Je ne suis pas vraiment sur et j'aimerais avoir confirmation, car j'ai trouvé le texte un peu difficile...

laurence hansen-love 30/04/2009 16:54


Ce n'est pas du tout communiste. C'est républicain (tous les hommes sont égaux en droit) et libéral (les inégalités sont acceptables si elles sont suceptibles de profiter à tous).
 L'économique et le politique ne sont pas séparés.
 D'un point de vue politique aussi il y aura des inégalités...
 Car nos représentants bénéficieront de quelques privilèges légitimes.
 La justice doit concilier égalité et équité.
 
  Il ne s'agit pas du tout de faire passer l'économie au second plan. Mais de dire que s'il faut choisir, ce sont les droits fondamentaux qu'il faut préserver (droit à la liberté, droits
juridiques et politiques) - dans une société idéale, ce qui n'excut pas du tout les inégalités profitables à tous ( promouvoir les élites intellectuelles, par exemple)