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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 14:48

Une guerre peut -elle être justifiée par des raisons humanitaires ?

 

 

« L'Occident ne peut ni refouler tous les immigrés - dont il a d'ailleurs besoin à long terme -, ni censurer les médias qui lui livrent l'horreur à domicile, ni échapper aux imbrications transnationales qui, ne serait-ce que par la drogue, la pollution ou la prolifération nucléaire, le lient à la périphérie. Simplement, son action sera toujours sélective et partielle, donc relative et contestable. Contrairement à l'opinion de ceux pour qui l'humanitaire est réservé aux médecins, pour qui l'intervention politico-militaire n'est justifiée qu'en fonction d'intérêts économiques ou géopolitiques tangibles, et pour qui le droit international est

réservé à la Cour de justice de La Haye, il se crée une vaste zone où l'ambiguïté inévitable ne doit pas servir de prétexte à l'inaction. Devant Hitler ou Pol Pot, peut-on décider si l'intervention qui leur aurait arraché leurs victimes était humanitaire ou politique, s'il s'agissait avant tout de sauver des individus ou de dissuader d'autres apprentis purificateurs ?

Il y a trois types de cas où la question de l'intervention ne peut pas ne pas se poser : celui de l'agression d'un Etat reconnu contre un autre, celui d'un Etat totalitaire qui massacre ses citoyens, que ce soit pour des motifs idéologiques ou ethniques, celui enfin de l'absence d'Etat dans un pays qui sombre dans l'anarchie. L'Irak, le Cambodge et la Somalie fournissent un exemple pour chacun des cas, l'ex-Yougoslavie les combine en un sens tous les trois.

Bien évidemment, le concert, si concert il y a, ne peut intervenir dans toutes les guerres civiles ou d'agression, ni contre toutes les tyrannies, pas plus qu'il ne peut stopper toutes les

famines ou les catastrophes naturelles ou qu'il ne peut intégrer toute la périphérie. Des choix devront toujours être faits, et ces choix, d'une part correspondent toujours à un calcul des intérêts, des coûts et des risques, et ils comportent toujours, d'autre part, quelque chose d'arbitraire. Deux remarques, cependant doivent tempérer ce relativisme. Il y a tout d'abord des cas où le calcul ne peut intervenir que sur les moyens et où agir est un devoir absolu : peu de gens nieraient que le génocide hitlérien en était un. Il y a d'ailleurs des moyens qui détruisent l'objectif recherché, quel qu'il soit peu de gens, ici encore, nieraient que, malgré les horreurs du goulag, il eût été indéfendable de faire sauter la planète ou

d'anéantir les populations soviétiques pour éliminer Staline. Entre ces deux extrêmes, il existe une marge considérable qui condamne l'inaction comme l'action irréfléchie. L'idée que les Etats-Unis peuvent intervenir en Somalie parce que cela ne comporte guère de risques mais ne le peuvent pas en Bosnie parce que cela entraînerait des pertes aurait bien pu s'appliquer à l'Allemagne des années 30. Dire qu'on ne peut agir partout ne signifie ni que l'on ne peut agir nulle part ni que chaque cas doit être jugé hors de son contexte.' Le caractère exemplaire et dissuasif de toute action, suggérant, à défaut de certitude, qu'une réaction du même ordre aurait quelque plausibilité dans des cas analogues, n'en devient que plus important ».

 Pierre Hassner

 La violence et la paix , 2003

Editions Esprit

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Published by laurence hansen-love - dans Culture générale
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