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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 18:23

Libération, le 19 mars 2009, Rencontres de Rennes

"En accélérant la marchandisation des activités humaines, le capitalisme se rapproche du modèle
analysé par Marx dans son Capital: produire de la valeur pour extraire de la plus-value du travail
salarié. N'est-ce pas la logique normale du capitalisme? Certes. Mais plusieurs éléments contenporains accréditent de façon particulière la thèse de Marx. Une rupture intervient à partir du milieu des années 60: le taux de profit s'effondre, car le progrès technique nécessite des investissements dont la progression dépasse celle de la productivité du travail. Pour sortir de la crise des années 70, la libéralisation de la circulation des capitaux élargit la sphère de valorisation du capital au monde entier, dans un grand mouvement de concentration et de restructuration du capital. Simultanément, la mise en concurrence des travailleurs de tous les pays entraîne la baisse de la part salariale dans la valeur ajoutée, donc un renforcement de l'exploitation de la force de travail. Dès lors, l'explosion des revenus du capital a nourri la financiarisation. La finance «fétiche» a cru pouvoir parier sur les vertus de la spéculation, mais elle a explosé car rattrapée par cette contrainte : seul le travail produit de la valeur. Marx n'a pu voir la crise écologique actuelle mais son intuition était juste : le capitalisme épuise les deux sources de la richesse -qui ne se réduit pas à la valeur- que sont le travail et la nature". Jean-Marie Harribey (Economiste)


"Le capitalisme est un tigre, L'Etat son dompteur», affirme L.C. Bresser Pereira. Que penser alors

du cirque actuel et comment améliorer le  spectacle? Les libéraux rêvent que le tigre mange le dompteur et revienne aux lois de la nature. Quoi de plus beau qu'un tigre sauvage en liberté? Laissez faire, laissez aller! Le problème est que le tigre saute parmi les spectateurs; les enfants , et les faibles fournissent les repas suivants. Beau spectacle! Et que dire du tigre financier, incapable d'attraper une gazelle, mais grossissant à vue d'ceil? Marx rêve de tuer le tigre. C'est la révolution. Les hommes prennent leur destin en main. Le dompteur éliminé avec le tigre, une avant-garde éclairée munie des meilleures intentions, se saisit de son fouet pour faire tourner tous ces hommes dans le même sens. Si le spectacle gagne en cohérence, le projet commun devient de plus en plus lointain et la dictature de quelques-uns s'impose inexorablement. Méfions-nous de la pureté des idéologies. Libéralisme et marxisme sont deux pensées totalitaires. Loin des utopies dévastatrices, je suis prêt à payer ma place pour voir un tigre en pleine forme nourri par l'homme sauter dans un cerceau de feu sous la houlette d'un dompteur compétent. La démocratie sociale n'est pas un gros mot et reste le meilleur moyen d'éviter les grands maux". Edwin Le Héron (Maître de conférence IEP)

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

Edwin Le Heron 08/05/2009 22:25

J'aime beaucoup vos commentaires que je partage pour l'essentiel sauf celui du sinistre inconnu. Lorsque j'ai écris ce texte, j'avais 15 lignes pour faire comprendre que Marxisme et Libéralisme lorsqu'ils sont vus comme de purs systèmes de pensée ont la beauté qui va avec, mais finalement comme souvent dans toute recherche de pureté absolue, des pensées totalitaires. Je suis un libéral, mais pas assez naïf pour croire que ce mot suffit, que la liberté implique l'égalité. Cette recherche de l'équilibre entre une certaine nature et un projet pour l'homme est toute la difficulté de nos sociétés.

florian 26/03/2009 15:57

J'ai lu dans "la crise, et après?" que selon Jacques attali, il ne pouvait y avoir de liberté politique sans liberté économique, êtes vous d'accord ?

laurence hansen-love 26/03/2009 19:46


Il se trouve que je suis d'accord avec cela. Mais parce que je suis libérale.. C'est le point de vue d'un libéral. Sans liberté économique, il n'y a pas de liberté du tout, car le pouvoir et donc
les richesses sont concentrées en quelques mains, comme dans la Ferme des animaux, où certains sont "jlus égaux que d'autres".


ROUXEL-NERCESSIAN 24/03/2009 20:10

Pour répondre  à Sinistre inconnu, certes l'idéal voudrait que nous soyons tous responsables car acteurs du système économique.   Dans ce cas l'image du tigre est trompeuse; mais force est de constater que tous les agents n'ont pas les mêmes responsabilités, loin de là. Ainsi, dans cette économie globalisée, il devient trés difficile de comprendre qui prend les responsabilités et donc les risques La crise founit un bel exemple: le flou total dans les créances douteuses, les agences de notations, les banques passez regardantes sur la solvabilité des ménages etc... Ca devient trés abstrait et se détache de nous, simples agents, qui devenons de "simples spectateurs.  Pour être tigre, il faut avoir un certain poids, des compétences techniques financières très pointues par exemple. L'individu lambda comme nous garde néanmoins un rôle prédominant: la consommation. Mais en ce cas on n'est pas les dressés, mais plutot les re-dresseurs de l'économie !!

laurence hansen-love 25/03/2009 15:38


merci raymond!


ROUXEL NERCESSIAN 22/03/2009 11:30

Bonjour,Juste une précision: ce n'est pas seulement Marx qui avait raison mais l'ensemble des lbéraux. En effet, sur la question de la valeur, Marx reprend la thèse de Smith. Le travail crée la richesse et non pas la finance. Pour les libéraux et la théorie monétariste, la monnaie reste un simple intermédiaire d'échange et n'influence pas la valeur des biens entre eux. La valeur repose bien avant tout sur le travail (cf Ricardo).

laurence hansen-love 22/03/2009 21:49


Merci Raymond!


Sinistre inconnu 20/03/2009 19:45

    L'auteur a une vision d'une économie qui serait une entité indépendante, ici le tigre et nous de simples spectateurs. Or nous ne sommes non pas des spectateurs, mais bien les tigres, nous ne subissons pas un "fléau" qui nous tomberait dessus puisque nous sommes des acteurs. Vouloir dompter le tigre reviendrait à vouloir empêcher des tempêtes de déferler ou des séismes de gronder. Lorsqu'un tigre est enfermé, soit il se braque et devient violent, incontrôlable, soit il perd de sa substance et ne devient qu'un erzatz de ce qu'il était, tout juste bon à attiser la curiosité des enfants. De même, dans une économie domptée se doit d'obéir à son maître, sans rechigner, sous peine de subir le fouet.