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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 15:02

La guerre indispensable. 

 Pour Nietzsche , la guerre n'a jamais été dissociable de la civilisation
 (on peut exprimer quelques réserves vis-à-vis d'un tel texte! Nous avons le recul du XX ième siècle)

« C'est un songe creux de belles âmes utopiques que d'attendre encore beaucoup de l'humanité dès lors qu'elle aura désappris à faire la guerre (voire même de mettre tout son espoir en ce moment-là). Pour l'instant, nous ne connaissons pas d'autre moyen qui puisse communiquer aux peuples épuisés cette rude énergie du camp, cette haine profonde et impersonnelle, ce sang-froid de meurtrier à bonne conscience, cette ardeur cristallisant une communauté dans la destruction de l'ennemi, cette superbe indifférence aux grandes pertes, à sa propre vie comme à celle de ses amis, cet ébranlement sourd, ce séisme de l'âme, les leur communiquer aussi fortement et sûrement que le fait n'importe quelle gronde guerre: ce sont les torrents et les fleuves alors déchaînés qui, malgré les pierres et les immondices de toutes sortes roulés dans leurs flots, malgré les prairies et les délicates cultures ruinées par leur passage, feront ensuite tourner avec une force nouvelle, à la faveur des circonstances, les rouages des ateliers de l'esprit. La civilisation ne saurait du tout se passer des passions, des vices et des cruautés. - Le jour où les Romains parvenus à l'Empire commencèrent à se fatiguer quelque peu de leurs guerres, ils tentèrent de puiser de nouvelles forces dans les chasses aux fauves, les combats de gladiateurs et les persécutions contre les chrétiens. Les Anglais d'aujourd'hui, qui semblent en somme avoir aussi renoncé à la guerre, recourent à un autre moyen de ranimer ces énergies mourantes: ce sont ces dangereux voyages de découverte, ces navigations, ces ascensions, que l'on dit entrepris à des fins scientifiques, mais qui le sont en réalité pour rentrer chez soi avec un surcroît de forces puisé dans des aventures et des dangers de toute sorte. On arrivera encore à découvrir quantité de ces succédanés de la guerre, mais peut-être, grâce à eux, se rendra-t-on mieux compte qu'une humanité aussi supérieurement civilisée, et par suite aussi fatalement exténuée que celle des Européens d'aujourd'hui, a besoin, non seulement de guerres, mais des plus grandes et des plus terribles qui soient (a besoin, donc, de rechutes dans la barbarie) pour éviter de se voir frustrée par les moyens de la civilisation de sa civilisation et de son existence mêmes. »

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain (1878), I, § 477, Folio, 2004, p. 288.

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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commentaires

sylvain renaud 31/05/2009 14:55

On ne peut pas dire que la première moitié du XXème siècle ait donné tort à Nietzsche. De nos jours, les peuples ayant effectivement désappris à faire la guerre sont une très petite minorité à l'échelle du globe (Les pays d'Europe Occidentale et le Japon). La position américaine est très particulière dans la mesure où le pays n'a jamais vécu le traumatisme d'une guerre à ses frontières, qu'elle tient à défendre son modèle de société et ses intérêts économiques plus que tout).Si on regarde plus précisément l'histoire des guerres, les guerres "propres" qui se déroulaient sur le champ de bataille entre soldats ont laissé placé à de plus en plus de guerres "sales" durant lesquels le nombre de civils tués dépassent de beaucoup les victimes militaires, les pratiques génocidaires sont fréquentes...D'un autre coté, on peut logiquement se demander à quoi répond l'ultra violence entourant notre vie quotidienne si elle ne répond à un besoin primaire de l'Homme,  qui pour éviter la frustration décrite par Nietzsche doit s'abreuver de toujours plus de violence et d'hémoglobine. La guerre ayant été bannie de nos sociétés modernes, le peuple doit trouver ailleurs les expédients à son désir insatiable de violence. En conclusion, je suis de ce qui pense que le degré d'humanité n'a pas tant progresser que certains le prétendent (idéalistes ethocentristes de tout bord): les enfants sont de plus en plus violents, les retraités japonnais tuent et volent en espérant se faire incarcérer pour améliorer leur condition de vie, les petites violences quotidiennes se généralisent... bref la violence n'épargne plus personne. Concernant les guerres elles touchent de plus en plus de civils innocents dans les pays touchés. Le traumatisme des deux guerres a provoqué chez nous un dégout profond pour cette pratique mais leur disparition ne masque que partiellement le besoin intrinsèque de violence de l'homme que Nietzsche avait déjà décelé.L'humanité a-t-elle progressé ???

laurence hansen-love 31/05/2009 15:32


 moi je ne suis pas pour la guerre!!! (même si je mets en ligne des textes de Nietzsche)


flo 24/04/2009 15:03

Scoop inattendu, les guerres n'existent plus, au sens militaire du terme. Ah. Les guerres comme on peut en voir en Afrique, et notamment ces derniers temps, ne sont pas des guerres militaires ? Vous parlez des guerres que remportent très vite les puissances occidentales...C'est absolument faux, l' Afghanistan, pour reprendre votre exemple, est loin d'être une guerre gagnée, malgré le fait que ce soit des occidentaux contre des talibans du Sud ( au sens économique du terme ). Je rappellerais dans la foulée que ces dernieres années il y a eu pas mal de guerre, comme le Kosovo, notamment.

Dire qu'il n'y a plus de guerre est donc totalement faux pour moi.

D'autres part, pour ce qui concerne l'économie est la guerre, je suis d'accord avec madame Hansen love ( oui vous voyez, ça arrive ), la guerre est l'opposé de l'économie, du moins dans la situation. En effet je ne sais plus qui exactement ( si vous pouviez me le rappeler...), mais c'était un homme politique d'une nation en guerre je crois, disait, " il ne faut pas les détruire totalement, ni nous comprter avec eux de façon barbare, car un jour il nous faudra commercer avec eux".

CF : allemagne france. Il me semble que la situation d'aujourd'hui est différente de celle de 39.45.

Pour le vocabulaire économique, ça reste du vocabulaire, l'idée n'est pas guerrière, elle est simplement concurrentielle.

laurence hansen-love 25/04/2009 12:27


d'accord sur ce point Flo. (on ne détruit pas une adversaire avec qui ont peut commercer)
 (A qui s'adressait ce message, par ailleurs? je suis perdue)


Philippe 23/04/2009 12:30

Bonjour,Je rebondis sur la "guerre économique".Il me semble que le terme est adapté et que l'économie à l'échelle planétaire n'est en rien l'antidote de la guerre. Mais peut-être est-ce seulement affaire de sémantique ?Ce que je souligne n'est ni plus ni moins que la continuation de la politique prédatrice, donc de puissance, qui s'exprime au travers de l'économie. Armes ou dollars, où est réellement la différence quand au bout du compte, des gens meurent ? La chine exerce des pressions formidables sur des pays africains peu soucieux des droits de l'homme afin d'engranger des contrats sur les matières premières, dont les bénéfices n'iront jamais aux nécessiteux. Et les biens penseurs occidentaux qui fustigent mollement cette attitude adopte exactement la même quand il s'agit de décrocher des contrats.Finalement, il apparaît, malheureusement, que l'économie est un antidote à l'utilisation des armes pour obtenir quelque chose... mais sans doute parce que elle-même est une arme, non ?"La guerre est une continuation de la politique par d'autres moyens" écrivait Clausewitz. J'ai la nette impression qu'aujourd'hui, l'économie joue ce rôle. D'autant plus que les guerres n'existent plus, tout du moins dans la phase purement militaire. L'écrasante supériorité des nations occidentales permettent de gagner militairement en un temps record. Mais la victoire militaire est une défaite politique si le pays ne recouvre pas la stabilité promise. Et il n'y a qu'à voir avec quelle sauvagerie les contrats sont négociés (reconstruction en Irak, en Ex-Yougoslavie ou en Afghanistan) pour déchanter sur les aspects "humanitaires" de ces conflits.Cordialement

laurence hansen-love 23/04/2009 22:00


je ne sais plus si j'ai déjà publié des articles sur l'économie qui n'est pas la guerre. Je vais rechercher.
 Selon moi la logique de la guerre est différente de celle de l'économie.
 En gros parce que ce qui motive l'économie c'est l'interêt, tandis que ce qui motive les guerres ce sont  en grande partie les passions; Les passions sont souvent auto-destructrices, ce
qui n'est pas le cas des interêts économiques, qui globalement visent la prospérité.
 Et les peuples démocratiques veulent la puissance économique, et non pas la guerre qui tue et détruit la puissance.
 Donc même si les résultats sont souvent comparables, les finalités sotn différentes.


Philippe 21/04/2009 22:05

Bonsoir,Je pense que, justement, avec le recul du XXème siècle, ce texte prend une dimension superlative. En fait de barbarie, le siècle qui a suivi Nietzsche nous a donné les moyens d'une barbarie sélective et des plus raffinée, plus mécanique, automatique, vous ne trouvez pas ? Deux guerres mondiales, la colonisation, puis la décolonisation, les dictatures sous toutes leurs formes et leurs cortèges de bien-faits, les nouvelles guerres économiques, tellement plus propres...Bref, la sauvagerie n'a pas forcément besoin d'une bombe nucléaire pour s'exprimer : les machettes africaines font mieux en "à peine plus de temps" (cf. le Rwanda).Nos démocraties occidentales semblent nous mettre à l'abri de ses soubresauts de violence chez nous et la nouvelle polémologie nous dispense de la penser la guerre, mais n'allons-nous pas exporter nos conflits (que cela sonne plus juste que la guerre...) aux confins de la terre pour notre propre bénéfice ?Juste un chiffre pour finir : 25% d'augmentation des budgets militaires de la planète en 5 ans. Et toujours rien sur le rendez-vous du millénaire qui devait, entre autres, éradiquer la pauvreté et l'analphabétisation des pays sous-développés.Alors homo homini lupus, non ?

laurence hansen-love 22/04/2009 20:45



Je ne peux approuver le terme "guerre économique". l'économie n'est pas la guerre, elle en est même l'antidote.
 Et les causes des guerres aujourd'hui sont moins économiques que civilisationnelles, me semble-t-il.
 Ben Laden et consort sont des gens riches et instruits.
 Quant aux pays le splus avancés, ils ont intérêt à l'hégémonie économique, plus qu'à la guerre,  qui coûte cher et dont leurs opinions publiques ne veulent pas.


 Quant à "éradiquer la pauvreté" : l'expression fait sourire.
 Dites plutôt: tenter d'enrayer le sous-dévelopemement?



merwan 21/04/2009 18:32

On va dire que je n'ai pas lu ce que j'ai lu, je ne vais pas entrer dans une polémique inutile, j'ai des convictions, je les défends, mes convictions ne sont peut-être pas partagées, si madame hansen-love les partage, tant mieux, sinon, tant pis, je ne changerai pas d'avis pour séduire, ce n'est pas mon genre.