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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 15:24

 

 

« Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien ni à l’une ni à l’autre » Emile Livre Quatrième

 

Lorsqu’il m’arrive de  corriger le sujet « L’art peut-il être immoral », j’explique en général que l’art n’a pas à être moral, et que l’on ne doit pas reprocher à une œuvre (ou à un film, en l’occurrence) son immoralité.

 Et pourtant….  aujourd’hui  je crois que  je me suis trompée : un film peut être immoral ! En fait, ce n’est pas le film qui est immoral, mais c’est son « message », qui peut être choquant

(il me semble cependant  qu’une véritable oeuvre d’art n’a pas pour fin de transmettre un message, je m’en suis expliquée par ailleurs, voir les vidéos de lewebpedagogique).

 Je pense que le « message » du film Welcome est  indigeste :

 En voici la démonstration :

 Première point : ce film classe les êtres humains en deux catégories, les bons (bon : professeur-de-gauche-solidaire-des-sans-papiers-prenant-des-risques-sans-compter…./ mauvais : flics sarkozystes appliquant la loi anti-immigrés avec  zèle (« on nous a demandé de compromettre les bénévoles »),  voisin acariâtre, qui plus est homophobe.

Le jeune  Bilal est quant à lui  le symbole de la victime absolue : martyrisé par les irakiens, puis par ses compagnons d’infortune qui lui remettent la tête dans le sac, puis malmené  par Simon (re - tête dans le sac) qui l’instrumentalise finalement, sans parler de la France sarkozyste tout entière qui le pousse au suicide.

 Déjà, c’est mal parti….

Là,  ceux qui ont aimé le film me  disent : « bien au contraire, ce film est tout sauf manichéen puisque le héros est complexe, ambivalent, tantôt bon, tantôt mauvais ». Ce n’est pas mon avis :

Second point donc : le « héros » n’est que  mauvais. Il est brutal, égoïste  et veule : voyez son attitude lors du premier contact avec Bilal, puis notez ensuite l’épisode du sac sur la tête.   Pourquoi s’intéresse-t-il dans un second temps au jeune kurde ?  Parce que Bilal est amoureux,  d’une fille jolie de surcroît, donc tout à coup il s’humanise. Simon va s’identifier à lui, comme en témoigne l’épilogue en Angleterre. Un homme amoureux (d’une jolie fille) ne peut pas être foncièrement inintéressant.

 Rien ne laisse supposer, dans le film, que Simon éprouve le moindre souci d’ordre moral ou politique.  Son comportement est dicté par une compassion étroite  et intéressée pour ce jeune homme qu’il accompagne gentiment dans son projet suicidaire. Il est surtout dicté par le souci de se réhabiliter aux yeux de sa sainte ex-épouse qui lui préfère un « bon » au sens défini ci-dessus (Bruno). Point de  « morale de conviction » (cf Weber)  ici, mais une franche irresponsabilité, en revanche.

Troisième point :  le devoir de Simon était de dissuader à tout prix ce jeune homme d’apprendre à nager le crawl (à quoi bon, de toute façon,  pour mourir, la brasse aurait amplement suffi) et de tenter de lui venir en aide par  n’importe quel autre moyen, comme par exemple lui prêter de l’argent ou le conduire lui-même en Angleterre, ce qui aurait signifier prendre de vrais risques. Mais non. Simon donne des leçons de crawl, lui offre même  une combinaison pour affronter le froid. Comment s’étonner après quand il constate que Bilal est parti se noyer ? D’ailleurs il ne s’étonne pas. Mais il est triste, car il ne peut avoir aucun doute sur  l’issue.

 

 Un dernier détail : le circuit de la bague (clin d’œil  à Madame de ?). Simon dérobe cette bague à Marion, puis dans un immense élan de générosité,  il offre cet objet qui ne lui appartient pas à Bilal (quelle grandeur d’âme !) et pour finir il la récupère à la fin pour la rendre à  Marion  (il n’y a pas de petit profit). Quant à la malheureuse Mina, il  l’abandonne à son sort atroce sans autre forme de procès.

 

 Pourquoi je m’énerve ?  Peu importe ce que raconte un film, si c’est beau et émouvant. Bien sûr. Où est le problème ?
 Le problème c’est ce fameux  «  message », qui est double :

1)      « L’amour transfigure tout, par amour on peut vaincre l’indifférence et la veulerie ».  Le problème c’est  que le film montre le contraire,  sans le vouloir apparemment.  Simon n’a absolument pas changé, finalement.

2)      Mais surtout : « mieux vaut garder ses illusions quitte à en mourir, plutôt que d’affronter la réalité ». (Simon n’a pas le courage d’ôter à ce jeune homme ses illusions. Il est trop lâche pour cela. Mais si humain !).

 

 Ce film est un cas d’école. On  a là un exemple de bien-pensance ultra- politiquement correcte (le bonpenser anti-sarko) doublée d’un discours cynique -  moralement. Car notre héros est supposé représenter un français type qui,  sans être courageux au départ, fait preuve de fermeté face à la brutalité du pouvoir (même si c’est pour des raisons x). « Idéal » en lequel nous pouvons et voudrions tous nous reconnaître ? C’est la raison pour laquelle  ce film fait le buzz que l’on sait, je suppose.

 

 

 J’en reviens à  Rousseau.

 Comment adhérer à  un discours politiquement juste, mais  enrobé dans une romance aussi moralement douteuse. Vous ne croyez pas ?

 PS : Evitons tout malentendu. Je ne suis pas inscrite à l’UMP ; ce n’est pas la question

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Cinéma
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commentaires

Marilyn 14/04/2009 17:54

Analyse intéressente. Le problème avec le cinéma reste le même : faut-il juger ce film du point de vue cinématographie, artistique (est-ce dans sa forme un bon film ? la narration se tient-elle bien ? les acteurs sont ils convaincants?) ou alors doit on juger le contenu et la morale du film...?En tant que cinéphile, j'ai apprécié ce film, après en tant que personne, objectivement, ce film déborde un peu trop de bons sentiments...Débat complexe :)

laurence hansen-love 14/04/2009 20:45


Vous avez raison Marilyn, il faut juger un film sur des critères cinématographiques.
 J'ai fait un autre choix, car il n'est pas interdit non plus d'aborder un film sous un angle moral.
 Ma "critique" n'était pas une critique de cinéma....


Augustin 13/04/2009 19:39

Bonjour, vous conseillez de voir le film?

laurence hansen-love 13/04/2009 21:33


hum, d'après vous? est-ce le sens de mon texte?


bruno benz 13/04/2009 18:59

ce message n'a pas grand rapport avec l'article mais il m'a permis d'affiner la question que je vous posais tout a l'heure.Je me suis mal exprimé, j’aurai pu prendre le theme de l’esthétique nazi (La faute humaine, certes, mais inacceptable d’intellectuels francais comme Robert Brasillach qui ont oublié d’être moraux dans leur contemplation.) En gros et pour faire simple, si l’esthétique ne contient plus le bien, le sujet ne doit-il pas être attentif a la morale qui se cache derriere l’exaltation des sens? Cela reviendrait a restreindre le concept de beauté aux éléments qui, en plus de s'imposer a moi comme esthétiquement beau, sont moralement acceptables. J’ai l’impression que Kant n’est pas assez catégorique quand à la relation entre la beauté et la morale. Par le biais du symbole, il transforme cette relation en une chose indémontrable. Pourquoi ne pas oser dire clairement : « la Beauté doit être considérée comme l’inverse du mal » ? J’imagine bien que le sujet est complexe et que je me trompe quelque part, MAIS OU ?

laurence hansen-love 13/04/2009 21:41


NOn non non non et non
 L'art n'a pas à se conformer à des normes morales.
 sinon hop à la poubelle : Sade, Gide, Céline .. et Griffith (Naissance du'ne nation) et les peintures futuristes et Lolita de Nabokov et Eiseinstein qui fait l'apologie du communisme,
et  Cioran etc...
H. Arendt au début de " Le système totalitaire" fait le liste de tous les écrivains qui ont édhéré au nazisme... Allez regarder!
 
 je ne sais pas ce que vous dites à propos de Kant, je ne comprends pas;
 "le beau est le symbole du bien" cela me convient parfaitement à moi....
 La beauté n'est pas l'inverse du mal, car le beau et le bon ne sont pas dans la même planète.