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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 11:49

 

 

 Pour Jean-Pierre Dupuy, aucune société ne peut se passer de « sacré » ; or la « religion libérale » est une religion  dont l’économie est le seul horizon et « l’homme à la fois le fidèle et le Dieu » comme l’a bien vu Durkheim.

 Mais cette religion dépourvue de sacré constitutif ne peut résoudre la question  des pulsions destructrices de l’humanité.
 Dans le dernier chapitre de son livre, Jean-Pierre Dupuy explique pourquoi la bombe atomique a pris la place de l’ancien sacré  (« La menace nucléaire, notre nouveau sacré »)

 

« L'emprise de l'économie sur les sociétés modernes ne fait qu'un avec le retrait du sacré qui les constitue.  Ce retrait est lui-même concomitant d'un déchaînement de la concurrence entre les hommes et des passions destructrices qui l'accompagnent comme jamais il ne s'en est produit dans l'histoire. Le paradoxe massif que j'ai tenté d'éclairer dans ce chapitre est le suivant : l'économie théorique et la pensée politique qu'elle inspire nient qu'il y ait ici une quelconque menace pour la stabilité des sociétés et le bien-être de leurs membres. Les économistes utilisaient naguère l'expression en forme d'oxymore : la « concurrence pure et parfaite » pour asseoir cette dénégation. Cette formule signifiait que les gens n'avaient en fait pas besoin de se rencontrer ni d'échanger autre chose que des marchandises, encore moins de s'aimer, pour former une société efficace et pacifiée. Cette utopie en forme de cauchemar est peut-être le prix à payer par une société désormais dépourvue des protections que le sacré lui assurait. L'économie, à la fois réalité et pensée, occupe en creux la place du sacré. Elle en est la marque suprême ».
Jean-Pierre Dupuy, La marque du sacré (2008, Editions Carnets nord)

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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